Dimanche 4 mai 2008
Il est 11h. A l’ombre dans la chambre, sous le ventilateur en position maximale, il fait 32 degrès.
Je reste un peu sur ma fin, pas à cause de la qualité très moyenne du téléchargement, mais parce qu’il manquait les dix dernières minutes du film.
J’éteins l’ordinateur et le repose sur le bureau, à côté des spirales anti-moustiques et du pot de nescafé. Assise sur le lit, je regarde par la fenêtre, les murs de béton, les plantes vertes disposées autour du carré d’herbe au centre de la cour, la terrasse du niveau supérieur où sèche du linge.
Les casseroles en métal tintent, et les odeurs de cuisine arrivent jusqu’à moi. Ça sent la vieille huile chaude et les oignons frits.
Le film m’a mis en appétit, et malgrè la chaleur, je donnerais cher pour une assiette de carbonnade avec des frites grasses, ou des toasts au maroilles, même trempés dans la chicorée au petit dèj.
Soupir de résignation… le carillon s’est tu, les cloches se sont envolées, emmenant avec elles toute l’illusion dans laquelle, 90 minutes durant, j’étais plongée avec délice….
Tout autour de moi avait alors disparu ; je n’étais plus dans cette chambre sans âme, je n’entendais plus les braillements de ces deux gamins capricieux, ni les klaxons continus des trains qui, régulièrement, longent les murs de la guest house.
Je ne sentais plus les mouches se poser sur moi, ni la sueur traverser mon tee-shirt et me coller au drap.
J’étais quelque part sur une grand’place, une bruine légère perlant sur mes cheveux, et cette sacro-sainte odeur de friture me léchant les narines, il me prenait l’irrésistible envie de plonger mes mains dans un cône volumineux en papier glacé auréolé de tâches translucides que les grains de sel finissent toujours par déchirer.
Je m’imaginais déjà me brûler les doigts, d’avoir négligé la petite fourchette en plastique, parce que quoi qu’on en dise, les frites grasses ne révèlent pleinement leur saveur qu’entre le pouce et l’index.
Fin de l’histoire, le décor a été désossé, et du rêve de frites ne reste qu’une legère vapeur d’eau à la bouche…
Nostalgie culinaire du voyageur, où quand le pittoresque laisse place à la lassitude, il ne reste plus grand chose au fond de l’assiette.
Ce n’était pourtant pas le sujet principal du film, mais au delà des rues pavées, des flêches de beffrois pointées vers les nuages, c’est cette effluve si familière émanant de l’baraque à frites qui m’aura le plus marquée…
Face à quoi la piètre carte du restaurant de la guest ne fait pas le poids…
L’idée de currys ne me charme pas, pas davantage celle du riz ou des nouilles sautées dans de l’huile noire, et à vrai dire, avec cet arrière goût de pommes de terre fondantes dont se remémorent vaguement mes papilles, rien ne saurait vraiment faire l’affaire.
Alors mon regard se tourne vers la table basse, devenue depuis quelques jours mon petit cellier à ciel ouvert.
Quelques crackers salés, du pain de mie en tranches, un pot de processed cheese auquel la traduction de fromage ne convient guère, un reste de pistaches, trois concombres, un demi kilo de tomates et une poignée de citrons verts.
La température ambiante et l’achalandage des magasins ne m’en autorise pas bien davantage.
Alors j’oublie les frites, calme cette illusion d’appétit avec un modeste sandwich au concombre, comme hier, comme demain.
Une cuillère à soupe de cette pâte insipide qu’ils osent appeler fromage, des rondelles de concombres et de tomates –si mon estomac le consent, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui- et une pincée de sel.
Je m’interdis de penser encore aux frites, car leur souvenir pourrait appeler celui d’une salade verte croquante, avec du vinaigre et des échalottes, et quelques dés de vieux hollande. Ce qui serait fort torturant, et bien inutile.
Je mords dans mon sandwich, pas trop fort, car de toute façon le pain est mou. Comme les concombres.
Je me souviens de la première bouchée de ce genre, il y a bien quatre jours de cela.
Je me rappelle au souvenir délicieux de la croquante pitance, de son côté modeste mais providentiel ; dans ce pays qui manque cruellement de fraîcheur, où tout se doit d’être bouilli, mijoté, mélangé, ramolli, frit, fricoté, fricassé… quelques tranches de concombre et un peu de sel sur une tranche de pain devient un véritable mets de choix.
Vous m’imaginez certainement sur un coin de rue à manger des samosas dans un bout de papier journal, ou la main dépeçant avec habileté un chapatti encore chaud avant de le tremper dans un channa masala ou autre curry du genre, et qui plus est, vous imaginez probalement que j’aime cela.
Il y a un temps pour tout.
Là je mange des sandwichs au concombre dans ma chambre, en regardant des films illégalement téléchargés* et en rêvant de manger une plâtrée de frites grasses.
* mes plus plates excuses à Mister Boon, mais je n’ai pas trouvé le dvd en vente ici… Et je tiens à lui signaler que si ça n’avait pas été un tel succès, j’aurais attendu d’être rentrée avant de le voir…
Il est 11h. A l’ombre dans la chambre, sous le ventilateur en position maximale, il fait 32 degrès.
Je reste un peu sur ma fin, pas à cause de la qualité très moyenne du téléchargement, mais parce qu’il manquait les dix dernières minutes du film.
J’éteins l’ordinateur et le repose sur le bureau, à côté des spirales anti-moustiques et du pot de nescafé. Assise sur le lit, je regarde par la fenêtre, les murs de béton, les plantes vertes disposées autour du carré d’herbe au centre de la cour, la terrasse du niveau supérieur où sèche du linge.
Les casseroles en métal tintent, et les odeurs de cuisine arrivent jusqu’à moi. Ça sent la vieille huile chaude et les oignons frits.
Le film m’a mis en appétit, et malgrè la chaleur, je donnerais cher pour une assiette de carbonnade avec des frites grasses, ou des toasts au maroilles, même trempés dans la chicorée au petit dèj.
Soupir de résignation… le carillon s’est tu, les cloches se sont envolées, emmenant avec elles toute l’illusion dans laquelle, 90 minutes durant, j’étais plongée avec délice….
Tout autour de moi avait alors disparu ; je n’étais plus dans cette chambre sans âme, je n’entendais plus les braillements de ces deux gamins capricieux, ni les klaxons continus des trains qui, régulièrement, longent les murs de la guest house.
Je ne sentais plus les mouches se poser sur moi, ni la sueur traverser mon tee-shirt et me coller au drap.
J’étais quelque part sur une grand’place, une bruine légère perlant sur mes cheveux, et cette sacro-sainte odeur de friture me léchant les narines, il me prenait l’irrésistible envie de plonger mes mains dans un cône volumineux en papier glacé auréolé de tâches translucides que les grains de sel finissent toujours par déchirer.
Je m’imaginais déjà me brûler les doigts, d’avoir négligé la petite fourchette en plastique, parce que quoi qu’on en dise, les frites grasses ne révèlent pleinement leur saveur qu’entre le pouce et l’index.
Fin de l’histoire, le décor a été désossé, et du rêve de frites ne reste qu’une legère vapeur d’eau à la bouche…
Nostalgie culinaire du voyageur, où quand le pittoresque laisse place à la lassitude, il ne reste plus grand chose au fond de l’assiette.
Ce n’était pourtant pas le sujet principal du film, mais au delà des rues pavées, des flêches de beffrois pointées vers les nuages, c’est cette effluve si familière émanant de l’baraque à frites qui m’aura le plus marquée…
Face à quoi la piètre carte du restaurant de la guest ne fait pas le poids…
L’idée de currys ne me charme pas, pas davantage celle du riz ou des nouilles sautées dans de l’huile noire, et à vrai dire, avec cet arrière goût de pommes de terre fondantes dont se remémorent vaguement mes papilles, rien ne saurait vraiment faire l’affaire.
Alors mon regard se tourne vers la table basse, devenue depuis quelques jours mon petit cellier à ciel ouvert.
Quelques crackers salés, du pain de mie en tranches, un pot de processed cheese auquel la traduction de fromage ne convient guère, un reste de pistaches, trois concombres, un demi kilo de tomates et une poignée de citrons verts.
La température ambiante et l’achalandage des magasins ne m’en autorise pas bien davantage.
Alors j’oublie les frites, calme cette illusion d’appétit avec un modeste sandwich au concombre, comme hier, comme demain.
Une cuillère à soupe de cette pâte insipide qu’ils osent appeler fromage, des rondelles de concombres et de tomates –si mon estomac le consent, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui- et une pincée de sel.
Je m’interdis de penser encore aux frites, car leur souvenir pourrait appeler celui d’une salade verte croquante, avec du vinaigre et des échalottes, et quelques dés de vieux hollande. Ce qui serait fort torturant, et bien inutile.
Je mords dans mon sandwich, pas trop fort, car de toute façon le pain est mou. Comme les concombres.
Je me souviens de la première bouchée de ce genre, il y a bien quatre jours de cela.
Je me rappelle au souvenir délicieux de la croquante pitance, de son côté modeste mais providentiel ; dans ce pays qui manque cruellement de fraîcheur, où tout se doit d’être bouilli, mijoté, mélangé, ramolli, frit, fricoté, fricassé… quelques tranches de concombre et un peu de sel sur une tranche de pain devient un véritable mets de choix.
Vous m’imaginez certainement sur un coin de rue à manger des samosas dans un bout de papier journal, ou la main dépeçant avec habileté un chapatti encore chaud avant de le tremper dans un channa masala ou autre curry du genre, et qui plus est, vous imaginez probalement que j’aime cela.
Il y a un temps pour tout.
Là je mange des sandwichs au concombre dans ma chambre, en regardant des films illégalement téléchargés* et en rêvant de manger une plâtrée de frites grasses.
* mes plus plates excuses à Mister Boon, mais je n’ai pas trouvé le dvd en vente ici… Et je tiens à lui signaler que si ça n’avait pas été un tel succès, j’aurais attendu d’être rentrée avant de le voir…
Commentaires
Ma tchiot amel,
Si je le pouvo j'te fro parvenir el frite el baraque à frite à momo par chrono !!!
Bisous
Si je le pouvo j'te fro parvenir el frite el baraque à frite à momo par chrono !!!
Bisous
commentaire n° : 2
posté par :
mar
le: 07/05/2008 13:45:37
bon voyage...
racontez nous ça
et vive la Turquie !
racontez nous ça
et vive la Turquie !
commentaire n° : 3
posté par :
Benoît Lesroubac
(site web)
le: 14/05/2008 21:04:09
Amélie, pour ne rien te cacher, ton silence me préoccupe. Je veux croire que tu es toute à ton bonheur de retrouver l'Inde, qui t'a autant marqué par le passé. Ecris-moi si tu en as la possibilité. Je t'embrasse, E.
commentaire n° : 4
posté par :
Emmanuel
le: 22/05/2008 01:22:56
amel tes silences inquiètent... juste un petit signe pourrait rassurer... bis' mar'
commentaire n° : 5
posté par :
mar'
le: 22/05/2008 22:20:48
Amélie bonjour,
Nous sommes tous inquiets, plus rien depuis le 4 mai, tu ne nous as pas habitués à de si longues périodes silencieuses. Nous espérons te retrouver très vite sur ce blog. Amitiés, Alain, et les amis du photoclub.
Nous sommes tous inquiets, plus rien depuis le 4 mai, tu ne nous as pas habitués à de si longues périodes silencieuses. Nous espérons te retrouver très vite sur ce blog. Amitiés, Alain, et les amis du photoclub.
commentaire n° : 6
posté par :
Alain Lahousse
le: 23/05/2008 15:19:31
Hello Amélie,
Comme beaucoup, je suis inquète. J'espère qu'il ne t'est rien arrivé et que tout simplement, tu n'as pas de connexion internet !
Rassure-nous vite dés que tu le peux !
A trés bientôt,
bise,
Virginie
Comme beaucoup, je suis inquète. J'espère qu'il ne t'est rien arrivé et que tout simplement, tu n'as pas de connexion internet !
Rassure-nous vite dés que tu le peux !
A trés bientôt,
bise,
Virginie
commentaire n° : 7
posté par :
Virginie
(site web)
le: 24/05/2008 16:14:57
Trackbacks
Aucun trackback pour cet article

Si tu veux tu peux t'inscrire sur mon annuaire , c'est gratuit et ça fait venir des visiteurs
http://www.123ici.com/annuaire-2708
Bonne journée