Mardi 23 mai 2006
Lijiang, Yunnan, alt 2500m

13h21
Je suis arrivee a Lijiang ce matin a 6h, apres encore une courte nuit en bus. J'ai trouve un logement sans trop de difficultes, et apres un peu de sommeil supplementaire sous une couette bien chaude et dans un lit qui bouge pas, je suis partie a la decouverte de cette ville qui m'avait paru charmante quand elle etait encore endormie. Vers 9h, elle avait pris une tout autre allure.... des touristes partout ( chinois, pour la grande majorite), et ce que je prenais pour des maisons traditionelles en bois avec des jolis toits s'averent etre des boutiques de souvenirs.....  en plus de cela, il fait gris  et je ne suis pas tres bien depuis mon reveil.
Je suis malade pour le 3eme jour consecutif, je suis crevee et je ne sais pas ce que je vais faire ces prochains jours.... Je sens que j'ai grand besoin de repos,mais je n'ai pas le temps si je veux partir vers Litang, dans l'ouest du Sishuan.
J'avoue que plus je tente de me renseigner sur cette partie, plus ca me fait douter..
D'une part, on me dit que les routes sont dangereuses, voire inexistantes. D'autre part, Litang est proche des 5000m d'altitude, je n'ai que ma veste polaire comme vetement chaud, et je crains que le MAM ( mal aigu des montagnes) ne me rende dans un etat pire que celui dans lequel je suis en ce moment.... Alors est-ce que c'est vraiment serieux tout ca, je n'en sais rien. Mais apres tout, si je ne faisais que des trucs serieux, je serai probablement encore a Lambersart a l'heure qu'il est.
Les deux veritables questions sont:
1/ est-ce que j'ai vraiment envie de partir dans ce coin?
2/ est-ce que j'en suis capable?

A la premiere question, la reponse est sans conteste. Oui, je veux decouvrir cette region encore sauvage, ses monasteres entoures de sommets enneiges, ses vastes plaines d'altitude ou paissent les yacks... Oui, j'en ai envie. Ca, c'est une chose.
Mais est-ce que j'en ai les moyens? J'accumule le retard de sommeil depuis..... je ne sais meme plus a quand remonte ma derniere bonne nuit... Je suis malade depuis 3 jours, et meme si ca n'a rien de grave, ca me pompe pas mal d'energie.
Alors voila, je me retrouve face a un vrai dilemne. Le probleme est que j'ai l'impression de ne pas avoir toute ma tete pour prendre une decision qui se doit d'etre rapide. Et definitive.
Je veux dire par la que si je vais vers Litang, je dois prendre le premier bus demain matin, sinon apres il sera trop tard et je ne serai pas dans les temps a Chengdu, et donc pas dans les temps pour retrouver Anne Ce a Pekin.
Si je m'engage dans cette voie, alors je dois m'attendre  a 10 jours ereintants, des transports longs et perilleux, des difficultes de language en rien comparables a celles de Kunming ou d'ici.
Je dois m'attendre a souffrir de maux de tete a repetition, des vomissements et des vertiges, qui sont les premiers signes caracteristiques du MAM. Je dois m'attendre a un froid que je n'ai jamais affronte.
Mais c'est aussi la que je vais evoluer dans des paysages spectaculaires a couper le souffle ( si tant est qu'il m'en reste un peu..), que je vais decouvrir une Chine ancestrale aux gestes et traditions qui appartiennent encore au passe.
Et n'est-ce pas la ce que je recherche apres tout?
Nous sommes le 23 mai. Dans un mois seulement, je serai dans le train pour Moscou ou mon avion m'attendra pour me ramener a Paris. C'est ma derniere opportunite. Je n'ai plus le temps de remettre a plus tard. Et je m'en voudrais, quand je serai bien loin, d'etre passe si pres...
Ah la vache que c'est dur!! La, franchement, j'aimerai bien etre accompagnee, ca rendrait la decision certainement plus facile a prendre... Et puis a deux, on est plus fort pour affronter des risques qu'on ne maitrise pas.
Certes, je ne maitrise pas grand chose, mais en y reflechissant, ai-je seulement eu le controle de la situation, ne serait-ce qu'une fois lors de ce voyage? J'ai peut etre eu le sentiment de l'avoir, mais au fond, je n'ai fait qu'evoluer sur des terres inconnues dont je ne connaissais rien. Elle est la, la realite. Et aujourd'hui, j'ai le choix entre un inconnu au potentiel de richesse insoupconne, avec le risque de ne pas pouvoir en profiter, ou un inconnu plus balise et plus reposant, avec le risque de m'ennuyer a mourir.....
Bon, il est 14h41maintenant. Ca fait plus d'une heure que je bois du the rouge du Yunnan en m'interrogeant et je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup avance.. Quoi qu'il en soit, ce soir, il faudra que les choses soient claires.
Je vais donc faire comme si je partais, retirer de l'argent ( pas moyen d'en avoir la bas), acheter un gros pull et passer a la pharmacie. On verra bien ce soir ou demain matin comment ca se presente.


18h21
Bon. Ma decision est prise... j'y vais. Basta. Je me suis equipee d'une grosse paire de chaussettes, et d'une super veste North Face que j'ai pas l'intention de laisser fourree dans mon sac. Je suis passee a la pharmacie essayer de degoter des medicaments anti MAM ( je sais pas ce qu'ils m'ont donne, mais je vais verifier ca avt de partir). Et il me reste une soiree que je vais consacrer a me reposer et a reprendre des forces... bon, je sais pas ce que donneront les connexions internet, je sais d'ailleurs pas si il y en a, alors je vous dit.......... a prochainement! au plus tard le 4 ou 5 a Chengdu......... souhaitez moi bon vent.........


Lundi 22 mai 2006

Je suis en CHine depuis 3 jours maintenant. A Kunming, Yunnan. A 18h de bus de la frontiere, dans une ville qui compte plus d'habitants que le Laos tout entier. Je voulais de l'animation, voila qui est fait...

Apres avoir passe la frontiere sans difficulte, apres avoir signe sur le formulaire du bureau d'inspection sanitaire que non, je le jure, je n'ai pas et en contact avec des volailles, je suis arrivee a Mengla, "petite" ville frontaliere qui ne m'a pas donne envie de connaitre davantage, j'ai saute dans le premier bus pour Kunming. Premier contact avec la Chine. Gare routiere, chauffeurs de tuk-tuk qui changent de l'argent ( ca tombe bien, je n'avais pas un yuan en poche), et les toilettes. Les toilettes chinoises... tout un poeme... J'aurais la chance de les experimenter plusieurs fois lors du trajet en bus, me coupant tres franchement l'envie de boire ou de manger.... Les toilettes, deja faut reperer le signe qui correspond aux ladies, parce que faut pas rever, c'est pas ecrit en anglais. Ce serait bien trop facile. Et puis vu l'intimite, vaut mieux eviter de se tromper. Les toilettes, c'est une rigole commune qui traverse un alignement de petits "box" ouverts, juste separes par un muret de 50 cm de hauteur. Le but du jeu ( qui est loin d'en etre un) est d'enjamber cette rigole en beton, dont le fond est tapisse d'excrements que le mince filet d'eau qui ruisselle ne parvient pas a decoller. Le petit muret est juste assez haut pour eviter d'avoir une vue plongeante sur le posterieur affaire de la personne de devant... Mais pour se rhabiller, c'est une autre affaire. Enfiler un pantalon a croupi, c'est pas facile. Ceci dit, ca a un cote assez drole quand on voit que dans ces moments la, qu'on soit femme d'affaire en tailleur repasse, jeune fille a la mode en jean moulant ou voyageuse au pantalon decolore et poussiereux, dans ces moments la, on est vraiment tous les memes..

Je suis arrivee a Kunming vers 8h du matin samedi, apres une trop courte nuit, dans une trop courte couchette. Et au depart, on m'avait annonce 24h de voyage, donc quand on a debarque en gare routiere, j'etais encore sous ma couverture a essayer de trouver en vain le sommeil. 7h d'avance sur l'horaire, c est pas commun.. En descendant du bus, je retouve la bousculade et la cohue indienne, sauf que la et d'une je ne m'y attendais pas, et de deux, je ne comprends absolument rien a tout ce que me veulent ces braves gens... Du chinois, c'est le cas de le dire. Forecement, je suis en Chine. J'arrive tant bien que mal a m'extirper de cette melee, a recuperer mon sac en jouant du coude comme tout le monde, et a m'eloigner un peu pour essayer de comprendre ce qu'il m'arrive. 1/ je suis je-sais-pas-ou a Kunming.  2/ je sais pas ou je vais.    3/ j'ai envie de pisser a mourir.

Je suis assise sur mon sac, je sors une clope et le lonely planet. J'ai juste le temps de trouver un endroit pas cher pour dormir qu'une femme s'approche de moi. Je dois lui donner l'impressin d'etre paumee, la assise sur mon sac a dos au milieu de cette fourmilliere, les cheveux ebouriffes et les yeux encore vaseux. Sans un mot d'anglais, elle me prend en charge gentiement, et apres avoir compris ou je voulais aller ( merci au gars du lonely qui a eu un jour la bien bonne idee de noter en chinois les noms des guest houses sur le guide..), elle m'emmene vers un chauffeur de taxi a qui elle explique ma destination. Je pouvais difficilement  en esperer tant... J'arrive donc finalement sans souci a la Hump guest house, et apres avoir attendu 2h, un lit dans un dortoir finit par se liberer. Ca m'aura permis de faire la connaissance de Nulia ( espagnole), Joakim ( suedois) et Katy ( americano-israelienne) avec qui je passerai ensuite 2 jours fort sympathiques a la decouverte de quelques une des nombreuses facettes de Kunming.

Samedi 20 mai 2006

18 Mai, 21h48, dernier soir a Luang Nam Tha, derniere soiree laotienne

Ca y est, c'est ma derniere soiree au Laos. Demain matin, je prends un bus qui va m'emmener a Mengla, de l'autre cote de la frontiere. Que le temps passe vite...Demain, je mets un premier pied en Chine. Je viens juste de trouver un guide. Juste a temps, et comme je m'en doutais un peu, il s'est presente a moi au moment ou j'avais arrete de le chercher desesperemment.. Apres avoir sillonne 2 heures ce matin, en vain. Alors ca y est, je peux enfin commencer a avoir une idee de ce que je vais bien pouvoir faire en Chine. J'ai potasse le bouquin toute la soiree. J'ai fait mon choix. Je vais commencer par enchainer les heures et les jours de transport dans des conditions comparables a l'Inde, sans la facilite de la langue. Direction la province du Sishuan. Initialement, j'avais envisage le Yunnan, c'etait plus pratique. Mais du coup, comme c'est plus pratique, c'est aussi beaucoup plus frequente par les touristes de l'Asie du sud est. Alors non.  Je traverse le Yunnan, et file vers les monsateres tibetains des montagnes du Sishuan.

Bon ok, je parle pas un traitre mot de chinois, et je n'ai qu'une photocopie d'un lonely planet dont la couverture date de l'edition de 2004, mais je doute que le contenu soit si recent... Ok, je n'ai pas un Yuan en poche, et je ne sais pas ce que ca vaut. Il y a 15 jours, j'etais dans la meme situation. J'ai trouve le guide du Laos apres avoir passe la frontiere, alors...

Il y a 15 jours, j'entrais au Laos, sur un terre inconnue. Je m'apprete a la quitter maintenant. Elle m'est devenue un peu plus familiere, mais est restee encore si mysterieuse et inexploree a mes yeux... A l'unanimite avec moi meme, le Laos, j'aime beaucoup. J'aime aussi et surtout le potemtiel de decouverte qu'il y a encore dans ce pays... Bon ok, faut aimer la nature et les grands espaces... vides... Parce qu'alors, il y a vraiment pas foule, ici! Dire que je vais me retrouver dans la surdensite en Chine comme en Inde... J'avais pris gout a cet espace, au rythme on ne peut plus cool des laotiens... Y'a pas a dire, le Laos, c'est calme... Alors un peu de bruit, d'agitation ca me fera le plus grand bien, parce que je commence a m'endormir sur mes lauriers! C'est ca le probleme, en fait... 15 jours c'est vraimnt limite pour aller vers des villages recules, souvent isoles par des routes en piteux etat qui les rendent difficiles d'acces. Il faut avoir du temps, et encore une fois, je ne l'ai pas. Juste assez pour tater le terrain et me donner envie d'y revenir.

Mais demain demarre une nouvelle etape. J'ai comme a chaque fois un sentiment mele d'apprehension et d'excitation. La difference entre ' Mais qu'est-ce qui m'attends la bas.....' et ' Tout ce qui m'attends la bas!!! '

J'ai 20 jours top chrono pour me faire mon experience de la Chine. D'un minuscule morceau de la Chine. Avant de retrouver Anne Cecile a Pekin ou on va passer quelques jours avant de se separer. Elle vers d'autres contrees chinoises, moi vers la Mongolie. Voila donc mon programme chinois. Province du Sishuan : 20 jours. Pekin : 5 jours.

Mon choix est fait. Mon sac est pret et le reveil est mis a 6h30 pour demain matin. En route vers la Chine.

Jeudi 18 mai 2006

Cette fin de sejour au , dans la province de Luang Nam Tha aura decidemment ete sous le signe de l’effort physique et des activites de plein air. Sitot arrivee a Luang Nam Tha dimanche soir, on s’est retrouves avec mes nouveaux compagnons de route pour diner. On prevoit tous de profiter de la nature extravagante de cette province. Les acivites se programment rapidement.

 

1er jour: on va decouvrir les environs en VTT

 

2 et 3eme jour: trek dans la jungle et nuit dans un village au milieu.

 

 

J’etais quand meme loin d’imaginer que je suerai autant en velo… Je m’attendais a une promenade tranquille dans la campagne, moi. Pas au raid gauloise…. Et la, je peux le dire, les VTT ne sont pas TT. Ils sont juste V. En tout cas, la notion de TT a trouve ses limites sur les chemins recouverts d’une epaisse couche de boue collante. A chaque coup de pedale, un enorme paquet de boue rouge s’aggutine et coince les roues… et nous oblige a patauger la dedans en portant le velo…. Et on doit encore le porter pour traverser une riviere ou l’eau nous arrive au dessus du genou… Moi qui pensait que ca allait etre tranquille. Comme Mary Poppins, l’allemande-boulet qu’on a surnomme ainsi parce qu’elle a prefere opter pour un velo de ville avec le panier devant. Elle nous a lache au bout de 30 minutes…

 

Faut dire que partir avec trois jeunes canadiens du genre boy’s band batis comme des athletes ( avec les beaux yeux et le bronzage qui va bien), et un allemand bati, lui, comme un fut de Witt Bier, j’aurais du m’en douter. Du genre debutant s’abstenir.

 

Il pleut ou pleuvine ou crachouille tous les jours quasiment depuis plus d’une semaine. J’avais neglige le fait qu’a part la rue principale de Luang Nam Tha, construite par les chinois, rien n’etait goudronne… Que des chemins de terre ravines. Les chinois s’interessent au commerce, mais pas le moins du monde de l’etat des autres routes. ALors tout est boueux. Un peu boueux, ou completement innonde. C’est affreux. Tout ca pour aller voir une cascade qui nous a fait rire tellement elle etait ridicule, pour traverser des villages certes tres jolis, mais…. Deserts, vu qu’il pleut. Ben oui, quand il pleut ici les gens restent chez eux, ils font pas du velo dans la boue. Ils sont comme nous, la dessus, les laotiens. Tout ca pour faire un detour, apres 6 heures de ride, pour apercevoir un temple ou on ne s’arretera meme pas. Tout ca pour finir a patauger dans 20 cm de gadoue en portant sa monture sur l’epaule… Ah non, franchement, c’est pas tous les jours les vacances ici. Faut pas croire. Moi qui avait prevu une journee pepere pour me remettre de mes emotions ( et du manque de sommeil) des jours precedents. Le soir, on est sur les genoux… Mais la soiree continue. Une biere  fraiche qu’on a bien merite. Puis une deuxieme parce qu’on a soif. Et apres avoir mange ensemble, on en boit une troisieme parce qu’on rigole bien. Et on se donne rendez vous apres une courte nuit.

 

Le lendemain matin. 7h30. Chaussures de marche et sac de couchage. On est prets. Enfin, on se dit qu’on est prets a partir pour ce fameux trek de 2 jours dans la jungle. Encore une bien drole d’idee, j’en conviens. Mais le programme est assez simple, finalement. On marche, on s’arrete pour un pic nique, on marche , on s’arrete dans un village pour la nuit. Et on recommence le lendemain. Pas plus complique que ca. Les difficultes s’annoncent quand Boket, notre guide avec ses tongs, sa machette et ses 1,60m, nous explique les conditions qui nous attendent. Ben oui, il pleut donc c’est humide, evidemment. Et dans la jungle, c’est meme plus de l’humidite.. C’est comme un sauna, mais en froid. Et qui dit sauna, meme froid, dit boue et dit sangsues…

 

La boue c’est galere. On en a tres vite partout,mais surtout en couche epaisse sur les semelles vibram de mes pompes. Je comprends pourquoi Boket il mets des tongs. Plus facile a nettoyer. Alors souvent, en tout cas dans les descentes, notre cortege de randonneurs prends des allures de groupe qui fait de la reeducation pour reapprendre a marcher. Courbes, posant prudemment un pied apres l’autre, en s’appuyant sur notre bequille en bambou.

 

Il y a ensuite les sangsues…. Et la, les sangsues, c’est un veritable cauchemar. La psychose. Je me dis que finalement, les pompes de marche fermees, c’est pas mal. Et tres franchement, je prefere etre inconfortable et ridicule avec mes grosses pompes et le pantalon rentre dans les chaussettes qu’avoir les pieds recouverts de sangsues. Beuark. Jamais vu autant.  Je voulais voir, comme nous tous, un peu de Wildlife in the jungle, comme le disait le prospectus… Tu parles d’une wildlife.. On a eu deux passages vraiment galeres. En fait, le premier etait galere et le deuxieme presque insurmontable…

 

Alors ca se presente commet, cette ( ces milliers de) petite(s) bestiole(s) ?? Ca ressemble a des sortes de  chenilles, mais en pas belles, sans poils et en plus fin. Avec la couleur d’un ver de terre. Et des petites dents pour s’accrocher a sa proie et boire son sang…….. Des petits vampires rampants. On marche dans des forets de petits vampires qui gigotent stupidement et avidement sur leur queue ( on dit queue pour une sangsue?). C’est comme quand on regarde le cuir chevelu au microscope, et qu’une legere brise fait danser les cheveux de maniere desordonnee. Comme dans la pub pour le shampooing anti pelliculaire. Avec des cheveux plus epais et un crane tapisse  de feuilles de bambou boueuses. On ne peut pas y echapper. Et la seule solution pour ne pas etre recouverts de ces immondes parasites, c’est de marcher le plus vite possible. Dans la boue. Dans les montees dans la boue. Facile.

 

Le deuxieme jour, apres le petit dejeuner frugal au village, on attaque 300m de montee au milieu d’une foret de bambou. Elles adorent les bambous, les sangsues. Boket nous avait prevenu. 10 minutes, qu’il nous avait dit le malin. 10 minutes qui se sont transformees en cauchemar de pres de 45 minutes…45 minutes de full speed, peut etre meme plus que ca, avec l’angoisse de devoir s’arreter de temps en temps pour enlever celles qui, malgres la marche acceleree ont reussi a s’agripper aux chaussures. S’arreter = risque d’invasion massive. Ne pas s’arreter = y’en a une qui va finir par reussi a rentrer dans ma chaussure par un des oeillets… ET l’angoisse de glisser et de se retrouverventre a terre au milieu de ces griffes molles mais tenaces… Je suis encore degoutee rien qu’a y repenser…45 minutes. On arrive a bout de souffle, rouge d’avoir fourni un effort intense, et le petit dejeuner qui est remonte bien plus haut qu’il ne devrait l’etre. On arrive en zone franche, a 900m d’altitude. Plus de sangsues. Treve. Moment de verite ou on remonte son pantalon ou son short, ou on enleve ses chaussures. Moment ou certains ( comme moi fort heureusement ), poussent un soupir de soulagement. I’m free. C’est comme ca qu’on disait. Et puis il y a ceux qui ont des sangsues confortablement et solidement attachees en train de grossir a vue d’oeil ( enfin pas tout a fait quand meme). Le remede miracle de Boket, a base d’alcool, de tabac et de savon, permettra de les en liberer, mais n’empechant pas le sang de continuer a couler… On ressemble a des bizuts a l’armee. Du sang, de la boue partout, et les cheveux colles par la sueur. Deux jours. Pas le choix. Bravo les petites photos sympas de l’agence Wildlaos…. Une marche forcee, oui. Mais bon, apres coup, ca reste un super souvenir encore une fois. Les sangsues, j’en rigole maintenant meme si je faisais framchement pas le fiere en ayant les deux pieds dedans… Et puis quand il n’y avait pas de boue ni de sangsues, de temps en temps, on pouvait meme lever un peu la tete et regarder comment c’etait joli. Enfin, pas la vue bouchee par le brouillard.

 

Si si super souvenir. Et puis comme ca, je peux le dire, le trek dans la jungle, c’est fait…..

 

Samedi 13 mai 2006

P….N de pluie… Hier, l’orage s’est annonce violemment vers 18h, aujourd,hui il a attaque plus tot en debut d’apres midi, et de maniere plus vicieuse… Petite pluie qui s’eternise et me contraint a rester sur ma terrasse en bambou. Il faut decidemment que j’investisse dans une cape en plastique, pour l’instant j’ai toujours trouve un abri a temps, mais un de ces jours je vais finir par me faire saucer. Apres tout, la saison des pluies approche…. A force d’ailleurs de dire qu’elle approche, elle est peut etre bien deja la…. Pourquoi est-ce que je m’obstine a ne pas vouloir voir le temps passer…. Il faut bien me l’avouer, dans un mois, je serai en Mongolie a savourer mes derniers instants de liberte et d’espace avant le train du retour… Enfin pour le moment, je suis la, a Nong Khiaw, a regarder tomber la pluie et a ecouter  les voix qui deraillent sur cette pop de karaoke lao. J’entends ces memes basses depuis ce matin, ce sont elles qui m’ont sorti brusquement de mon sommeil a 7h. C’est un mariage qui est celebre a quelques centaines de metres de ma hutte. A voir des specimens ayant largement abuse du lao-lao de rigueur, ca ne me donne pas envie d’y aller.

 

En tout cas, je suis bien contente d’avoir bien occupe ma matinee, sinon la journee m’aurait paru interminable.

 

Deux gamins m’ont emmenee dans une grotte qu’on a atteint apres avoir traverse une riviere a pied et s’etre enfonce dans la jungle pendant 15 longues minutes.. Le lonely planet parlait bien d’une grotte, mais censee etre visible depuis la route. Plus on avance, plus je doute que celle ou ils m’emmenent soit la meme. Ou sinon, c’est que la vegetation a considerablement pousse depuis la derniere edition du lonely, ou que la route ait change de place.. Options tout aussi improbables les unes que les autres. Je me mets a penser a un traquenard… Ils me conduisent peut etre a un groupe de jeunes qui va me depouiller de ce que j’ai sur moi, me poignarder et laisser mon corps sur place, pour etre ensuite devore par les animaux sauvages qui effaceront definitivement toute trace de mon passage…. Puis quand je me mets des idees pareilles en tete, aussi absurdes qu’elles puissent etre, elles ne veulent plus en sortir… Rien a faire. On a quand meme l’air bien con dans ce genre de situation.

 

Premier soupir de soulagement ( interne) quand moi, mes sandales boueuses et les deux gamins ont arrive a la grotte. Deja, ils m’ont conduit a une grotte, c’est pas mal. Et rien ne se passe. Personne en vue, sauf nous trois devant le trou sombre et etroit de la grotte, avec cette vegetation dense et abondante qui le masque a moitie. Comme dans un album de Tintin, mais je sais plus lequel.  On rentre, et malgres l’obscurite se dessine un décor dantesque de formations calcaires, de tunnels, de cheminees immenses ou on appercoit un bout de ciel. L’appreciation du spectacle sera de courte duree, parce que rapidement, je me dis que si un endroit semble parfaitement approprie pour un guet apens, c’est bien celui la.. Je m’en veux d’avoir des idees aussi stupides en tete… surtout qu’avec mes 30 bracelets de protection aux poignets, il ne peu rien m’arriver. Mais bon, cela ne m’empeche pas de tourner la tete vers l’entrée au moindre bruit sourd, mais que je decide suspect, qui vient de la jungle exterieure. Et evidemment, quand les gamins decident de faire du feu, j’y vois la un moyen de communiquer a la bande de voyou toujours presente dans mon esprit, la presence d’une proie a deposseder. Parano, quand tu nous tiens…… Et quand je decouvre ces enormes toiles d’araignees dont l’obscurite m’empeche de voir les betes certainement tres grosses et tres (tres) feroces qui s’y cachent, je me dis qu’il est gand temps que mon episode de Tintin, qui est en train de prendre des allures d Indiana Jones, se termine par une happy end.

 

Deuxieme soupir de soulagement quand, en ressortant de la grotte, on reprend le meme chemin et qu’au bout de quelques minutes, mes deux gamins me demandent de l’argent pour leur prestation…. Forcement… J’aurais pu y penser, quand meme… La je ne peux m’empecher d’esquisser un sourire… Si ils me l’avaient dit plus tot, j’aurais gagne de l’energie et beaucoup de plaisir! Mais c’est vrai qu’eux auraient probablement perdu 5000 kips… Je n’aurais pas paye pour une grotte censee etre visible de la route….. Donc finalement, aucun regret encore une fois. Un peu de piment dans ma journee qui sera beaucoup plus calme apres… Une baignade tres agreable dans la riviere, en guettant sans cesse l’arrivee possible de villageois que ma tenue quelque peu denudee pourrait choquer. Un repas excellent en tete a tete avec moi meme, un rendez vous avec une neo zelandais au resto indien ce soir, et la pluie…. Qui m’aura bloquee une bonne partie de l’apres midi. Je me remets de mes emotions…

 

 

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