Dimanche 27 avril 2008
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Dimanche 27 avril
Un autre monde
Troisième réveil à Lahore. Le temps semble s’être arrêté, et pourtant, du haut du toit de la Regale Internet guest house, je ne le vois pas passer.
Comme le hasard fait parfois bien les choses, j’ai trouvé au fond d’une petite ruelle sale et encombrée de Lahore tout ce dont j’avais cruellement besoin. Et bien plus encore…
J’étais tellement amorphe en descendant du train, tellement vidée de toute énergie, que je n’avais pas vraiment envie de chercher une guest pendant des heures. j’ai sorti de ma poche la photocopie
de la carte de la ville, regardant rapidement la liste des hôtels, et portant mon choix sur le Regale Internet Inn pour la simple raison qu’avec un nom pareil, je n’aurais à priori pas à chercher
bien loin pour aller voir mes emails…
Difficile à trouver, coincée entre un tailleur, un petit boui-boui aux immenses gamelles noires, des motos parquées de manière anarchique ; le petit escalier obscure mène à une agence de voyage,
avant de conduire à ce qui m’est apparu soudain comme le paradis sur terre….
Pourtant, le décor ne paie pas de mine, un peu fâné, terne et sombre comme on peut s’y attendre, mais caché derrière le bureau de la réception, Malik semblait m’attendre avec un large sourire de
bienvenue et m’a invitée à m’asseoir en me tendant un verre d’eau fraîche…
Sans le savoir, je venais de mettre les pieds dans le repère de backpackers de Lahore… je l’ai vite compris à l’accueil qui m’a été reservé et à la bibliothèque bien fournie en livres de toutes les
langues, avant même de croiser les premiers pensionnaires.
Et puis je les ai rencontré. Sur le toit, affalés dans les fauteuils sous l’air brassé vigoureusement par un ventilateur. Quelques plantes vertes éparpillées sur la terrasse, un étrange dessin
peint sur le mur, deux tables basses, un jeu de carambole, et deux fils tendus pour faire sécher le linge. Il ne m’a fallu guère plus de temps que celui d’une douche pour rejoindre la troupe
végétante, et devenir à mon tour, plante parmi les plantes….
Je retrouve avec un plaisir incomparable un lieu de rencontres, des voyageurs comme moi, ou tout au moins, des gens qui me ressemblent plus que les talibans de Quetta…
La Regale est un carrefour où tous les chemins semblent mener, certains vont comme moi en Inde, où en viennent, d’autres arrivent de Chine, du Kirgzistan ou d’Iran, les uns s’apprêtent à rejoindre
la fraîcheur des montagnes et les autres l’air brûlant du désert…. C’est si bon de pouvoir partager nos expériences, nos découvertes émerveillées comme nos difficultés passagères ; on s’échange des
informations et de l’argent, des livres et des cartes, du thé d’Iran contre du poivre indien, toujours, inlassablement, affalés sous le ventilateur….
Il fait si chaud que c’est bien là le seul endroit où l’on se sente bien…. Et quand vient l’heure d’une des trop nombreuses coupures de courant quotidiennes, l’idée d’en bouger est plus
insupportable encore…..
Je suis tombée dans le piège…. Moi qui, nouvelle arrivante, regardait les « anciens » avec un petit air d’incompréhension, convaincue que je ne faisais pas partie de ces oisifs croupissants, je
suis passée moi aussi maître en l’art de ne rien faire, en bien moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
Traîner les pieds de la chambre à la douche quand la première coupure de courant matinale rend toute tentative de sommeil impossible, puis de la douche à la cuisine pour la préparation d’un petit
déjeuner sommaire, et enfin de la cuisine aux fauteuils, changeant de temps à autre de position pour éviter le soleil, ou se refaire chauffer un peu d’eau pour le thé…
On se fait part de nos plans pour la journée, enfin pour la fin de journée car ce n’est que vers 17h que la température s’avèrera propice à une éventuelle sortie.
On sourit, rien qu’à entendre les projets des uns et des autres, sachant fort bien que, pour la grande majorité, ils seront finalement remis au lendemain…
Accessoirement, on fait une expédition au petit supermarché du coin de la rue, et même si la mise en route est bien souvent difficile, on sait qu’au moins on sera récompensé par la
climatisation…
On va parfois jusqu’à traverser la grande avenue pour aller acheter des légumes, en passant par le marchand de glace, et en revenant par celui qui vend des pains croustillants cuits sur la pierre
de son tandoor.
Voilà à quoi se résume ma découverte de Lahore… et presque la moitié de mon séjour au Pakistan…
Mais c’est réellement le break qu’il me fallait, au point de ne plus m’en sentir coupable….
J’avais besoin de repos, et si le corps peut se contenter de peu, l’esprit, lui, exige davantage… un endroit agréable, où l’on se sente à l’aise et en sécurité, où les tensions peuvent enfin se
libérer et se révéler par la même occasion…
Même en venant d’horizons différents, nous avons ici tous au moins ce point commun… reprendre des forces pour pouvoir continuer la route…
J’ai bien essayé de me persuader de bouger, de partir découvrir la ville pour me faire une idée différente du Pakistan que j’ai vu jusqu’alors, mais à quoi bon…..
Je savais en passant la frontière que je ne ferais que traverser le pays et que je ne pourrais de toute façon prétendre le connaître ; je savais déjà que j’allais passer à côté de bien des choses…
mon but était cette fois d’arriver en Inde par la route, et j’y suis presque… que vouloir de plus que d’atteindre son objectif, si ce n’est d’être en forme pour pouvoir jouir pleinement de son
succès ?
Je suis heureuse de retrouver l’Inde bientôt, heureuse et fière du chemin parcouru, et comblée de pouvoir accéder à ce moment de break hors du temps, hors du voyage….
Je ne suis pas au Pakistan, je ne suis pas à deux pas d’un bâtiment anéanti par une bombe il y a à peine deux mois, ni en pleine manifestation de jihads ; je suis juste dans un lieu agréable et
familier avec des amis ; et quand, tout à l’heure, on ira faire les courses pour le festin de ce soir, on sera encore une fois presque surpris de voir des rickshaws qui klaxonnent au milieu du
traffic. Alors on fera vite le plein de provisions, avant de retourner dans notre monde à part…
Par amelotour
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Publié dans : Avril 2008- Pakistan
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