Lundi 26 mai 2008

Lundi 26 mai.

Leh.

 

Me revoilà revenue à un semblant de civilisation, ou non seulement j’ai droit à plus de trois heures d’électricité par jour, mais en plus, il y a des pancakes, des cartes postales et… internet.

Evidemment, le débit c’est pas encore terrible, et il m’a fallu être patiente pour afficher ma boîte mail, débordante d’une bonne centaine de messages.

Après avoir supprimé les offres de viagra à prix exceptionnel, les pubs de tours opérators et les promotions spéciales fête des mères, je suis contente de voir qu’il en reste quelques uns qui me sont destinés personnellement.

Alors comme ça cela fait déjà trois semaines que je n’ai pas donné de nouvelles ?

Le temps passe décidément bien vite, entre les moments où je n’avais rien à dire, ceux où je négligeais le cyber café au profit d’un thé au bord du lac, et les jours à évoluer loin de tout…


mais voila, je peux enfin rassurer (et remercier) tous ceux qui se sont inquietes pour moi ces derniers temps....
je suis toujours en vie, toujours au nord de l'Inde, et toujours en forme si on fait abstraction du mal des montagnes qui s'amuse a me scotcher au lit depuis hier....
je suis pour quelques jours encore dans le territoire boudhiste, profitant de la fraicheur des montagnes avant de redescendre dans la fournaise indienne.

je vous laisse..... parce que ce soir, c'est momo....!






 

Jeudi 22 mai 2008
Jeudi 22 mai.
Lamayuru.

Le changement de décor est radical. J’avais beau m’y attendre, cela reste difficile d’imaginer à quel point un bus, deux arrêts à peine plus loin, peut vous transporter dans un autre monde.
Il n’y a autour de moi plus rien de commun d’avec mes précédents décors. Sauf les montagnes et le ciel bleu. Toute trace de l’univers musulman dans lequel j’ai baigné près de trois mois, mis à part la coupure chez les sikhs d’Amritsar, a bel et bien disparu.
J’étais, encore ce matin, dans une chambre désuète et bruyante aux murs verts, tirée de mon sommeil juste avant la sonnerie du réveil par la première priere émanant de la mosquée voisine, et me voilà maintenant, cinq heures plus tard, entourée de drapeaux tibétains flottant dans l’air frais d’un petit village au cœur du Ladakh. Quelques ruelles de terre se tortillent entre les maisons traditionnelles de pierre et de torchis, encastrées les unes contre les autres sur le flanc d’un rocher sur lequel sont juchés un monastère et deux gompas taillées dans le roc.
Autour de moi, des montagnes majestueuses semblent envelopper le village, comme pour les protéger du monde extérieur. Les plus proches sont douces et voluptueuses, aux courbes rondes et rassurantes ; un peu plus loin, des pics escarpés et éternellement blancs se dressent fièrement, menaçants, vers le ciel.
Il règne un calme presque déroutant, insolite par rapport à l’Inde que je connais. Que je pensais connaître. En voici encore un nouveau visage qui ne ressemble en rien aux autres, elle n’a décidément pas pas fini de me surprendre… (en doutais-je vraiment ?)
Du haut de mon toit, je me laisse baigner de silence et de soleil, mes cheveux balayés par l’air frais et salvateur, comme le sont tous les drapeaux de prière effilés et délavés étendus autour de moi.
Que vouloir de plus….. A cet instant précis, personne ne peut être plus heureux que moi. Il en faut bien peu, pour que tout reprenne sens ; les six mois derrière un écran d’ordinateur, les coquillettes au gruyère et les sandwichs à la sardine, le vélo sous la pluie pour aller prendre mon train, le trou à rat où moisissaient mes vêtements, la situation précaire et l’avenir incertain…
Il en faut peu pour que tous les doutes se dissipent, comme peut brusquement s’éclaircir un ciel orageux de montagne. Le sourire d’un enfant timidement dissimulé derrière des doigts écartés, une photo réussie qui fait oublier toutes celles que j’ai ratées, un thé dans l’ambiance frénétique d’une rue animée, une traversée de paysages grandioses dans une boîte de conserve cabossée sur roues, suspendant son souffle à chaque virage les yeux perdus dans le vide avec lequel on flirte, ou, comme aujourd’hui, une chaise en plastique sur un toit, dans un village d’un autre temps…
Tous ces moments intenses, vibrant d’un bonheur parfait, ce sont eux qui font mon voyage, qui me font être et me font vivre, qui me font…
Des courts instants d’éternité, auxquels je m’abandonne, réalisant que le bonheur n’est plus à portée de main, mais bel et bien au cœur de moi même.
Je suis là, à ma place, comme si la chaise m’avait attendue pour qu’à cet instant précis, l’équilibre soit parfait. Je suis heureuse , simplement et intensément heureuse, d’être où je suis, d’avoir fait le choix que j’ai fait et dont les sacrifices perdent leur force, au moins pour un temps..
Le voyage est imprévisible et capricieux, je sais déjà à quel point il peut s’avérer arrogant et destructeur… mais quand il éclate de bienveillance, dévoilant sa générosité et ses richesses, pour nous remplir d’un bonheur sans nom, on lui pardonne tout le reste…
Non décidément, pour rien au monde je n’échangerais ma place contre une autre. Et encore moins pour celle que j’ai laissée vacante derrière moi, il y a quelques années de cela, au milieu d’une usine de couche culottes.
Lundi 19 mai 2008
Lundi 19 mai. 
 Drass


Suis pas inspirée. Faut pas chercher plus loin, je trouve pas les mots.
Pourtant, il y en aurait, des choses à dire ; c’est pas comme si la vie s’était arrêtée, ou que j’avais arrêté de la vivre. Au contraire… peut être que tout s’enchaîne trop vite et trop intensément pour que je réussisse à saisir les émotions, à les figer sur un bout de papier..
Peut être suis-je trop concentrée sur mon travail photographique pour avoir autre chose en tête ?

Tous les jours je rajoute des centaines d’images à mes archives, que je trie, jauge, détaille scrupuleusement ; je les range par thème, lieu, couleur, les vise et les révise, pour m’en impreigner, pour voir celles que je n’ai pas, pour savoir sur quoi me concentrer à la sortie suivante ; je grave des DVD, jette, vide la corbeille avoir toujours un léger doute, puis comme pour me rassurer, je retourne voir les photos qui se sont vues attribuer une étoile, plusieurs pour les plus chanceuses…
Je fais cela tous les jours, ou presque. Pour gagner du temps au retour, au risque bien sûr que cela ne m’en prenne ici. Et quand après tout cela, je sors une cigarette, me prépare un thé et prends mon crayon, je suis vidée de mots et remplie d’images…

Au lieu d’écrire, je pense à la photo de la jeune vendeuse de pain de Srinagar, au regard lointain et profond, contre un mur de briques bleu, cherchant dans un coin de ma tête l’image qui pourrait se placer en face d’elle dans mon livre. Une photo aussi forte, ou qui puise sa force dans celle de l’autre sans la dénaturer ; jouer sur les expressions, ou sur la couleur, ou sur la direction du regard….
Je suis tellement absorbée par mon projet que j’en oublie bien des choses, j’en oublie même parfois où je suis… je ne suis plus en voyage, plus tout à fait. Je travaille, et le fait d’avoir retrouvé l’Inde me permet d’y concentrer toute mon énergie.
Si je veux pouvoir proposer un bouquin sur les enfants indiens, il faut que j’y mette toute l’attention nécessaire. Pas question de passer à côté de certaines images, d’autant qu’ une fois que j’aurais quitté le Kashmir et ses gamins musulmans, il sera trop tard pour me rendre compte que je n’ai pas de photos avec des écritures en arabe ou un vieux fumant le narguilé.
Le réveil me tire du sommeil à une heure toujours trop matinale, mais parfois, j’ouvre les yeux sur la surface lisse d’un lac traversé nonchalamment par une barque chargée de fleurs, ou comme ce matin, sur des toits de tôle ondulée entourés de hauts sommets neigeux, respirant l’air vivifiant des Himalayas.
Et là, l’espace d’un court instant, en sirotant un nescafé et avant que la photo de n’absorbe de nouveau, je me laisse divaguer, réalisant ma chance, mon plaisir à accomplir mon rêve tous les jours un peu plus. Un coup d’œil vif à ma montre, et je recouvre mes esprits.
Je ré-emboîte mon pas dans celui de la vie qui suit son cours, qui ne m’attend pas plus que les enfants en chemin vers l’école. Dès lors, toute mon attention se porte sur eux, les voiles des jeunes filles, les yeux clairs à en sombrer, les vieux à la longue barbe blanche ; me concentrer sur les détails, les couleurs, penser à la profondeur de champs, tenter les basses vitesses, étudier la composition…
je suis prise dans l’action, et spectatrice en même temps, j’oublie tout et tente de m’oublier moi même. Quand je n’ai pas l’œil collé au viseur ou plissé devant l’écran, quand je referme mon sac photo et replie l’ordinateur, je n’ai guère plus d’énergie que celle d’ouvrir un livre, vider ma tête de toutes mes images en les remplaçant temporairement par celles que me dictent mes lectures, pour m’évader un peu dans les histoires des autres et me laisser porter sans effort dans un monde différent.
Parfois, je reste de longs moments à ne rien faire d’autre que d’observer autour de moi, passive et silencieuse, laissant libre cours à mon esprit et ses incontrôlables divagations. Je vois défiler mes pensées comme défilent les barques sur le lac de Srinagar, y accrochant parfois le regard. Mais pas trop. Mon cahier est à sa place, à mes côtés, comme un ami fidèle délaissé mais qui reste invariablement présent. Il attend que son heure revienne, et je l’attends aussi ; quand de nouveaux mots viendront noircir ses pages vierges mais déjà cornées.
Dimanche 4 mai 2008
Dimanche 4 mai 2008


Il est 11h. A l’ombre dans la chambre, sous le ventilateur en position maximale, il fait 32 degrès.
Je reste un peu sur ma fin, pas à cause de la qualité très moyenne du téléchargement, mais parce qu’il manquait les dix dernières minutes du film.
J’éteins l’ordinateur et le repose sur le bureau, à côté des spirales anti-moustiques et du pot de nescafé. Assise sur le lit, je regarde par la fenêtre, les murs de béton, les plantes vertes disposées autour du carré d’herbe au centre de la cour, la terrasse du niveau supérieur où sèche du linge.
Les casseroles en métal tintent, et les odeurs de cuisine arrivent jusqu’à moi. Ça sent la vieille huile chaude et les oignons frits.

Le film m’a mis en appétit, et malgrè la chaleur, je donnerais cher pour une assiette de carbonnade avec des frites grasses, ou des toasts au maroilles, même trempés dans la chicorée au petit dèj.
Soupir de résignation… le carillon s’est tu, les cloches se sont envolées, emmenant avec elles toute l’illusion dans laquelle, 90 minutes durant, j’étais plongée avec délice….

Tout autour de moi avait alors disparu ; je n’étais plus dans cette chambre sans âme, je n’entendais plus les braillements de ces deux gamins capricieux, ni les klaxons continus des trains qui, régulièrement, longent les murs de la guest house.
Je ne sentais plus les mouches se poser sur moi, ni la sueur traverser mon tee-shirt et me coller au drap.
J’étais quelque part sur une grand’place, une bruine légère perlant sur mes cheveux, et cette sacro-sainte odeur de friture me léchant les narines, il me prenait l’irrésistible envie de plonger mes mains dans un cône volumineux en papier glacé auréolé de tâches translucides que les grains de sel finissent toujours par déchirer.
Je m’imaginais déjà me brûler les doigts, d’avoir négligé la petite fourchette en plastique, parce que quoi qu’on en dise, les frites grasses ne révèlent pleinement leur saveur qu’entre le pouce et l’index.

Fin de l’histoire, le décor a été désossé, et du rêve de frites ne reste qu’une legère vapeur d’eau à la bouche…
Nostalgie culinaire du voyageur, où quand le pittoresque laisse place à la lassitude, il ne reste plus grand chose au fond de l’assiette.
Ce n’était pourtant pas le sujet principal du film, mais au delà des rues pavées, des flêches de beffrois pointées vers les nuages, c’est cette effluve si familière émanant de l’baraque à frites qui m’aura le plus marquée…
Face à quoi la piètre carte du restaurant de la guest ne fait pas le poids…
L’idée de currys ne me charme pas, pas davantage celle du riz ou des nouilles sautées dans de l’huile noire, et à vrai dire, avec cet arrière goût de pommes de terre fondantes dont se remémorent vaguement mes papilles, rien ne saurait vraiment faire l’affaire.

Alors mon regard se tourne vers la table basse, devenue depuis quelques jours mon petit cellier à ciel ouvert.
Quelques crackers salés, du pain de mie en tranches, un pot de processed cheese auquel la traduction de fromage ne convient guère, un reste de pistaches, trois concombres, un demi kilo de tomates et une poignée de citrons verts.
La température ambiante et l’achalandage des magasins ne m’en autorise pas bien davantage.

Alors j’oublie les frites, calme cette illusion d’appétit avec un modeste sandwich au concombre, comme hier, comme demain.
Une cuillère à soupe de cette pâte insipide qu’ils osent appeler fromage, des rondelles de concombres et de tomates –si mon estomac le consent, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui-  et une pincée de sel.
Je m’interdis de penser encore aux frites, car leur souvenir pourrait appeler celui d’une salade verte croquante, avec du vinaigre et des échalottes, et quelques dés de vieux hollande. Ce qui serait fort torturant, et bien inutile.
Je mords dans mon sandwich, pas trop fort, car de toute façon le pain est mou. Comme les concombres.
Je me souviens de la première bouchée de ce genre, il y a bien quatre jours de cela.
Je me rappelle au souvenir délicieux de la croquante pitance, de son côté modeste mais providentiel ; dans ce pays qui manque cruellement de fraîcheur, où tout se doit d’être bouilli, mijoté, mélangé, ramolli, frit, fricoté, fricassé… quelques tranches de concombre et un peu de sel sur une tranche de pain devient un véritable mets de choix.
Vous m’imaginez certainement sur un coin de rue à manger des samosas dans un bout de papier journal, ou la main dépeçant avec habileté un chapatti encore chaud avant de le tremper dans un channa masala ou autre curry du genre, et qui plus est, vous imaginez probalement que j’aime cela.
Il y a un temps pour tout.
Là je mange des sandwichs au concombre dans ma chambre, en regardant des films illégalement téléchargés* et en rêvant de manger une plâtrée de frites grasses.






* mes plus plates excuses à Mister Boon, mais je n’ai pas trouvé le dvd en vente ici… Et je tiens à lui signaler que si ça n’avait pas été un tel succès, j’aurais attendu d’être rentrée avant de le voir… 
Vendredi 2 mai 2008
ça y est......

les premières photos sont visibles sur le blog.....

au programme: Turquie, Iran, Pakistan ....

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