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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 18:03

Istanbul,

le 28 avril

 

 

Je ne me remets pas du trajet en bus. Je suis arrivée à l'otogar d'Istanbul pliée en deux, après 18 longues heures de route, et quelques dizaines de minutes de sommeil à tout casser. Il était 7h30 ce matin. Juste le bon moment pour me taper le métro et le tramway bondés, à l'heure où le tout Istanbul se met en branle pour une nouvelle journée de travail. Moi, je vais me coucher. Et ne suis pas vraiment d'humeur pour les bousculades matinales.

Direction Sultanhamet, le quartier de la mosquée bleue, où je retrouve sans difficulté le Metropolis Hostel où j'avais séjourné il y a deux ans. Dortoir complet...

Heureusement, je n'ai pas à chercher bien loin pour trouver un lit disponible.

Il y a 10 lits dans le dortoir, et 4 sont occupés. Je dépose mon sac en silence, et me glisse toute habillée sous les couvertures. Il est 8h30.

A 9h, si j'avais été du genre à tomber comme une masse dans un profond sommeil, j'en aurais été brutalement extirpée par le réveil en fanfare des quatre jeunes minettes qui, manifestement, n'ont que faire de ma présence.

Elles piaillent, gloussent, caquètent, au point que je me demande si je n'ai pas malencontreusement atterri dans le poulailler du quartier.

Parfois, je me dis que je suis devenue trop vieille pour ces conneries.

A 10h, avec les incessants va-et-viens et les portes qui claquent et les séances de maquillage devant le miroir du dortoir, j'abandonne l'idée de faire ma nuit, et sors avec grande peine de mon état léthargique pour attendre mon tour de salle de bain.

Il fait gris et froid aujourd'hui. Et manifestement, je ne vais pas être bonne à grand chose. Avec les 25 euros que me coûtent les deux nuitées à venir, j'ai droit à l'accès à internet.

Grâce à cela, et au message que Lala m'a envoyé, je me suis trouvé un objectif à ma portée: un bon hammam me fera le plus grand bien.

J'y avais bien pensé, mais à vrai dire, l'idée d'aller dans un lieu rénové essentiellement pour l'usage des touristes ne m'enchantait pas plus que cela. La description que Lala m'a faite des hammams du quartier de Laleli me suffit, et je sais aussi que je peux me fier à ses conseils les yeux fermés. Alors je me mets en route.

Trente minutes de marche plus tard, j'en trouve un. Pour les femmes exclusivement. Et ça ne me surprendrait pas qu'il soit justement celui que Lala a elle même expérimenté il y a quelques semaines.

 

Une vieille dame me fait entrer dans une vaste cour, au centre de laquelle trône une petite fontaine desséchée.

Quelques vieux sofas usés recouverts de tapis qui le sont tout autant, un tas de serviettes grisâtres pliées, des sandales en plastique alignées, et une autre vieille dame, assoupie dans un fauteuil près d'une tasse de thé froid.

Autour de la cour sont dressées des sortes de cabines individuelles branlantes en contreplaqué, dans une desquelles on me prie de me déshabiller. Pas avec de longues phrases emplies de courtoisie, mais avec quelques rapides mouvement de mains.

L'endroit pourrait être superbe, avec les pierres voutées du plafond et celles, polies, qui constituent le dallage du sol. Mais tout est vieux et fatigué, comme les deux femmes qui semblent tenir le lieu, et comme l'unique cliente que je surprend à sortir de sa cabine, un bonnet de bain rose sur la tête, et une serviette de la même couleur enroulée autour de sa chair blanche et flasque.

Je m'exécute. Je sors de la cabine, serviette autour de moi, ma paire de sandales en plastique aux pieds, et je suis la vieille dame.

Une première porte, en faux bois qui gondole quand même, trop petite. Un étroit et court passage dans l'obscurité, avant de découvrir une première salle de bains, avec quelques bancs et vasques en marbre blanc rayé de gris.

Nous la traversons, pour en atteindre une autre, plus vaste, entourée elle aussi de bancs et de vasques, et au centre de laquelle trône une large table de marbre de la même couleur.

Les murs sont hauts, décrépis, et sont dominés par d'autres voutes percées de trous qui laissent pénétrer la lumière extérieure en faisceaux brumeux.

Ca pourrait être majestueux, ça pourrait être sordide. C'est quelque part entre les deux.

Il n'y a que moi. Moi et cette vieille dame qui, d'un coup de main étonnemment leste, me retire la serviette pour la pendre à un tube rouillé qui sort du mur.

"Sit. Water.", qu'elle me dit en pointant du doigt une coupelle de plastique rose qui flotte dans une des vasques, puis me laisse là, au milieu de la pièce, nue comme un ver.

Alors je m'assied, et je m'asperge. Comme elle l'a dit. Cette dame a comme qui dirait une sorte d'autorité naturelle qu'il semblerait déconvenu de défier.

Et puis je suis là pour me laisser faire après tout.

Alors je m'assied, et je m'asperge. En attendant la suite.

L'atmosphère paisible commence à m'envelopper de douceur... La vapeur tiède, le silence à peine troublé par le bruit de l'eau, un moment de calme que j'apprécie à sa juste valeur... dans son plus simple appareil.

La vieille dame réapparaît. Une bonne quinzaine de minutes plus tard. Le ventre et les seins pendant sur un slip rouge, les cheveux gris remontés en chignon. Une allure de sumo du troisième âge.

Elle tient dans une main un gant de crin noir et de l'autre, elle tapote la table centrale où je suis maintenant supposée m'allonger. Tout de suite. Elle me frotte avec tant d'énergie que j'y laisse un peu de ma peau, je la vois partir en lambeaux. Les quelques centimètres carrés de bronzage que j'avais réussi à préserver risquent de rester là, en bouloches noires, sur le marbre blanc. A moins que cela ne soit la crasse?

"Shoes. Water". C'est le temps des ablutions. Je m'assieds. M'asperge. Pendant quinze autres minutes.

Puis elle revient. Pour le massage. Moment que je redoute un peu, car à chaque fois que je me fais masser, spécialement le dos, je finis pas éclater de rire.

Elle me savonne généreusement. Ca sent bon. Ca mousse. Je glisse sur le marbre.

Sans guère de surprise, désormais, le massage est énergique... et douloureux. Ce qui n'est pas si étonnant, après la nuit passée à gesticuler de manière inconfortable dans mon mètre carré attitré. Des noeuds partout. Je me retiens de rire. Ca pourrait sembler mal venu... probablement pas, en réalité. C'est son air et ses gestes de bourreau qui me font penser ça.

"Shoes. Water." Je remets mes sandales, et vais me rasseoir, couverte de mousse. Je découvre des douleurs que, bizarrement, je n'avais pas en arrivant.

Puis elle me shampouine. En me tordant un peu le cou. En me tirant un peu les cheveux. En me massant le cuir chevelu, toujours avec cette étonnante énergie. Comme chez le coiffeur, sauf que c'est rare que la coiffeuse appuie la tête de son(sa) client(e) sur ses seins nus. Pour autant que je sache.

 

Vient le moment du sauna... il tombe à point nommé, même si, contrairement à mes habitudes, je ne le supporte pas bien longtemps. La faim, peut être, la fatigue, sans doute...

J'ai compris. Je vais m'asperger toute seule. Comme une grande.

Heureusement que je n'ai pas attendu son feu vert car, après plusieurs voyages entre le sauna et les ablutions, quand je décide finalement d'en rester là, je retrouve ma vieille dame endormie, près de l'autre qui n'a pas bougé d'un pouce depuis plus de deux heures.

 

Je ne sens plus grand chose de mon corps, sauf mon estomac qui manifeste son mécontentement d'être resté quasi vide depuis hier matin.

Après un temps de repos dans ma cabine, privative s'il vous plait, je réveille ma ladie pour la douloureuse, qui ne l'est pas tant que ça. J'ai peut être l'air, qui sait, d'attendre de sa part de nouvelles directives, c'est si bon parfois de se laisser commander de la sorte... Alors elle me regarde, esquisse pour la première fois un sourire, et formule son utime ordre.... "Baksheesh"....

 





 


Par amelotour - Publié dans : Avril 2010 - Congés payés
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