Partager l'article ! Hama: Hama Jeudi 22 avril Dès la descente du minibus, j’ai senti que cette ville allait ...
Hama
Jeudi 22 avril
Dès la descente du minibus, j’ai senti que cette ville allait me plaire.
Elle grouille. Elle fume, elle crie, elle transpire… une vie bouillonnante, vraie et authentique, qui n’a que faire du touriste de passage. J’ai à peu près 3 kms à parcourir pour rejoindre l’hôtel que j’ai repéré et cette fois, tellement absorbée par ce qui m’entoure, je ne sens pas le poids de mon sac.
Il faut dire aussi que je me sens enfin reposée… Marmarita m’a offert ce dont j’avais cruellement besoin : le calme, et avec lui, un vrai sommeil réparateur….
Rien de tel pour bien commencer la journée, d’autant qu’elle s’avérait assez chargée. Trois voyages en bus, un peu de stop, et beaucoup de marche à pied, notamment dans le fantastique château de Hosn, le dit « Krak des Chevaliers », dans lequel j’ai erré des heures durant, à me perdre dans ses abîmes les plus sombres.
Hama… mes deux amis Vrej et Peno m’avaient assuré qu’il n’y avait rien de particulier dans cette ville et que cela n’était pas nécessaire d’y faire une étape. Mais compte-tenu de leur engouement pour Marmarita, qui reste incompréhensible pour moi, c’est soudain devenu une raison en soi pour que je m’y arrête….
Hama… la rue principale est bordée d’échoppes en tout genre, boucheries et vendeurs de téléphones portables, épiciers grossistes et bijoutiers… ça sent la viande fraiche, ou grillée, les olives, le cumin, le yaourt, un peu les égouts aussi, parfois. Ca se bouscule, comme un dimanche matin à Wazemmes, en grandeur nature…
Je me sens comme un poisson dans l’eau, et me faufile à la hâte, pressée de me délester de mon sac.
C’est vite chose faite, l’hôtel Cairo a une chambre pour moi. Pour le prix d’un lit sur le toit à Palmyre, j’ai mes quatre murs à moi, carrelés jusqu’au plafond. Je dormirai ce soir dans ce qui fût manifestement une ancienne cuisine, avec son évier et ses plans de travail en marbre.
Je quitte rapidement l’hôtel. Juste le temps de me rafraîchir un peu, et je pars à la découverte de la ville.
Je poursuis la grande rue qui m’a amenée jusqu’à l’hôtel, qui ne désemplit pas, me fraye un chemin dans la circulation intense, puis bifurque vers les petites ruelles de ce qui fût la vieille ville, et dont il ne reste pas grand chose. Puis les rues commerçantes, ses vitrines affichant tantôt de longs manteaux noirs, tantôt des pyjamas bariolés, des foulards sobres, puis des dessous affriolants. Les hommes fument et boivent le thé, les femmes traînent leurs enfants dans les boutiques. Il fait chaud, je m’engouffre dans le souk. Il n’est pas beau, il n’est pas truffé de caravansérails comme celui de Damas, on n’y vend pas de souvenirs, pas de cartes postales. C’est juste un souk, un bazar, un labyrinthe d’allées où pendent vêtements bon marché, chaussures et casseroles, dans un brouhaha joyeux et enfantin, où tous les sons se mélangent pour n’en faire plus qu’un.
J’ai une pensée pour Nawal, quand je repère un vendeur ambulant de fèves. C’est elle qui m’y a fait goûter dans le souk de Saida. Des grosses fèves rouges, avec du cumin, du sel et du citron. Et un cure-dent. Elles sont aussi délicieuses qu’au Liban.
Je poursuis mon chemin, quitte le souk, traverse la rue principale, toujours aussi encombrée, et m’aventure vers des ruelles plus calmes. Plus de magasins partout. Plus de voitures. Plus de goudron. L’école est finie depuis longtemps, les enfants célèbrent l’arrivée tant attendue du week-end comme il se doit, à coup de ballon et de chamailleries. Ils courent dans tous les sens, leurs rires éclatent à chaque coin de rue, et je m’en donne à cœur joie. Je traque un visage, un clin d’œil, un mur peint, un boulanger, une porte, tout devient prétexte à photographier, et photographier encore.
C’est là, sur une petite place caillouteuse, en jouant au ballon avec quelques gamins poussiéreux du quartier, qu’une porte s’est entrouverte. On m’invite à boire le café. En temps normal, je ne bois pas de café à cette heure. Mais je ne suis pas en temps normal, alors j’accepte. De toute façon, on m’a déjà offert suffisamment de thés aujourd’hui pour risquer d’avoir un sommeil perturbé, je ne suis plus à un café près. C’est la mère d’Irshad, un des garçons avec qui je jouais au foot, qui m’interpelle.
Elle passe son visage derrière le rideau, discrètement, car elle ne porte pas son voile.
J’entre dans une minuscule cour encombrée de chaussures et de seaux en plastique, puis me déchausse avant de pénétrer dans l’unique pièce de leur modeste maison. 4 mètres sur 3, recouverts de tapis. Une télé, un lit sur lequel un homme sommeille, un frigo, deux armoires, un porte-manteaux et des matelas entassés dans un coin. On m’invite à m’asseoir. Je comprends vite que je comprendrais pas grand chose, car personne dans la famille ne parle anglais, à part le petit Irshad dont le vocabulaire se limite aux quelques mots qu’il m’a déjà dit… welcome… country… name… thank you…
On m’a proposé un café, mais c’est tout un festin que la mère d’Irshad, Cerag, s’évertue à me préparer. Les plats arrivent, petits mais nombreux, sur un large plateau argenté. Olives, fromage, tomates, thon, et encore tant d’autres choses dont je ne connaîtrais sans doute jamais le nom français… nous sommes huit à partager le repas. Je ne sais pas qui est qui, à qui appartiennent ces enfants, quels sont les liens qui les unissent.. je sais seulement que c’est le père d’Irshad qui, aussi bruyants que l’on puisse être dans nos rires et nos demi conversations, dort profondément sur le lit conjugal.
Le paternel se réveille enfin. Tarke. Il ouvre à demi les yeux, râle car le lait chaud que sa fille lui tend n’est pas assez sucré, puis, comme si il n’était pas surpris de me voir ainsi assise chez lui, m’offre un large sourire avant d’allumer une cigarette.
Ahlan wa sahlan. Bienvenue. J’ai entendu cette phrase si souvent qu’il me paraît impossible de l’oublier désormais.
Nous partageons le repas, et je perfectionne mon arabe. Je sais maintenant dire « olives noires », et « j’ai plus faim »… ça pourra toujours me servir.
Toute la famille est adorable, et ne cesse de veiller à ce que mon verre de thé soit toujours plein, de rapprocher les assiettes de moi, de peur, sans doute, que je n’ai pas le bras assez long.
Je les quitte le ventre plein, et le cœur léger. Nous avons réussi à convenir de nous revoir demain. A 13h, après la prière. Pour le déjeuner… je ne savais pas combien de temps j’allais rester à Hama, mais désormais, je suis sûre d’y rester une nuit de plus.