Mardi 11 septembre
1h57. A quoi bon lutter. Il y a dans le mot lui même quelque chose de solennel qui fait que l’on s’incline avec une modeste impuissance.
Il n’y a rien à faire, juste observer son corps meurtri de fatigue et possédé d’une énergie délétère, celle-là même qui retient les paupières, si lourdes soient-elles, de plonger enfin le regard dans l’ombre.
Parfois on tombe de sommeil, parfois on se relève, désespéré de ne pas le trouver.
Au cœur d’une nuit blafarde et trop épaisse, je ne distingue plus les mots de mon esprit, la pâle lueur orangée des éclairages publics semble les confondre dans les volutes impénétrables de la nuit.
Je frissonne d’épuisement, essayant de ne pas penser aux trop courtes heures qui me séparent de la sonnerie du réveil.
Essayant de ne pas voir toutes ces fenêtres obscures et les sommeils profonds qu’elles dissimulent, ces rideaux tirés, ces couettes chaudes et les souffles réguliers qui s’y étouffent ; ma gorge à moi se noue de ne rien laisser s’échapper.
Au cœur d’une nuit grise et insoutenablement silencieuse, je respire le temps dont l’insomnie m’a vidée.
La solitude de l’insomniaque est misérable ;
Elle se lira demain matin sur mon visage terne et confus. Pour le moment, j’évite de croiser mon reflet dans le miroir ; il y a assez d’ombres au tableau, assez de fantômes qui hantent les couloirs inertes et les balcons déserts.
Quand j’ai décidé d’arrêter de fumer il y a une semaine, j’y ai vu la fin de beaucoup de choses, mais je n’avais pas envisagé d’arrêter de dormir.
Je voulais mettre un terme au cycle infernal d’auto-destruction dans lequel j’étais enfermée, me surprenant moi-même d’un élan soudain de mansuétude à mon égard.
Je voulais retrouver cette liberté oubliée, que le voyage n’a eu cesse de me suggérer, pour mon corps, par mon esprit…
Maintenant qu’un équilibre se dessine pour ma vie, je me sens aspirer à plus d’équilibre pour moi-même, sans me forcer. Et pourtant….
Je ne dors pas. Quel équilibre est possible sans sommeil… une partie de moi continue-t’elle à douter, au point de vouloir que mes jours restent boiteux et mes nuits troubles ?
Les heures sombres défilent et m’épuisent, elles m’éloignent de mon être, et tentent de me précipiter dans l’abîme de ma conscience….
« Cette nuit, pendant une insomnie, j'ai eu ce qu'on pourrait appeler un coup d'œil sur le néant des choses, et je pense que c'est une grâce, mais elle fait peur » (Green, Journal).
1h57. A quoi bon lutter. Il y a dans le mot lui même quelque chose de solennel qui fait que l’on s’incline avec une modeste impuissance.
Il n’y a rien à faire, juste observer son corps meurtri de fatigue et possédé d’une énergie délétère, celle-là même qui retient les paupières, si lourdes soient-elles, de plonger enfin le regard dans l’ombre.
Parfois on tombe de sommeil, parfois on se relève, désespéré de ne pas le trouver.
Au cœur d’une nuit blafarde et trop épaisse, je ne distingue plus les mots de mon esprit, la pâle lueur orangée des éclairages publics semble les confondre dans les volutes impénétrables de la nuit.
Je frissonne d’épuisement, essayant de ne pas penser aux trop courtes heures qui me séparent de la sonnerie du réveil.
Essayant de ne pas voir toutes ces fenêtres obscures et les sommeils profonds qu’elles dissimulent, ces rideaux tirés, ces couettes chaudes et les souffles réguliers qui s’y étouffent ; ma gorge à moi se noue de ne rien laisser s’échapper.
Au cœur d’une nuit grise et insoutenablement silencieuse, je respire le temps dont l’insomnie m’a vidée.
La solitude de l’insomniaque est misérable ;
Elle se lira demain matin sur mon visage terne et confus. Pour le moment, j’évite de croiser mon reflet dans le miroir ; il y a assez d’ombres au tableau, assez de fantômes qui hantent les couloirs inertes et les balcons déserts.
Quand j’ai décidé d’arrêter de fumer il y a une semaine, j’y ai vu la fin de beaucoup de choses, mais je n’avais pas envisagé d’arrêter de dormir.
Je voulais mettre un terme au cycle infernal d’auto-destruction dans lequel j’étais enfermée, me surprenant moi-même d’un élan soudain de mansuétude à mon égard.
Je voulais retrouver cette liberté oubliée, que le voyage n’a eu cesse de me suggérer, pour mon corps, par mon esprit…
Maintenant qu’un équilibre se dessine pour ma vie, je me sens aspirer à plus d’équilibre pour moi-même, sans me forcer. Et pourtant….
Je ne dors pas. Quel équilibre est possible sans sommeil… une partie de moi continue-t’elle à douter, au point de vouloir que mes jours restent boiteux et mes nuits troubles ?
Les heures sombres défilent et m’épuisent, elles m’éloignent de mon être, et tentent de me précipiter dans l’abîme de ma conscience….
« Cette nuit, pendant une insomnie, j'ai eu ce qu'on pourrait appeler un coup d'œil sur le néant des choses, et je pense que c'est une grâce, mais elle fait peur » (Green, Journal).
par amelie
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2007 - Entre deux eaux
Tout va beaucoup trop vite. Septembre que j’attendais avec impatience, et que je redoutais tout autant de voir arriver ; Septembre qui devait marquer la trêve d’une nouvelle
aventure et le renouveau d’une ancienne…. Septembre est bel et bien là ; je l’ai pas vu venir.
Il n’y a pas si longtemps que cela, j’étais en mode « pause », quelque part sous un tilleul de la Drôme, à m’endormir bercée par le chant des grillons et les effluves de lavande. Le temps des vacances, celles dont on oublie l’avant et après, parce que hors du temps.
Quand je suis remontée à Lille, je suis brutalement revenue en arrière, dans la grisaille froide et perfide, dans la solitude de quatre murs après les rencontres au grand air. Et projetée en avant, dans la réalité de l’exposition qu’il me fallait préparer, à la hâte… parce que je ne suis jamais aussi efficace que dans l’urgence… il me restait dix jours pour faire les tirages et les encadrements, préparer des textes que j’ai eu la bonne idée d’annoncer alors qu’ils n’étaient pas écrits, négocier des affiches qui n’étaient pas encore concrètes, sillonner les rues de Lille à la recherche d’accueillantes vitrines, trouver des titres et en avoir sous-estimé la difficulté…. J’avais vu les choses en grand… je voulais que ma première expo soit non pas parfaite, mais à mon image… et pour cela, je devais présenter 20 photos et quelques lignes de mes mots… les jours passaient sans que je n’arrive plus à les identifier, se mélangeant aux nuits tout aussi agitées, tout comme se mélangeaient les visages et les mots, les couleurs et les émotions, les notes et les silences.
Je me suis rendue compte que tout était fini dimanche en fin d’après midi, quand Jean Luc (de la librairie) et moi avons décidé d’un commun accord de tirer le rideau de fer de la boutique un peu plus tôt que prévu. Je suis rentrée en vélo, évitant par un trop grand détour la foule de la braderie, pour me laisser enfin glisser sur le canapé. Inerte. Vidée de toute l’énergie que m’avait pris le démarrage de l’expo, malgrè celle que m’avaient apporté les visiteurs conquis de ce week end. Toute l’agitation passée était devenue une sorte de nébuleuse irréelle, un vague souvenir qui flottait encore dans l’appartement, avec comme seule preuve de son existence quelques affiches A3 en papier 135g satiné.
Pas d’énergie, et pas de temps non plus pour apprécier ce qu’il venait de se passer.
Ce dimanche soir, je me suis trouvée entre deux mondes qui ne se connaissent pas, qui ne se cotoient que dans les rêves des uns et les cauchemars des autres. Parce qu’au crépuscule de ce que j’ai envie d’appeler une réussite, se profilait l’aube de ce que d’autres auraient envie d’appeler un échec.
Une soirée, pour changer de casquette. Ranger soigneusement celle de la passionnée rêveuse et illuminée aux gestes et aux paroles exotiques, parfois trop épicées pour certains, et retrouver la casquette bleue de l’usine, les réveils brumeux et les heures qui défilent sans autre valeur que celle d’une monnaie sonnante et trébuchante….
Dur de comprendre ce qu’il m’arrive, quand j’ouvre les yeux, c’est déjà trop tard. Reste à me raccrocher à ce qu’il y a devant moi. Dans 6 mois. Le prochain départ. Le pourquoi de ce réveil qui sonnera tous les matins à 6h23.
Il n’y a pas si longtemps que cela, j’étais en mode « pause », quelque part sous un tilleul de la Drôme, à m’endormir bercée par le chant des grillons et les effluves de lavande. Le temps des vacances, celles dont on oublie l’avant et après, parce que hors du temps.
Quand je suis remontée à Lille, je suis brutalement revenue en arrière, dans la grisaille froide et perfide, dans la solitude de quatre murs après les rencontres au grand air. Et projetée en avant, dans la réalité de l’exposition qu’il me fallait préparer, à la hâte… parce que je ne suis jamais aussi efficace que dans l’urgence… il me restait dix jours pour faire les tirages et les encadrements, préparer des textes que j’ai eu la bonne idée d’annoncer alors qu’ils n’étaient pas écrits, négocier des affiches qui n’étaient pas encore concrètes, sillonner les rues de Lille à la recherche d’accueillantes vitrines, trouver des titres et en avoir sous-estimé la difficulté…. J’avais vu les choses en grand… je voulais que ma première expo soit non pas parfaite, mais à mon image… et pour cela, je devais présenter 20 photos et quelques lignes de mes mots… les jours passaient sans que je n’arrive plus à les identifier, se mélangeant aux nuits tout aussi agitées, tout comme se mélangeaient les visages et les mots, les couleurs et les émotions, les notes et les silences.
Je me suis rendue compte que tout était fini dimanche en fin d’après midi, quand Jean Luc (de la librairie) et moi avons décidé d’un commun accord de tirer le rideau de fer de la boutique un peu plus tôt que prévu. Je suis rentrée en vélo, évitant par un trop grand détour la foule de la braderie, pour me laisser enfin glisser sur le canapé. Inerte. Vidée de toute l’énergie que m’avait pris le démarrage de l’expo, malgrè celle que m’avaient apporté les visiteurs conquis de ce week end. Toute l’agitation passée était devenue une sorte de nébuleuse irréelle, un vague souvenir qui flottait encore dans l’appartement, avec comme seule preuve de son existence quelques affiches A3 en papier 135g satiné.
Pas d’énergie, et pas de temps non plus pour apprécier ce qu’il venait de se passer.
Ce dimanche soir, je me suis trouvée entre deux mondes qui ne se connaissent pas, qui ne se cotoient que dans les rêves des uns et les cauchemars des autres. Parce qu’au crépuscule de ce que j’ai envie d’appeler une réussite, se profilait l’aube de ce que d’autres auraient envie d’appeler un échec.
Une soirée, pour changer de casquette. Ranger soigneusement celle de la passionnée rêveuse et illuminée aux gestes et aux paroles exotiques, parfois trop épicées pour certains, et retrouver la casquette bleue de l’usine, les réveils brumeux et les heures qui défilent sans autre valeur que celle d’une monnaie sonnante et trébuchante….
Dur de comprendre ce qu’il m’arrive, quand j’ouvre les yeux, c’est déjà trop tard. Reste à me raccrocher à ce qu’il y a devant moi. Dans 6 mois. Le prochain départ. Le pourquoi de ce réveil qui sonnera tous les matins à 6h23.
par amelie
publié dans :
2007 - Entre deux eaux
