Jeudi 24 avril 2008
Multan

Jeudi 24 avril

Le train m'a laissee sur le quai de Multan ce matin, il devait etre vers les 6h.
J'etais deja epuisee par le long trajet, et n'attendais qu'une seule chose en posant les pieds ici: pouvoir rapidement trouver une chambre et un jet d'eau froide sous lequel me decrasser enfin.
Il est maintenant 9h30 passes, et apres maintes recherches infructueuses, me voila de nouveau sur le quai, attendant le train de 10h40 pour Lahore.
Multan n'a pas de chambre pour moi...
toujorus le meme scenario: un demi sourire, on me fait patienter un instant, avant de me dire que toutes les chambres sont occupees. Pas la peine d'insister, car malgre les les nombreuses cles qui pendent du tableau mural, on m'oriente sans pitie vers un autre hotel.....
Je reprends a chaque fois mon sac, qui me semble de plus en plus lourd, il fait de plus en plus chaud, et je n'en peux plus....
Mes vetements etaient encore moites de l'irrespirable fournaise du train precedent, mais cette fois ils me collent a la peau de maniere plus que desagreable...
voila maintenant 3 jours que je n'ai pas pu prendre de douche.
L'hotel miteux de Quetta n'avait qu'un modeste seau d'eau a me proposer, et le train est tombe a court de reserve dans l'apres midi d'hier....
Je suis recouverte d'une epaisse pellicule de crasse, comme une seconde peau qui part en lambeaux.
Je m'accroche en me disant que je tiens le bon bout... Qu'a Lahore, on ne me refusera pas une chambre sous le pretexte que je suis etrangere, que je pourrais enfin me reposer sous l'air presque frais d'un ventilateur et, en frottant bien, je devrais meme pouvoir retrouver ma peau d'origine.
J'attends patiemment. Entouree d'un nuage de mouches que j'ai arrete de chasser.
Elles sont bien plus obstinees que moi et, sans le moindre doute, beaucoup plus vives et alertes que je ne le suis.
J'ignore tous ceux qui me devisagent, et si j'avais encore des clopes, je ne priverais pas d'en griller une; ca leur donnerait au moins une bonne raison de me regarder avec cet air si etrange. Comme si je venais d'un autre monde.
Et c'est tellement le cas.... d'autant que je suis ailleurs....
C'est le genre de moment ou on se prend a rever de bien peu de choses.... d'une boisson fraiche et de rondelles de tomates, d'un seau d'eau et d'un gant de crin, de quatre murs qui m'epargneraient ces regards...
MAis dans l'immediat, je baigne dans mon jus en attendant un nouveau wagon a betail manquant cruellement d'air et d'espace, ou, avec mon open ticket sans reservation, j'ai fort peu de chances d'avoir une place assise.
Je ne me sens pas en vaine aujourd'hui, et la fatigue rend tout exasperant.
Je me dis que j'ai fait le plus dur, meme si au fond, je n'en suis pas si convaincue...
Je prefere ne pas penser a l'arrivee a la gare de Lahore, la quete d'un chauffeur de rickshaw, la recherche d'une guest house....
Je m'accroche a l'idee d'une douche froide et d'un sac pose quelque part. Mon petit reve de petit bonheur...

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