Jeudi 1 mai 2008
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11:57
Jeudi 1er mai
il est presque 20h et j'attends ma bière. Je me suis installée sur le salon de jardin en plastique, face au petit carré de verdure au centre de la guest house, avec mes pistaches turques
amoureusement gardées pour un moment comme celui-ci.
Je suis encore une fois exténuée après cette nouvelle journée de travail. Parce que tous les matins depuis que j'ai posé les pieds à Amritsar, je vais bosser...
Le réveil est toujours un peu difficile, alors je mets ma montre à sonner deux fois, car la première sonnerie de 5h45 ne suffit pas à m'arracher à mon sommeil.
La douche achève de me réveiller, fraîche et revigorante, j'ai d'ailleurs presque froid quand, encore trempée en sortant de la salle de bain, je retrouve le ventilateur réglé à pleine
puissance.
Je branche ma petite résistance électrique et la plonge dans un verre d'eau pour préparer mon thé. J'aime le chai indien, mais à cette heure matinale, je lui préfère un thé vert du Pakistan, plus
léger.
En attendant que l'eau se mette à bouillir, je compte les nouveaux impacts : malgré le ventilateur et la spirale qui a enfumé la chambre toute la nuit, les moustiques sont voraces…
L’eau frémit. Je débranche la pris et plonge une pincée de thé dans le verre. J’aime voir les feuilles se déplier doucement, et retrouver leur forme avant de tomber dans le fond. Une cuillère de
sucre, je mélange et le laisse refroidir pendant que je vérifie mon sac photo une dernière fois.
Batteries chargées, cartes mémoires vidées, réglages prêts pour capter les premières lueurs du jour. Je suis parée.
A 6h30, je suis dans la rue et interpelle un cyclo-rickshaw. A coups de pédales énergétiques, je me laisse emmener, les fesses serrées sur le sky trop dur de la banquette, manquant de perdre
l’équilibre à chaque trou sur la chaussée.
J’aime ouvrir les yeux sur les premières animations du jour. La plupart des échoppes sont encore fermées, les tas d’ordure fument et les vaches s’en délectent.
Les vendeurs de journaux viennent s’approvisionner en nouvelles fraîches sur une petite place et repartent en vélo, lourdement chargés de liasses encore ficelées qui iront s’éparpiller dans toute
la ville ; des camions débordants de cannes à sucre se délestent sur de nombreux chariots, qui eux aussi partent dans toutes les directions pour pouvoir offrir un jus doux et parfumé au gingembre
et citron vert ; les producteurs de fruits et légumes vendent leurs récoltes, qui viendront enrichir les étals des marchands de quartier.
C’est toute une vie qui se prépare pour une nouvelle journée tumultueuse, une organisation sans faille qui se met en place avant le chaos.
Et c’est aussi l’heure des premiers écoliers….
Après deux journées à photographier le temple d’or, ce sont eux que j’ai suivi ce matin, et que je retrouverai demain de bonne heure.
Je passe ainsi environ deux heures de boulot intensif, courant derrière les rickshaws, cherchant l’arrière plan, le mouvement, l'expression, la couleur…. Jusqu’à ce que les écoliers ne désertent
les rues et que la lumière ne se fasse trop écrasante. Et que la chaleur ne devienne insupportable….
Il est alors temps de regagner ma chambre et son décor de verdure ombragée. A l’heure où les autres pensionnaires s’apprête à commencer leur journée, la mienne est déjà bien entamée. Presque
finie…. Puisque compte tenu de la chaleur et de la lumière, je ne ressortirais pas avant la fin d’après midi. Vers 17h.
Entre temps, je passe mes heures entre infusions et sandwichs au concombre, à décharger et trier mes images, vider mes cartes mémoire et remplir mon ordinateur de centaines de nouvelles photos
d’enfants.
Je dois faire preuve d'organisation, et surtout ne pas me laisser déborder par les images qui s'accumulent...
J'en ai déjà plus de 600 en trois jours, et à ce rythme, si je ne travaille pas au jour le jour, il me faudra des mois entiers pour les répertorier. Alors je m'y attèle sans relâche. Ou presque. Je
les classe par mots clés, par couleurs dominantes, leur attribue des notes, des étoiles ou un aller simple vers la corbeille, je les jauge, les compare, avec un regard qui s'affûte de jour en jour,
qui devient plus exigeant, plus critique...
En passant la frontière indienne, j’ai retrouvé le plaisir de photographier, et je réalise encore une fois qu’avoir un appareil photo dans les mains ne suffit pas… dans l’ambiance chaleureuse et
conviviale des rues d’Amritsar, où les visages s’éclairent de sourires, je retrouve ma confiance…
En passant la frontière indienne, j'ai un peu quitté le voyage... c'est le travail qui a repris le dessus, et 1er mai ou non, je suis à mon poste en temps et en heure...
Par amelotour
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Publié dans : Mai 2008 - Inde
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