Lundi 26 juin 2006
26 Juin, 12h à Irkutsk, 7h à Moscou, et ici (???) 9h. Je suis dans le train. Que dire de plus, je suis dans le train depuis 44 heures et il me reste une bonne trentaine d’heures à tirer. Que dire de plus… Je vois défiler le paysage sans arrêt derrière la vitre de ma demi-cabine individuelle, les forêts et les lacs ont maintenant cédé la place aux vastes plaines plates et dénudées, peuplées uniquement de vaches et d’usines désaffectées. J’ai embarqué dans le train samedi après midi avec mes sacs. Partir pour quatre jours, c’est une véritable expédition. Le sac à dos ayant une place de premier choix sous la banquette, il vaut mieux ne pas avoir à y accéder trop souvent. Alors il faut son petit sac de voyage, avec tout ce qui pourrait s’avérer utile: affaires de toilette version minimum imposé par les services d’hygiène, à savoir savon-brosse à dents-dentifrice. Des vêtements de rechange, quand même, et puis tout ce qui peut m’aider à passer le temps. Lecteur mp3, bouquins, cahier et crayons, pince à épiler, bouteille de vodka et calamar séché. Et me voilà fin prête pour mes quatre jours de transsibérien. Here we are. Je monte dans le train, voiture 11, place 37. Je longe les compartiments dans ce long couloir trop étroit pour moi, mon gros sac a dos et les deux sacs que j’ai à bout de bras. Jusqu’au dernier compartiment, le numéro 9. Avec les places 33 à 36. Coup d’oeil sur le billet: 37. Re-coup d’oeil sur le compartiment 9. Ah. Et après le 9, c’est les toilettes. Voyons. Je redescends tous le couloir, m’excusant à chaque fois que je croise quelqu’un du coup de sac inévitable que je lui donne, et file voir ma provodnista, mon “aimable” chef de voiture attitrée, avec ses cheveux rouges qui lui donnent un air plus russe que nature. Bref, elle me fait comprendre que je vais passer quatre jours dans cette minuscule cabine de deux lits, avec….. elle. Me voilà aux anges, moi qui pensait rencontrer du monde! Bravo.. je descend du train pour fumer une clope après avoir déposé mon sac dans la cellule.. La, aux derniers rayons de soleil d’Irkutsk, je vois arriver mon anglais Paul, rencontré dans le dernier train, pas difficile à reconnaître avec sa tenue de jogger et ses lunettes de soleil. Je dois admettre qu’il a vraiment un corps de rêve, et je veux bien oublier pour une fois qu’il est anglais. Et blond. Toujours est-il que tout cela ne l’empêche pas de se marrer comme un con quand je lui explique ma situation. En me marrant aussi.. Le train se met en route à 16h30, et à 16h45 Paul passe me prendre pour aller au bar, ayant estimé (et je n’ai rien à redire là dessus) qu’il était beer o’clock. On restera dans ce fucking bar jusqu’à 7h du matin… Ah oui, Paul, en tant que bon londonien de l’est, mets des fuckings dans toutes ses phrases, ce qui m’assure de comprendre au moins un mot à chaque fois qu’il ouvre la bouche. Parce que avec son fucking accent, c’est pas toujours facile de le suivre. Sauf quand il est beer o’clock. Le bar, c’est un lieu de rencontres où les gens se retrouvent quand: 1/ ils en ont marre de tourner en rond dans leur compartiment 2/ ils ont des fourmis dans les jambes 3/ leurs compagnons de voyage sont inintéressants, voire inexistants dans certaines exceptions.. 4/ ils ont soif de quelque chose de frais, ou faim de quelque chose de chaud. Paul et moi, on y va un peu pour toutes ces raisons, et c’est sûrement pour ça qu’on y est resté si longtemps.. D’abord des heures à discuter tous les deux de nos expériences respectives, heureux de trouver en l’autre quelqu’un qui ait la même façon de voyager, les mêmes quêtes, la même lecture des évènements heureux ou malheureux, la même envie de transposer nos apprentissages dans la vie qui nous attends à la descente de l’avion du retour. Je suis contente de constater que j’ai finalement appris en six mois presque autant que Paul en deux ans et demi, la différence est que lui a eu le temps de vraiment consolider ce qui est encore fragile chez moi. Puis, parce que notre soif commune de rencontres n’est pas apaisée par la bière, les discussions commencent à s’étendre aux tables voisines, puis à toutes les tables du wagon restaurant. 3 australiennes, 2 italiens, 8 russes, et nous. Ca parle un peu toutes les langues (bon sauf le français, d’accord), et parce que c’est ça la magie des rencontres, on arrive même à se comprendre. Alors que je commençais à douter serieusement de vivre cette convivialité qu’on m’avait dit très particulière au transsibérien, là, je l’expérimente pour de bon. La différence avec les trains précédents? Dans celui-ci, il y a un wagon restaurant. Et y’a pas à dire, un wagon restaurant en Russie, ça rapproche sacrément les gens. Autrement que dans un TGV. Le seul problème avec les russes, c’est qu’ils ont une descente qui peut amener très bas si on veut s’amuser à les suivre. Enfin moi je dis ça comme ça. Non, puis après faut retourner jusqu’à la couchette, deux longues voitures à traverser en titubant… à cause de ce foutu train qui bouge beaucoup trop bien sûr. Heureusement, dans la plupart des cas il faisait déjà/encore jour, ce qui évitait une difficulté supplémentaire. Encore une fois, je dis ça comme ça. Et puis après tout, passer 60 heures sur 80 dans un wagon restaurant, ça arrive à tout le monde… Non? Au moins comme ça, ça m’occupe la tête et je pense moins au retour.Parce que le peu de temps que je passe seule dans ma cellule, je me retrouve face à mes appréhensions. Plus que quelques heures et je me retrouverai à Moscou. Plus que quelques jours, et je me retrouverai à Paris, puis à Lille. Et qu’est-ce que c’est que trois jours, quand c’est un chapitre de six mois qui se clos? Je ne préfère pas y penser, pas déjà, j’aurai le temps d’y penser dans l’avion. Je vais retourner au bar, faire signer à tous ceux que je croise la carte qu’on prépare pour Sam. C’est son anniversaire demain.
Vendredi 23 juin 2006

Aujourd’hui est un grand jour… Je me suis levée avec un an de plus, ca y est, je suis une jeune femme de 27 ans et je m’apprête à célebrer l’évènement à Listvianka, au bord du lac Baikal. En temps normal, c’est une journée que je n’aime pas, où j’ai envie de me faire toute petite. Un jour où j’ai envie d’oublier qu’il y a 24, 25, 26 ans, ma mère a souffert pour me faire voir un monde dans lequel je souffrirai moi aussi. Aujourd’hui, je veux célebrer mes 27 ans parce que pour la première fois je comprends enfin à quel point cette vie que mes parents m’ont donnée un certain matin de juin 79 est le plus beau cadeau qu’il m’ait été donné de recevoir. En fait, ce ne sont pas mes 27 ans que je veux fêter, mais toutes ces années ou mes parents m’ont portée et soutenue, parfois dans la souffrance et l’incompréhension, pour m’aider à trouver mon chemin. Celui qui m’a conduit à Etre, ici et maintenant, le cul posé sur un caillou au bord du lac Baikal, à dépioter un poisson fumé sous le soleil qui me rechauffe à peine tant le vent est glacial. Il y a encore 3 jours, je souhaitais aller directement à Moscou. Me disant que puisque le chemin du retour était entamé, autant qu’il soit le plus court possible. Mais parce que cela s’averait trop compliqué et trop onéreux de le modifier, je m’en suis tenue au plan initial qui voulait que le train me dépose quelques jours à Irkutsk . Et aujourd’hui, je comprends pourquoi je devais être ici en ce jour particulier. Parce que je devais trouver mon cadeau ici. Ma vie, que la nature me représente encore.

Derrière moi, le tumulte de mon passé. Une route où des voitures ne s’arrêtent pas. Un marché où les femmes crient pour vendre leurs poissons. Une usine qui crache une fumée noire.

Devant moi, la sérennite, le calme et l’inconnu de ma voie. Le lac Baikal, immensité d’eau pure et limpide qui invite à s’y baigner, mais dans laquelle on ne plonge que le regard tellement ses eaux sont froides. Une plage de galets qui rendent les pas instables et chancellants. Une rive rendue invisible par une brume basse et trop épaisse. Et moi, sur mon caillou, au milieu. Pas encore dans l’eau, mais bien décidée à tourner le dos au passé et à regarder devant moi; ne sachant pas encore bien ce que la vie me réserve, mais bien décidée à y mordre à pleines dents comme je mords dans cette chair parfumée et savoureuse.

Est-ce que j’aurais pu souhaiter des circonstances plus parfaites pour mon anniversaire? Est-ce que j’avais envie d’être accompagnée par quelqu’un d’autre que moi même pour vivre cela?

Non, cet instant est parfait et se suffit à lui-même, il n’y a rien à redire, et surtout rien à retoucher.

 

Bon anniversaire, moi.

 

Vendredi 23 juin 2006

Il est a peu pres 8h, après une nuit bien mais pas top, quand Paul l’anglais, moi et mon staphilocoque doré on se fait sortir de notre couchette par la voix douce et chaleureuse de la chef de voiture. On se dit en baillant que ces gens doivent probablement apprendre a ne pas sourire, c’est pas possible autrement… Passeport control, qu’elle nous dit en refermant d’un coup sec et violent la porte du compartiment. Le train est arrêté à Sukhe Bator, dernière ville mongole, depuis au moins 1h, et les procédures ne vont pas tarder à commencer. D’abord côté mongole. Donner son passeport, se lever, mettre sa tête à la lumière et réciter son nom, se rasseoir, puis en fait non, se relever et sortir du compartiment, remplir la carte de sortie du pays, esquisser un faux sourire et se rasseoir enfin. Et attendre. Attendre patiemment que le train redémarre, 2h30 plus tard. Ce matin, comme trop souvent, mon staphilocoque doré s’est réveillé avant moi. Je l’ai baptisé Chinggis, du nom du grand héros national mongol, parce que c’est en Mongolie que je l’ai démasqué. Et pourtant, il est d’origine chinoise, et plutôt envahisseur que conquérant. Toujours est-il que Chinggis, qui m’avait laissé un peu de repit, me manifeste de nouveau sa présence depuis quelques jours, me contraignant à d’incessants aller-retours aux toilettes. Là, c’est la cata. Parce que le train est à l’arrêt et que donc les toilettes sont closed, et vu qu’en plus on est en pleine procédure de contrôle, ben y’a pas moyen de sortir du train non plus. Je suis coincée avec Paul et Chinggis dans ce compartiment, et pour être honnête, Paul m’aurait très largement suffit.

Chinggis s’ennerve, mes intestins et mon estomac bouillonnent comme une vieille robinetterie qu’on remet en route après des années de purge.

 Avoir un invité surprise comme Chinggis qui se cache au fond de l’estomac depuis plus d’un mois, ça a plein de mauvais cotes, évidemment. Mais ça en a aussi des bons. Enfin j’en vois deux, pas plus. Le premier, c’est que je suis admirablement reconnaissante quand Chinggis s’eclipse 1 ou 2 jours, me permettant de mesurer à quel point il est confortable d’avoir un estomac qui fonctionne. Le second, c’est qu’apres 1 mois de cohabitation, j’ai appris à le dompter, ce qui est extremement utile dans ce genre de situation. Alors je reste allongée sur ma couchette, écoutant sans comprendre les histoires de Paul qui manifestement ne réalise pas que mes préoccupations méritent toute la concentration et l’attention possible… Bref, j’arrive à tenir la bête, essayant d’oublier la douleur tant bien que mal, et en me disant que ça ira mieux dès que le train redémarrera. Et le train se remet en route, vers 11h. Je file au bout du couloir. Je discute avec une jeune russe qui a l’air d’attendre comme moi que la chef de voiture daigne ouvrir les toilettes. Quand cette derniere passe, ayant manifestement encore oublié son sourire à l’autre bout du train, elles échangent quelques mots et ma jeune russette me traduit l’horrible nouvelle… Pas d’ouverture des toilettes avant d’avoir passé la frontière russe….. Je me demande si c’est par peur que quelqu’un ne s’enfuit par le trou, ou si c’est juste interdit de se soulager en zone franche… Toujours est-il que la frontière russe, on y sera pas avant une bonne heure, quand on arrivera a Naouchki, et que là de nouveau, les procédures de contrôle vont recommencer… La nouvelle tombe comme un couperet… Me voilà condamnée à attendre pour une durée indeterminée qui ne dependra que du bon vouloir des douaniers russes, que j’imagine à mon grand desespoir bien plus pointilleux que leurs homologues mongols…


Je retourne donc dans le compartiment, bien decidée ( enfin surtout très contrainte..) à tenir le coup encore 2 ou 3 heures… J’ai soif, horriblement soif, mais je ne bois pas.. Je ferme les yeux en espérant dormir un peu et laisser le temps s’écouler sans moi. Mais c’est peine perdue, car il y a beaucoup d’agitation dans le train… On sent que la frontière approche, et cela semble en affoler plus d’un. C’est beaucoup moins flagrant qu’a la frontière Chine-Mongolie, mais il semblerait que l’exportation aille bon train ici aussi. Paul et moi echangeons un regard amusé quand cette femme mongole dépose un sac plastique plein de concombres dans notre compartiment. On ne comprends pas ce qu’elle nous dit, mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas un cadeau et qu’elle ne nous vend rien non plus… Alors on se met à imaginer que les concombres sont truffés d’ecstasy, de cocaine ou plus drôle encore, de microfilms d’espionnages…. Puis le ballet redémarre. On nous distribue d’abord les papiers à remplir: carte d’entrée et de sortie, formulaire de déclaration aux douanes. Et comme on a l’air un peu perplexe, on nous donne aussi un formulaire “mode d’emploi” pour nous aider à remplir tous ces papiers qui évidemment, ne sont pas en anglais… Et puis on recommence le même cirque. Donner son passeport, donner les papiers, se lever et regarder le flic dans les yeux, essayer de retenir un fou rire qui serait loin d’être approprié, se rasseoir et sommer Chinggis d’arrêter ses gargouillements intempestifs, se lever, sortir de la cabine pour laisser le “ gign” fouiller de fond en comble ( sans pour autant prêter la moindre attention au sac de concombres pourtant bien en évidence sur la tablette), se rasseoir et attendre, attendre encore avant de récuperer enfin son passeport. Tout cela prendra une bon ¾ h, et quand j’extrapole au nombre de compartiments et au nombre de voitures, je préfère risquer de me prendre une tôle en demandant l’autorisation de sortir du train plutôt que d’y attendre encore… L’opération “ j’affronte la gardienne de prison” est un véritable succès, je l’aurais presque embrassée mais là franchement j’ai pas que ça à faire. Je passe à l’opération suivante “ trouver des toilettes dans une gare russe”. Apres avoir traversé le hall de la gare, la salle d’attente immense et vide de style stalinien, et enfin le bureau décrepit du chef de station, je me retrouve de nouveau sur le quai et on m’indique une batisse sur laquelle seuls deux symboles en alphabet cyrillique me prouvent que cette fois, c’est la bonne…. Je ne remarquerai pas tout de suite la puanteur des lieux, les demi portes en bois pourri qui ne ferment pas, ni le sol maculé d’une boue infâme… Je ne verrai dans ces lieux que la possibilité tant attendue d’envoyer chier Chinggis, dans tous les sens du terme, et de l’espace…

Ce n’est qu’en me retrouvant de nouveau sur le quai que je constate que notre train ne consiste plus qu’en deux voitures encore attachées l’une à l’autre, sans locomotive. J’ai bien fait de ne pas attendre, parce que là, j’ai l’impression qu’on est loin d’être repartis… Effectivement, on est bloqués pour 3 heures… Sur des quais vides, et je me demande où sont ces fameux vendeurs de boissons et de victuailles qui sont censés être là pour le plus grand plaisir des voyageurs… Alors ce sera après midi bronzette au soleil que je n’imaginais pas aussi puissant, rencontre avec 3 autres touristes qui sont dans le même train, et encore une fois, attente patiente pendant les manoeuvres du train. Chinggis est toujours là, je ne l’ai pas vaincu et je n’ai pas réus si à le semer. Manifestement, il est bien avec moi et a l’air de vouloir partager jusqu’au bout cette experience du transsiberien…

 

Vendredi 23 juin 2006

20h40 Le train est parti depuis 1h environ. Apres avoir fait la connaissance de mon compagnon de compartiment, Paul de London, prof de ballet en vadrouille depuis 2,5 ans, je m’allonge un peu sur ma tendre couchette et decide de me la couler douce. Enfin…… Je suis dans le transsiberien, les doigts de pieds en eventail, un stylo dans une main et un paquet de fraises Tagada dans l’autre, un the au jasmin chinois qui refroidit sur la tablette. Je regarde le paysage hallucinant de vide et d’immensite qui defile devant mes yeux, comme si j’en revais encore.. Tout est passé si vite…. Une semaine seulement, et je dois deja quitter ce vaste terrain de jeu et d’aventure dont je n’ai eu que l’apercu des infinies possibilities. La Mongolie est une terre sauvage, une terre de sauvages, et ca a du reveiller le cote sauvage qui est en moi pour que j’ai a ce point envie d’y retourner…Je quitte Ulaan Baatar parce qu’il le fallait. Pour des questions de visas, de billets de train, de billet d’avion. Pas reellement par choix.

 

Quand le taxi me depose devant la gare, c’est avec un pincement au coeur que je me dirige vers le quai. Parce que pendant que je m’apprete a prendre le train, mon ami Janusch le franco-germano-polak part pour une semaine de decouverte a cheval avec que des gens sympas ( enfin sauf un, et d’ailleurs je me raccroche a ca en me disant que je n’aurai pas tenu le coup une semaine avec lui….), parce que je repense a cette partie de basket improvisee quelques heures plus tot avec des gamins de la cite, parce que je quitte Cecile, Emeline et leur guest house dans laquelle je me sentais chez moi…. Et aussi parce que quitter la Mongolie, c’est prendre pour de vrai la route du retour….

 

Je suis de nature prevoyante ( quand je peux), et comme il n’y avait pas autant d’embouteillages que ce que j’avais imagine, j’arrive a la gare avec ¾h d’avance. Ca me laisse le temps de reperer la bonne voie ( ce qui n’est en fait pas trop difficile compte tenu que sur les 4 voies, 3 sont occupees par des convoys de containers), de reperer la bonne voiture, et de prendre un dernier bain de soleil mongol en sirotant un coca. Tres rapidement, a vrai dire en arrivant sur le quai, je fais la connaissance de Narmandah, un jeune flic dont le boulot consiste a faire eviter aux passagers de se faire depouiller en montant dans le train par des pick-pockets Mongols  extremement habiles, si toutefois ca n’a pas deja ete fait au marche ou dans les rues de UB. Apres m’avoir accompagne pour me montrer ma voiture, il revient 10 min plus tard avec une bouteille de jus de fruits multivitamine, et son collegue Az-Jargal qui, je le comprendrais bien vite, est la pour servir d’interprete. Manifestement, je lui ai tape dans l’oeil, et ca se confirme quand il me dit de maniere incroyablement directe qu’en 1/2h, on a le temps de faire un bebe… Pas froid aux yeux, les Mongols… Alors comme ca, meme sans etre imbibes de vodka, ils arrivent a avoir des comportements hallucinants.. Et meme si je lui dis tres nettement que non, je ne veux pas de baby police avec lui, il continue a me temoigner son attachement ( acharnement) et insiste pour me porter mon sac dans le train. Puis il disparait, et reapparait avec une plaque de chocolat et des lingettes rafraichissantes, me serre dans ses bras avec une telle imprevisibilite que je n’ai pas pu y echapper, disparait, reapparait avec deux porte cles Mongols achetes a la boutique de souvenirs de la gare, et deux photos de lui qu’il me tend avec insistance…. Quelle aventure… Ca me fait sourire, et rend mon depart plus amusant que prevu!

 

Je pensais partir avec la larme a l’oeil, mais contre toute attente, la larme se trouve dans l’oeil d’un policier mongol qui me fait de grands signes derriere la vitre quand le train demarre enfin…

 

 

Lundi 19 juin 2006
Oui, je sais, on me dit par mail que quand meme je pourrais donner un peu plus de nouvelles... Oui je sais, je ne ferai croire a personne qu'il n'y a pas internet a Oulan Bator... Alors je vais etre tout a fait honnete, je n'ai pas pris le temps de mettre a jour le blog depuis un moment, parce que je profite a fond de mes derniers moments de liberte, je savoure chaque minute qui passe parce que je mesure  maintenant qu'elles sont comptees.... le compte a rebours est lance, maintenant le retour est imminent... Comment je le sens? ben je le sens pas trop, a vrai dire j'essaie de remplir chaque journee au maximum, ne me laissant que quelques heures d'inactivite pour dormir un peu... j'aurais le temps de me morfondre plus tard...!!

Alors pour le moment, je vis au present, et en l'occurrence, mon present se situe a Ulaan Baatar, dans une cite de la capitale mongole dont je suis deja tombee sous le charme. Il y a des endroits comme ca qu'on a pas besoin d'observer bien longtemps pour y voir quelque chose d'attachant, un soupcon d'indefiinissable qui m'invite deja a revenir.. La Mongolie, c'est ce pays grand comme trois fois la france, ou sont eparpilles quelques 3 millions d'habitants. Alors apres la Chine, ca fait un grand vide... quand le train traverse des kilometres de desert ou de steppes, qu on ne voit a l'infini que des dunes ou des touffes d'herbe rase, que seules quelques yourtes viennent peupler.... ben la, on respire.. meme si on respire de la poussiere, c'est quand meme mieux que la pollution de Pekin, ou que les odeurs de pieds dans un bus de nuit chinois.
Je suis tres a la bourre sur les articles du blog... alors par quoi commencer? j'hesite entre la nuit a la belle etoile sur la muraille de chine  ou sur la ceremonie chamanique sur une montagne mongole a 4h du matin... alors peut etre que je vais juste commencer par ne rien dire d'autre que... tout va bien, ne vous faites pas de souci pour moi...........

Je suis arrivee en Mongolie la semaine derniere, 3 jours plus tard que prevu parce que j ai loupe le train que je devais prendre. Ca m'a permis de poursuivre la route avec mon ami franco-germano-polak Janusch, et de rencontrer des gens super a UB. Une petite semaine seulement, et deja je reprends la route... le train, toujours, direction Irkutsk.  Ulaan Baatar aura ete un home sweet home avant l'heure, grace aux amis francais que j'ai maintenant ici, Cecile et Emeline qui m'ont accueilli dans leur guest flambant neuve comme une soeur, Noemie qui m'a permis de participer a une balade a cheval et a une ceremonie chamanique hors du commun, Christophe qui nous a offert une bonne sangria dans son resto dont le menu etait un poeme a lui tout seul, Laurent et la belle guitare qu on a achete au marche pour se faire un boeuf... Sans oublier Janusch mon frere de chapeau, le premier mec que je rencontre que ca ne derange pas de s'habiller dans les friperies... enfin bref, des gens interessants, cools et accueillants, qui m ont donne l impression d etre chez moi. ca va etre encore une fois difficile de partir, mais peut etre surtout parce que cette fois, le train me rapproche tres (trop) vite de la france... c est dur de voir que mon reve se termine.....

voila, sur ce, il est temps pour moi de retourner a l appart, et d aller vivre a fond mes derniers heures mongoles... c est pas tout ca....!!

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