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Avril 2008 - Iran

Lundi 21 avril 2008 1 21 /04 /Avr /2008 09:27

Lundi 21 avril

Lever matinal a Bam... A 6h, la police vient me chercher pour me conduire jusqu'a mon bus pour Zahedan. Apres avoir passe une bonne partie de la journee d'hier en leur compagnie, je commence a m'habituer a leur presence... Je les ai traine au cyber cafe, chez le boulanger du coin, au bazaar pour une  seance de photo au milieu des containers, j'ai essaye de les derider en leur offrant une glace... j'ai meme passe la fin de la soiree avec un officier qui m'avait ramene une pizza et une bouteille de sprite.....Alors qu'ils viennent me chercher ce matin pour un convoi exceptionnel jusqu'a l'arret de bus, je n'y vois plus vraiment d'inconvenient...

Ils font signer au chauffeur ce que j'imagine etre une decharge qui le leste de lourdes responsabilites... puis je signe a mon tour le registre, pour une dernier fois, pour prouver a qui de droit que je quitte Bam en pleine forme... en vie, quoi.
Je pensais en avoir fini avec les escortes, une fois en securite dans le bus, mais il semblerait que le chauffeur ne veuille pas prendre le risque de me laisser seule a la gare routiere de Zahedan, non pas qu'il s'inquiete pour moi, mais simplement pour ne pas etre le dernier a m'avoir vu... alors il me depose dans une centre de police....Escorte, qu'on me dit. S'en suivent de nouveaux controles de mon passeport, qui passe de mains en mains pendant que je reste assise pres de mon sac, impuissante. Bon sang, je veux juste prendre un bus pour Mirvajeh et rejoindre la frontiere... On me dit que non, trop dangereux, il faut que j'y aille en taxi. Mais c'est que j'ai plus assez de sous pour un taxi, moi..... On me trimbale de voiture de police en voiture de police, j'ai abandonne l'idee de comprendre en constatant qu'on passait toujours dans la meme rue, et qu'au meme rond point, je devais rechanger de vehicule, remontrer mon passeport, et reexpliquer a de nouveuax policiers bourrus que je veux juste aller au Pakistan....

Finalement, a defaut de bus dont on ne cesse de me nier l'existence - ce a quoi je ne crois pas un mot- on me met dans un taxi collectif en direction de la frontiere, apres avoir fait montrer patte blanche au chauffeur, ainsi qu'aux deux autres passagers...
La route n'est pas tres longue, enfin elle aurait du se faire assez rapidement si, a chacun des nombreux barrages de police, on n'avait pas mis notre voiture de cote pour que son precieux chargement ne soit enregistre sur leur cahier... decidemment, on me suit a la trace...
Le paysage est desole, un desert blanc ou rien de semble pouvoir survivre bien longtemps, a en croire les carcasses d'animaux qui se desechent ca et la. Le ciel est brumeux, se confondant avec l'horizon dans une nuee blanche de poussiere et de chaleur.
Puis progressivement, comme un mirage improbable, on commence a deviner le poste de frontiere. Une sorte d'oasis,  non pas de verdure, mais de camions et de vehicules en tout genre agglutines la, au milieu de cette immence plaine de sable et de rocaille, ou mon taxi me depose finalement avec mon escorte, un nouveau garde monte rejoindre notre folle epopee lors du dernier controle. Il m'accompagne jusqu'a la porte de sortie du pays, me demandant pour la nieme fois une cigarette, et pour la nieme fois je lui reponds qu'il en aura une quand il m'aura rendu mon passeport....
Ce barbu arme en uniforme vert sera mon dernier contact avec l'Iran, je recupere mon passeport tamponne et ma liberte de mouvement, il fait demi tour en souriant, une winston ultra light aux levres.

Pendant quelques dizaines de metres, etouffant sous la chaleur et les gaz d'echappement, entre les deux hautes parois grillagees, je ne suis plus en Iran. Je ne suis d'ailleurs nulle part, tant que je n'aurais pas passe les services d'immigration pakistannais.
Mais malgre la chaleur et le poids du sac, je me sens deja plus legere.... je meurs d'envie d'enlever enfin ma cagoule noire, mais je patiente encore un peu, histoire de pouvoir pleinement savourer l'instant ou je me denuderai enfin le crane en toute legalite.... apres 3 semaines, ca merite un moment de recueillement....

Me voila presque au Pakistan.... je dois attendre une dizaine de minutes que ces messieurs aient fini de manger, mais deja l'Iran me semble loin.. Le vaste hall propre et climatise iranien a fait place a une modeste barraque en beton et tole galvanisee, ou les dechets jonchent le sol de sable et de poussiere. En attendant l'officialisation de mon arrivee, on m'offre le the et la possibilite de changer de l'argent, sans me pousser, sans l'agressivite que j'avais pu ressentir en penetrant sur le territoire iranien il y a quelques semaines.
Puis on me recoit dans le petit bureau, cela prendra en tout et pour tout 3 courtes minutes avant qu'on me tende mon passeport estampille, avec en prime un large sourire de bienvenue. Au service des douanes, on m'offre un autre the et un siege en plastique au milieu de la piece, juste en dessous du ventilateur qui brasse un air sec et brulant. AU lieu de chercher a fouiller mon sac, on me propose de me le garder pendant que je vais me rafraichir, profitant ainsi du delice de l'instant pour enfin me devoiler...
Je me sens nue, et ne cesse de toucher ma chevelure emelee, ca les fait rire.... ils me disent qu'ici, y'a pas de probleme....Le Pakistan, c'est comme l'Europe....

Je quitte le bureau, ne pouvant m'empecher de sourire betement... je suis si heureuse d'etre la! Dans ce decor de sable et de terre sechee, ou des vieux a la longue barbe et aux cheveux enturbannes se reposent a l'ombre d'un mur a moitie tombe, ou les sacs plastiques sont emportes par les bourrasques de vent, ou les chevres errent en recherchant en vain quelque trace de vegetation absente... Le bus qui va m'emmener a Quetta d'ici une petite heure est deja la, petit et trapu, surmonte de kilos de paquets, sans clim et sans sieges inclinables, mais meme si je sais que les 15 prochaines heures vont etre une veritable torture, je me sens aux anges.....

Je retrouve cette animation cahotique et puerile, de bric et de broc, de vendeurs ambulants s'egosillants pour couvrir le son des klaxons, de camions decores et de mules trop chargees, et deja, je sens que le Pakistan s'annonce comme une recompense.... un petit avant gout de l'Inde peut etre...

Comment expliquer ce sentiment aux burocrates de l'ambassade de France? cette sensation d'intense liberte melee a un brin de folie de vouloir entrer dans un pays a pied et par la petite porte, d'avoir envie d'embrasser son sol poussiereux tant on a attendu de pouvoir le fouler?
Je me sens toute petite, mais d'une force inebranlable, comme si j'etais la premiere a decouvrir ce nouveau monde.... Et meme si je sais que bien d'autres l'ont fait avant moi, ce sentiment m'appartient a moi et a moi seule, et rien que pour cela, quoi que le Paksitan me reserve pour les jours a venir, je suis deja comblee et fiere d'avoir ete obstinee pour braver les interdits.....

Bienvenue au Balouchistan, ou....
Il en faut vraiment peu pour etre heureux.....






Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Dimanche 20 avril 2008 7 20 /04 /Avr /2008 15:58

Dimanche 20 avril


 Bam, dernière étape iranienne… en m’enfonçant vers l’est en direction de la frontière, je savais que l’aventure allait se corser.
Je quitte Yazd par le bus de 10h direction Bam, et là déjà, les passagers ne sont plus les mêmes.
Une femme s’installe à côté de moi, nous serons ainsi deux pendant quelques heures, jusqu’à ce qu’elle ne descende du bus et me laisse seule au milieu de tous ces barbus à la peau sombre. Finis les jeans et les tee-shirts moulants, les coiffures gominées et les lunettes de soleil, il semblerait que là où l’on va, rien de tout cela ne soit plus nécessaire. Les hommes revêtent tous une longue tunique blanche, verte kaki ou marron, les plus vieux ont un chapeau tissé et une longue barbe peignée ; les visages sont noirs et durs, la peau marquée et les yeux petits mais tout aussi obscurs sont de ceux que l’on préfère éviter…
 Leur allure m’impressionne, ils ont quelque chose d’agressif dans leurs gestes et leur façon de parler, même dans leur manière de rire, mais plus que jamais, on me respecte. Personne ne se risque à s’asseoir à côté de moi, ni à m’adresser un regard déplacé, et quand on m’offre un gâteau ou un verre de thé, dans une quasi-indifférence, je sais que c’est pas respect. Simplement.
Le voyage sera long, notre bus s’arrêtant régulièrement pour des contrôles de police qui s’accompagnent toujours d’un silence macabre et tendu. Simple paranoïa de ma part ? ou… ou rien. Je ne veux rien savoir. Pendant des heures entières, on traverse des paysages secs et désolés sans aucune trace d’habitation, un décor sauvage rendu plus hostile encore par le ciel noir menaçant de tomber en rideaux de pluie.
L’arrivée à Bam ressemble à beaucoup d’autres, déposée à un rond-point avec mon sac, au milieu de taxis et de passagers en attente avec leur barda.
 Fatiguée, je ne cherche pas la complication, et saute dans un des taxis jaunes, ceux dont on ne doute pas qu’il s’agisse de taxi officiel.
 Direction l’Akbar guest house que l’on m’a vivement recommandée. Je découvre les faubourgs de la petite ville de Bam, qui a été presque entièrement détruite par un violent tremblement de terre il y a quelques années (2003), et qui semble peiner à sortir des décombres.
Je traverse des rues de ruines, où la vie renaît dans des contenairs métalliques ou de simples bâtisses en préfabriqué. Quelques bâtiments meurtris de fissures tiennent encore debout, mais menacent de s’effondre eux aussi. Je voulais venir à Bam, non pas pour constater l’ampleur des dégâts, je ne croyais pas qu’ils puissent être encore si visibles….
Je voulais venir parce que celle ville est délaissée par les touristes depuis que sa fabuleuse citadelle a été réduite en poussière. C’est injuste pour les gens qui y vivent et qui on déjà tant perdu….
 Si ma contribution, si modeste soit-elle, peut être une aide à la reconstruction, alors je préfère dormir ici qu’à Yazd.
Je découvre l’Akbar guest house, qui n’a pas été épargnée non plus, et son chaleureux propriétaire m’accueille à bras ouvert dans son humble décor de tôle et de parpaings, où se situent les chambres provisoires… faute de moyens, le nouvel établissement est encore en construction.
Après le thé et les échanges habituels, Akbar me met au parfum : dès que je voudrais sortir, il me faudra l’en informer pour qu’il contacte la police. Depuis qu’un japonnais a été enlevé il y a six mois, chaque étranger a droit à sa propre escorte policière…
Ça s’annonce fort sympathique..
 Ma foi, il est tard, je suis crevée et une fille d’Akbar m’apporte sur un plateau la seule raison que j’avais de vouloir sortir… un bon repas, suivi d’une douche et de quelques verres de thé en compagnie d’Akbar et de mes gardes du corps, ça sera bien assez pour finir la journée.

 Le lendemain matin, je me laisse traîner au lit jusque 8h30. J’ai du mal à combler le manque de sommeil, et je dois dire que cette idée de me promener avec une milice privée a un peu refroidi mes ardeurs.
Après un modeste petit déjeuner fait de thé et de quelques dattes, je me décide à sortir.
Accompagnée de près par mes deux gardes sur leur moto, je ne peux m’empêcher de sourire… ils me laissent avancer 50 mètres, puis me doublent avant de se garer 50 mètres plus loin, jusqu’à ce que je les rattrape, me retenant, à chaque fois, de laisser échapper un fou rire qui ne serait pas approprié… j’ai émis l’idée d’aller sur internet, alors ils me trouvent un cyber café, et pendant que je vaque à mes occupations, celui des deux qui est armé reste posté devant la porte…
C’est vraiment étrange, et moi qui aime tant passer inaperçue, là, c’est loupé.
 Mais je joue le jeu…. Mosshein et son fusil me suivent ensuite jusque dans les vestiges de la vieille ville, sur les chemins de poussière entre les gravats où s’épuisent des centaines de travailleurs. Il ne reste plus rien que des décombres, de briques et de boue séchée, et bien qu’ayant en tête l’image de ce à quoi ressemblait la citadelle avant le désastre, je n’en reconnâit ni le fort, ni les murailles, ni rien du tout…
 Je voudrais bien me poser un instant, boire une verre d’eau ou de thé et laisser sortir les émotions, qui sont nombreuses… Devant ces ruines inertes, devant ses ouvriers qui, dans des conditions épouvantables, essaient de leur redonner vie et gloire passée… y arriveront-t’ils un jour ? et le cas échéant, combien d’années d’acharnement, de sueurs acides, de bronches colmatées….
 Et dire que leur présent est encore à terre…
Il est des lieux qui se digèrent, mais mes deux policiers ne le voient pas du même œil… à force d’insister, on me laisse m’asseoir un instant à l’ombre du poste de sécurité, mais une fois le verre d’eau terminé, il me faut partir….
Inutile d’insister ; je les laisse me ramener à la guest, en moto cette fois. Là au moins j’aurais peut être la possibilité de me poser un peu…

Etrange parfum que celui des dernières effluves iraniennes… la rupture d’avec ce que j’ai vu de l’Iran jusqu’à présent est telle, que j’ai le sentiment d’avoir déjà changé de pays….
Parfois, on va loin pour trouver un joyau encore pur qui nous fait oublier le chemin pénible qu’il a fallu parcourir pour l’atteindre ;
Et parfois, on arrive trop tard et le trésor a été pillé, l’oasis se révèle n’être qu’un tas de poussière dont même la verdure s’est ternie…
Bam, c’est le chaos total…. Je m’en vais demain matin, un peu plus loin encore, en route vers le Pakistan en quittant l’Iran par la porte de derrière, sans m’éterniser….. sans faire de bruit….

Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Vendredi 18 avril 2008 5 18 /04 /Avr /2008 08:03
Vendredi 18 avril

 Iran Air

Il est 11h30, et il fait une chaleur à crever. Rien que l’idée de sortir de ma chambre et de gambader sous la chappe de plomb qui s’abat sur Yazd me fatigue… D’autant qu’il me faudrait troquer ma légère tenue d’intérieur pour mon costume noir… alors à quoi bon.
C’est le problème des grasses matinées, en me levant à 9h, je savais d’ores et déjà que tout espoir de fraîcheur aurait disparu. Mais j’avais vraiment besoin de sommeil….
Et puis aujourd’hui, c’est vendredi, tout est fermé et les enfants ne vont pas à l’école.
 J’ai de longues heures devant moi avant que la lumière ne soit propice à une excursion photographique, alors je traînasse. Je n’ai pas beaucoup de courage pour aller découvrir les environs, et la chaleur n’arrange rien. Les ruelles de la vieille ville, la seule et unique raison pour laquelle je suis venue à Yazd, attendront la fin d’après midi. Il y aurait bien des mosquées à visiter, des temples zoroastriens, des forteresses, tombeaux ou autres trésors architecturaux, mais je suis vraiment pas motivée.
Le fait de savoir que je serais bientôt au Pakistan y joue pour beaucoup, car quand on commence à penser au départ, c’est qu’on est déjà un peu parti… Et puis il faut dire aussi que j’atteins mes limites iraniennes.

Voilà trois semaines que je voyage dans ce pays, et je n’arrive toujours pas à m’en faire une idée précise, même pas à savoir si j’aime ou non… aucunement je ne regrette mon passage ici.
Je voulais voir de mes propres yeux, me faire un opinion sur ce pays pointé du doigt comme un mauvais élève, un repère de fanatiques haineux et agressifs…
Je suis partagée… loin d’être séduite, l’Iran m’interpelle. Déroutant de contradictions, tout y est poussé à l’extrême, comme si le terme même de mesure était absent du vocabulaire.
 Les gentils et les méchants, le beau et le laid, le vacarme ou le silence, l’activité intense ou le vide absolu…. Les fashions victimes sophistiquées croisent dans les rues les trop sobres tchadors, les portables dernier cri sont affichés dans des vitrines de bâtiments délabrés, les vieux égrennent leur rosaire en toute quiétude pendant que les bases militaires qui truffent les paysages alentours sont prêtes au combat…
Une société à deux vitesses, où certains essaient d’avancer dans un environnement qui reste au point mort, où d’autres essaient de s’arrêter pour ne pas risquer de retourner davantage en arrière. Une vie où l’on s’accroche à des vestiges d’un passé vieux comme le monde qui ne veulent plus rien dire, où le présent est vécu à outrance dans le peu de liberté qu’on lui concède, et où l’avenir n’est pas espoir, mais peur… J’avais de l’appréhension avant d’arriver ici, et peu à peu, elle a disparu au profit d’une certaine résignation : ce pays n’arrive pas à m’inspirer.
Et je dois dire que si il n’y avait pas eu de nombreuses rencontres, de quelques minutes, quelques heures ou quelques jours, rien ne m’y aurait retenu.
 Non pas que je ne m’y sente pas bien, mais plus que n’importe où ailleurs, je m’y sens de passage. Je n’ai pour le moment pas réussi à me sentir baignée dans une ambiance, j’ai été tour à tour invitée ou indésirable, invisible ou trop sollicitée, portée par le courant ou à contre-sens, toujours en mouvement…. Il me manque un poste d’observation, un chai wallah au cœur d’un marché indien, un caravansérail rempli de joueurs de badgammon en Turquie, une marche de pagode birmane, un trottoir et un bol de soupe en Thailande… un lieu où l’on a envie de se laisser emporter, où l’on se fait vite oublier, tant il est bouillonnant de vie… je n’en ai pas trouvé ici. Une table et un verre de thé au beau milieu d’un bazaar m’auraient suffit, mais les femmes n’ont rien à faire dans de pareils endroits, si tant est qu’ils existent.
 Alors je me contente d’avancer, et quand je veux m’arrêter pour manger une glace ou un kabab, on me somme de rejoindre la pièce réservée aux femmes, à l’abri des regards, cloisonnée encore un peu plus dans un monde qui n’est pas le mien….
Comment pourrais-je vouloir me fondre dans ce paysage trop noir, trop étroit, moi qui revendique ma liberté comme étant le seul bien que possède ? J’ai beau respecter les règles, certainement bien plus que celles qu’on m’impose réellement en tant qu’étrangère, j’ai beau essayer de comprendre, à force d’échanges, de confrontations d’idées et d’expériences, je n’arrive pas à me sentir faire partie du décor….
Je n’y ai pas ma place, et je crois que si on m’en faisait une, je ne l’accepterais pas. Non, je suis de passage, camouflée comme je le peux pour passer inaperçue, mais passer, quoi qu’il arrive….

Je m’attendais à ce que cela soit difficile. A vrai dire, je m’attendais à bien plus difficile que ça ne l’est finalement. Comme en Turquie, il m’a fallu trouver de nouveaux repères, expérimenter la valeur des relations et parfois tomber de haut, apprendre un nouveau code de conduite et respecter des règles qui ne sont pas les miennes, j’ai encore dû affronter le regard parfois tellement destabilisant des autres, plus encore ici que là bas ; mais la grande différence avec la Turquie réside en moi-même. Au plus profond de moi, là où la confiance a repris le pas sur les doutes. Peut être que j’attendais trop des autres en Turquie, et que les nombreuses décéptions m’ont fait douter sur la raison de mon voyage. Qu’est-ce donc qu’un voyage s’il n’est fait de rencontres….
Mais voyager, c’est n’être que de passage…. C’est arriver et repartir seul, et sans cette compréhension, ce ne sont plus des rencontres qu’on recherche, mais des béquilles. Je m’attendais à tellement de solitude en Iran que je me suis recentrée sur moi-même, pas égoïstement, mais avec respect et attention envers la seule et unique compagnie que j’étais sûre d’avoir, et que j’allais retrouver, matin et soir, tous les jours… et sans plus rechercher les rencontres, je n’ai fait que les accueillir quand elles se présentaient à moi, nombreuses et belles, simples et … passagères….
Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Mercredi 16 avril 2008 3 16 /04 /Avr /2008 10:39

Visa story

 

Dimanche. Je passe ma première matinée entre l’ambassade indienne et celle du Pakistan. Je me sens chanceuse, car mon visa indien est prêt. Je n’aurais qu’à déposer mon passeport le matin, et le récupérer tamponné l’après midi. Je me souviens du couple de français que j’avais croisé à l’ambassade quand j’avais déposé ma demande, tellement heureux d’avoir enfin le précieux papier après …. 19 jours de patience…. Il m’en aura fallu que cinq…. Et encore, si je n’étais pas partie vadrouiller à Kashan et Isfahan, je l’aurais déjà récupéré. Ça présage de bonnes choses pour le Pakistan, en tout cas, j’ose l’espérer…. Je suis optimiste, parce que je sens que c’est bien mon chemin, et si c’est réellement le cas, alors je ne rencontrerais pas de difficultés. Je suis confiante.

Passage à l’ambassade du Pakistan, je déchante un peu quand je constate qu’il me faut attendre plus d’1h30 simplement pour récupérer le formulaire….  Je ne dis rien, reste patiente. De toute façon, je n’ai rien d’autre à faire, et j’aime autant jouer la carte de la docilité, avec un léger regard de chien battu, pour attirer la sympathie de l’employé chargé de réceptionner les demandes. J’ai appris à adapter mon comportement aux circonstances, et à en jouer…. Tous les moyens sont bons….

On me donne donc les formulaires à remplir, et la liste des documents à fournir. Photos, copie du passeport, lettre de recommandation et argumentaire sur papier libre pour expliquer pourquoi je n’ai pas fait la demande en France.

Je tente la naïveté, en demandant si je peux présenter une recommandation pour un autre pays que pour le Pakistan… on ne sait jamais, j’en ai rencontré qui ont eu leur visa pakistanais à Delhi, avec une lettre de reco pour l’Iran. Il me répond que non.

C’est donc là que ça se corse.

Je rentre à l’hostel, épuisée mais déterminée. Toujours. Il me faut trouver un moyen d’avoir une lettre de recommandation. L’ambassade de France m’avait d’ores et déjà prévenue, je ne peux espérer en obtenir une que si je me rends au Pakistan par avion. Il me faut donc un justificatif à leur présenter. Sois je passe par internet, fais une réservation pour l’annuler ensuite, perdant une journée à attendre le mail de confirmation et environ 100 euros de frais (pour un billet à 150 euros…), soit je passe par une agence de voyage ici et leur demande de m’aider à truander mon ambassade moyennant une commission… délicat…. Mais on est en Iran.

Je passe deux bonnes heures à réfléchir en buvant du thé. Je n’ai pas encore décidé qu’il me faut retourner à l’ambassade indienne pour récupérer mon visa. Et je ne manquerais le rendez-vous pour rien au monde… direction le métro, la ligne 1 vers Miramad, 6ème station. Je connais le chemin par cœur. J’ai le temps de continuer ma réflexion. Est-ce que l’ambassade de France a besoin d’un billet d’avion, ou d’une simple réservation ? il faut que je les appelle pour en avoir le cœur net. Mais pas avant demain 9h…

J’attends patiemment l’ouverture des portes de l’ambassade indienne, mes écouteurs enfoncés dans les oreilles. Les gens s’accumulent devant la grille, et cela promet encore de joyeuses bousculades… peu m’importe. Je veux bien qu’on me bouscule, laisser passer devant moi les femmes pressées et pressantes, tant qu’on me demande pas de revenir demain…. A 16h45, je repars un large sourire aux lèvres, en ne cessant de contempler mon visa…. Ça y est, je suis enfin autorisée à mettre les pieds en Inde… je suis tellement contente que je m’arrête en cours de route dans une épicerie pour acheter une boîte d’ananas en conserve et deux paquets de toblerone. Il faut fêter l’événement dignement…

De retour à l’hostel, je partage ma joie et mon chocolat avec Ghosem, Javat et Mr Adish, membres du staff. Puis je leur fait part de mes questions pour la lettre de recommandation… Mr Adish connaît quelqu’un qui travaille dans une agence de voyage, le fils d’un ami à lui, et passe un coup de fil. Ça me coûtera 60 US$ de frais d’annulation si il faut présenter un billet, et rien du tout si l’ambassade de France se contente d’une simple réservation factice…. Ça paraît facile…. Rien d’autre à faire pour ce soir, donc, si ce n’est de fumer un narguilé, boire du thé, discuter avec Laurent de l’arrangement de la cuisine pour la rendre plus conviviale, et d’attendre que le livreur me ramène un chicken kabab dans une boîte en polystyrène. Je suis extenuée, mais me couche encore tard, finissant la soirée à siroter des verres de vodka-fanta orange avec Ghosem en parlant de la prohibition dans son pays….

Le lendemain, je me lève aux aurores. Enfin pas tout à fait, mais trop tôt dans tous les cas. J’ai rendez-vous à 8h30 avec un copain de Ghosem qui a une moto, et qui va m’emmener pour mon circuit administratif de la matinée. Agence de voyage, ambassade de France, et si tout va bien, ambassade du Pakistan avant 10h45, heure à laquelle ferme le service des visas. Pas évident dans la mesure où les trois lieux sont dans trois directions opposées… je compte sur l’habilité d’Hassan pour se faufiler dans le traffic démesuré qui envahit les rues de Teheran. A 9h, je suis à l’agence de voyage, en train de boire un thé, attendant que quelqu’un décroche le téléphone de l’ambassade de France. Je tombe sur une voix charmante, avec un léger accent qui me laisse à penser qu’elle n’est pas française. C’est un bon point. Je lui dis que je suis décidée à aller au Pakistan en avion, que je suis dans une agence de voyage prête à prendre un billet, mais que je suis embêtée parce que si on me refuse le visa pakistanais, je devrais payer des frais d’annulation… je prends un air désespéré, si bien qu’elle finit par me dire qu’une simple réservation leur suffira pour me transmettre la lettre de recommandation, et que si je passe dans la matinée, je pourrais la récupérer demain après midi… soit mardi. Ce qui veut dire que je ne pourrais pas aller à l’ambassade du Pakistan avant mercredi matin, et comme ils m’ont annoncé 2 à 3 jours de délai, et qu’il y a le week end (vendredi et samedi), je pourrais dans le meilleur des cas récupérer mon visa dimanche….

Oui mais madame, dimanche c’est le 20, et justement, mon avion part le 20… je joue la comédie, et dois lui sembler si désabusée qu’elle accepte de tout faire pour que j’ai ma lettre demain matin…. Très bien… je souris en raccrochant le combiné, l’ami de Mr Adish me fait une fausse réservation pour un vol dimanche, en me demandant avec un clin d’œil si la compagnie Emirates me convient… je repars avec un joli papier, qui fera totalement illusion quelques dizaines de minutes plus tard, dans les mains de Pupac, la jeune femme de l’ambassade de France qui semble prise de pitié pour moi…. Elle me confirme que je pourrais revenir le lendemain à 9h, qu’elle irait voir elle-même l’ambassadeur pour qu’il appose sa signature et officialise ainsi le document.

Hassan me ramène à l’hostel, ma journée est terminée, il est 10h30. Au programme, faire une lessive dans le lavabo, débarrasser la cuisine et aménager le toit pour qu’on puisse s’y installer ce soir pour fumer le narguilé. Puis j’irai acheter des pommes de terre et des oignons. J’en ai marre des kababs. Contre toute attente, je me sens bien dans cet endroit. Presque comme chez moi, si il n’y avait pas cette tribu de coréens et de japonnais qui investissent la cuisine, y empêchant l’accès des heures durant pendant qu’ils se font cuire leurs pâtes importées.

Le temps passe, à coup de bavardages (pas avec les asiatiques qui semblent avoir construit un mur autour de leur communauté) et de verres de thé, de parties animées de démineur avec Ali, un gamin de 12 ans qui loge ici avec ses parents depuis quelques temps. On fume le narguilé dehors, liant la douceur de la fumée mentholée à celle de l’air, chacun en préparant son plan pour le lendemain.

Pour moi, c’est normalement la dernière étape avant l’attente de réponse du Pakistan…. Je récupère comme prévu la lettre de recommandation, à condition de signer une décharge stipulant qu’on me déconseille vivement d’aller dans 98% du Pakistan, et que si je m’y rends quand même, c’est à mes risques et périls… le genre de papier qui refroidit, mais certainement pas assez pour renoncer à mon voyage…. Pupac me tend la lettre, ainsi qu’une carte de l’ambassade où elle a écrit son nom, me disant que je pouvais l’appeler si il y avait le moindre problème là-bas… elle est adorable, et semble être soucieuse pour moi… de mon côté, je tente de cacher mon excitation à l’idée que la frontière s’ouvre enfin à moi. Je la quitte précipitamment, en la remerciant chaleureusement, lance un ultime au-revoir au policier de garde que je ne reverrai plus trifouiller dans mon sac pour y sortir ma clé de chambre qu’il a pris pour une arme potentielle et saute sur la moto d’Hassan qui démarre en trombe. Il faudra une bonne vingtaine de minutes pour filer à toute allure à l’ambassade du Pakistan, mais j’y arrive à temps. Je dépose les papiers, tout y est, il ne me reste plus qu’à attendre qu’on me convoque pour l’entretien obligatoire avec le consul. Je patiente 2 longues heures, pensant tantôt à ce que je vais bien pouvoir répondre aux questions de Mr le consul, tantôt à Hassan qui doit se demander ce que je fais.

Puis vient mon heure. Je rentre dans le bureau, ne sachant pas trop à quoi m’attendre, ni pourquoi je suis la dernière à passer l’interview. Le consul me reçoit avec un large sourire, se levant de son siège confortable en ouvrant les bras. Je suis surprise de cet accueil, accepte bien sûr son invitation à m’asseoir, et adopte l’attitude de jeune demoiselle souriante et …. Soumise… je réponds oui et amen à tout, lui dit que je rêve d’aller dans son pays depuis si longtemps, tellement on m’en a vanté les innombrables mérites… cela semble lui suffire, il parcourt à peine mon dossier, ne tiquant que sur la durée du visa que j’ai demandé…. Comment ça 15 jours ? il prend presque un air sévère en me disant qu’il m’en donne 30…. Un coup de tampon sur ma demande, une signature, et il me dit avec un grand sourire de revenir le lendemain matin…. Parce que sinon je risque de tomber dans le week end, et que ça serait trop bête de devoir retarder mon départ…. J’en reste sans voix…. Je repars incrédule, ayant une pensée pour John, qui avait dû attendre 10 jours…. il ne reste plus qu’à aller déposer l’argent dans une banque toute proche, et je suis attendue demain matin pour déposer mon passeport et le reçu…

Si ça c’est pas un signe que devais aller au Pakistan…

Je rentre toute légère à la « maison », Mr Adish est le premier à me demander le résultat de mes démarches, et bien qu’en général peu démonstratif, il se lève de son siège en applaudissant ! si la culture iranienne n’était pas ce qu’elle est, je crois qu’il m’aurait pris dans ses bras ! tout le monde se réjouit pour moi, et pour fêter ça, à défaut de pouvoir leur offrir une bière, je prévois de m’occuper du repas du soir pour tout le monde.

J’ai beaucoup de mal à contenir ma joie, mais reste cependant réaliste… tant que je n’aurais pas le papier sous les yeux pour de bon, je ne serais pas totalement libérée de ce poids. John y est retourné 5 jours de suite, l’ambassade lui promettant à chaque fois que le visa serait prêt le lendemain. Mais j’ai bon espoir, je suis même très confiante, me forçant à garder un léger doute à l’esprit pour ne pas tomber de haut, au cas où….. la soirée se finit encore tardivement, joyeuse, légère, bien loin de la morosité de Teheran. On parle de nos rêves, de l’Inde ou du Caire, de nos sentiments mitigés pour l’Iran, des foutues formalités, de la liberté…

Puis vient enfin le jour J. On est mercredi. Le réveil est de plus en plus difficile, tant la fatigue physique et psychologique s’accumule. 8h30, j’enfourche la moto. Hassan ne pouvait pas venir ce matin, mais j’ai trouvé un autre conducteur grâce à l’aide du staff qui ne cesse de se montrer aimable et investit dans ma cause….après quelques frayeurs, plusieurs avants de bus à quelques dizaines de centimètres de mon visage, le genou qui cogne contre des pare-chocs de voitures, et me voilà devant l’ambassade. Pour, je l’espère, la dernière fois. Je retrouve la salle d’attente grisâtre où hurle la télé réglée sur une chaîne pakistanaise, les gens qui ont déposé leur demande attendent patiemment le moment de leur entretien, les autres s’agglutinent devant la petite trappe derrière laquelle se cache l’employé du service des visas. Je m’accroche à l’aggloméré humain, pressée contre le tchador d’une femme et la malette d’un homme, tente de prendre en vain ma place dans une file inexistante, tendant mon passeport au dessus de ma tête. Je garde une attitude calme et patiente qui a fait ses preuves jusqu’à maintenant. Tellement calme et patiente que mon tour ne viendra que quand tous les autres seront passés. Ça m’est égal. Je tends finalement mon passeport avec le reçu que la banque m’a donné. L’employé me regarde, et me dit que mon visa n’est pas prêt. Peut être demain.

Je dois avoir une mine déconfite, mais pas encore suffisamment, alors je théatralise et prends un air vraiment désemparé. Mais Mr le consul m’a dit que, vous comprenez, et puis du coup j’ai réservé un billet de bus, vous comprenez, c’est embêtant, comment je vais bien pouvoir faire, il m’avait dit de revenir aujourd’hui…. Ça a l’air de marcher, je ne lâche pas jusqu’à ce qu’il prenne son téléphone. Je ne sais pas qui il appelle, j’espère secrètement qu’il s’adresse au consul… je ne comprends pas un mot de la conversation, et ne sais pas quoi penser de cet homme…. Si le comportement du consul était transparent, ce n’est pas le cas de celui ci…. J’attends, priant pour que le hiérarchique, quel qu’il soit, s’intéresse à ma cause. Ça ne dure que quelques secondes, mais cela me semble une éternité pendant laquelle plus rien n’existe… comme si ma vie même dépendait de ce coup de téléphone. J’attends la sentance, de savoir si je suis condamnée à rester un jour de plus, ou libre sans condition de reprendre mon chemin….. car même si je pourrais être dans un endroit plus désagréable que le Mashhad hostel, je n’en peux plus de me cantonner à ces quatre murs…. Laissez moi reprendre le bus, vers d’autres horizons, vers d’autres fatigues, d’autres plaisirs, d’autres désillusions aussi…. Laissez moi reprendre mon voyage, je vous en prie…. Il raccroche. Je ne cesse de fixer son regard, essayant d’y percevoir un signe, quel qu’il soit….

Ok. Come back 4 o’clock.

Je lui fais répéter trois fois, pour être bien sûre ; il me confirme, en me disant de ne pas oublier le papier pour le retrait. 4 o’clock. J’ai tellement espéré que j’ai encore du mal à y croire ; cette fois c’est bon. A moins que…. Non, c’est pas possible qu’il y ait eu une incompréhension, pas cette fois. Retour à l’hostel pour les ultimes heures d’attente. Laurent essaye de calmer mon entrain, me dit qu’on ne sait jamais, mais je ne veux pas y croire.. j’aurais mon visa cet après midi, je le sais, je le sens.

Et j’ai eu raison d’y croire… A 16h30, le temps de mariner encore un peu plus, je ressors de l’ambassade en brandissant mon passeport, victorieuse, devant des gardes de la police diplomatique qui me regardent perplexes.. Mon chauffeur sur sa moto m’attends de l’autre côté de la rue, il n’a pas l’air de comprendre, pas plus que les gardes… et pour cause…. Comment comprendre le bonheur que représente un simple bout de papier pour certains, et la réalisation d’un rêve pour moi… c’est bien plus que des papiers à remplir, plus qu’une frontière qui s’ouvre, c’est un chemin qui retouve son caractère libre et infini, mes ailes qui se déployent à nouveau, prête à conquérir le monde qui s’offre à moi, sans que rien ne m’arrête….

Je sens gonflée d’énergie, d’une force et d’une confiance incomparables, heureuse d’avoir cru que ma détermination ne serait pas vaine, d’y avoir cru jusqu’au bout.

Je vais au Pakistan… ça en ferait pâlir plus d’un, et moi j’attends ça avec une telle impatience…

Plus une minute à perdre.

Je prends le bus ce soir, je quitte Teheran, Goshem, Ali, Laurent et tous les autres pour de bon. Direction Yazd où j’arriverai demain matin. Avant dernière étape iranienne. Je ferai un ultime stop à Bam, et en fin de semaine, je serai à la frontière….

Je vais au Pakistan, contre toute attente, contre toute recommandation, mais avec ma bonne étoile, ça ne fait aucun doute…

Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Mardi 15 avril 2008 2 15 /04 /Avr /2008 10:34
Mardi 15 avril

Back to Teheran


Ça doit être de l’obstination. Ou quelque chose comme ça.
J’ai pas réussi à me faire à l’idée de passer à côté du Pakistan, et encore moins au dessus…
Pourtant, en quittant Teheran la semaine dernière, n’ayant pas réussi à obtenir une lettre de recommandation de l’ambassade de France pour le visa pakistanais, je ne pensais y remettre les pieds qu’à la fin du mois pour prendre un avion pour Delhi…
Mais ça m’a repris dans les rues d’Isfahan….. je veux aller au Pakistan, je suis décidée, et je trouverais un moyen, quel qu’il soit. Et si vraiment c’est impossible, alors je me consolerais au moins du fait d’avoir tout essayé.
J’ai fait des listes, des calculs, des comptes, des recherches…. Concluant qu’il serait plus raisonnable de m’en tenir au plan intial, mais comme on dit souvent…. Le cœur a ses raisons que la raison ne sait pas…. Et je ne sais pas bien pourquoi, mon cœur n’en démords pas, il veut m’emmener au Pakistan…
J’ai donc repris un bus samedi soir pour Teheran, et bien que n’étant pas enchantée plus que cela à l’idée de retrouver la désagréable folie de cette ville, je sais pourquoi j’y vais, et suis plus que motivée pour tout faire afin que le séjour ne s’éternise pas…
Et c’est plutôt appréciable d’arriver dans un endroit qu’on connaît. Savoir à quoi ressemble la chambre qui m’attends et comment la rejoindre depuis la gare routière, j’ai même encore un ticket de métro qui traîne encore dans mon porte monnaie. Pas de bataille en perspective avec des chauffeurs de taxi surexcités, pas de déception en découvrant l’hostel, ses tarifs, son personnel, pas besoin de se trouver de nouveaux repères dans un nouveau quartier, ni de déchiffrer un nouveau plan de ville…
Toutes ces étapes obligatoires, qui sont peut être bien les plus éprouvantes –surtout après un long voyage de nuit-, font certes partie intégrante du voyage mais c’est bon de temps à autre de pouvoir les éviter en arrivant sur un terrain connu… même si le terrain est pollué, moche et bruyant, et que son seul intérêt réside dans la nichée d’ambassades qu’il abrite….

Il est à peine 7h quand je grimpe les marches du Mashhad hostel pour réveiller Kerim qui dort sur la banquette de la réception. Même l’esprit embué, il a l’air réellement content de me revoir, et surpris aussi… je n’ai quitté Teheran que depuis 4 jours, et personne n’est jamais si pressé d’y revenir.
J’ai retrouvé ma chambre, déposé mon sac sur le lit, enlevé mes chaussures, remplacé mon manteau et ma cagoule par une tenue plus confortable et un simple foulard sur les cheveux, et suis montée dans la cuisine pour faire chauffer de l’eau. Sensation étrange et douce de me sentir chez moi dans cette guest où je n’ai finalement passé que peu de temps… mais les repères sont bel et bien là… la grosse théière cabossée sur la gazinière, quelques verres retournés sur l’évier, les deux tables en formica encore encombrées de la veille, le narguilé éteint et le vieux canapé inaccessible et poussiéreux. La corde à linge sur le toit, et la gamelle d’eau pour les chats.
Je profite du calme qui règne encore, avant que les premiers pensionnaires ne se réveillent, pour établir mon plan d’action. Il me faudra être efficace pour limiter au maximum la durée de mon séjour ici, optimiser les déplacements en tenant compte de l’étroite fenêtre d’ouverture des ambassades, ne laissant comme incertitude que les temps de réponses des interessés… John, un australien rencontré lors de mon dernier passage ici, avait dû attendre 10 jours pour avoir enfin son visa pakistanais…. Sans aucun problème de la part de son ambassade pour la recommandation, ce qui n’est pas mon cas…
mais je suis optimiste, ça n’est qu’une simple intuition mais je m’y accroche.
 Mon emploi du temps se résumera donc, pendant ces prochains jours, à une intense activité le matin, et à un farniente tout aussi intense l’après midi….
C’est le lot de tous ceux qui séjournent dans l’hostel, en tout cas des voyageurs. On se retrouve généralement l’après midi dans la cuisine, à siroter des thés en se racontant les avancements dans nos démarches respectives, et les espoirs remis au lendemain…
 C’est comme ça que je rencontrerais Laurent, suisse francophone en attente de visas depuis plus de 10 jours pour l’Asie centrale, qui me raconte ses péripéties pour essayer de se faire transférer de l’argent ici, parce que bien évidemment, il n’avait pas prévu de rester si longtemps à Teheran…. Donc pour visiter le reste de l’Iran, il va devoir faire une demande d’extension de visa, et revoir son budget à la hausse… et étant donné qu’il n’y a aucun moyen de retirer de l’argent ici, ni même d’utiliser des travellers cheques, cela fait plusieurs jours qu’il fait profil bas auprès de son ambassade pour qu’elle l’aide à trouver un moyen pour contourner les embargos qui l’empêchent de se faire transférer de l’argent….
Rien n’est simple, et c’est peut être ce qui m’attends moi aussi….
Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Samedi 12 avril 2008 6 12 /04 /Avr /2008 09:50
samedi 12 avril
 Isfahan

on m'avait dit d'aller a Isfahan alors je suis venue.
 Isfahan la grandiose, demonstration exhaustive d'architecture islamique, paree de ses mosaiques turquoises, de ses gigantesques minarets dresses vers le ciel, de ses vastes parcs a la verdure luxuriante, des vieux ponts surplombants la riviere, de ses agreables maisons de the ou il fait bon de prelasser au soleil....
Isfahan dont on dit qu'elle laisse des traces indelebiles dans la memoire de ses visiteurs....
Mouais. Je suis arrivee hier dans l'apres midi, je repars ce soir.
La cite enchanteresse n'a pas eu l'effet escompte sur moi.
Et a defaut d'etre seduite, je suis extenuee. D'avoir marche de longues heures le sac photo a l'epaule, dans mon habit de deuil que la chaleur rend de plus en plus insupportable, de m'etre levee si tot pour suivre les enfants jusque dans leur cour d'ecole apres avoir cesse si tard la conversation avec ma concubine tcheque d'un soir....
Si il n'y avait que ca; hormi la voisine de chambree tcheque, ca serait presque mon quotidien.
Non, ce qui me fatigue plus que tout, ce sont les incessantes sollicitations des jeunes -ou moins jeunes- iraniens surgonfles de testosterone, qui envahissent les rues et les bancs des parcs, qui se postent le long de la riviere et sur les marches des squares, qui viennent jusqu'a investir les chambres de l'Amir Kabir guest house....
Depuis leur poste d'observation, ils devisagent avec insistance, suivent leur proie du regard avant de les suivre pour de bon et se lancer dans une pittoyable chasse a cour qui se resume bien souvent a quelques succions des levres, comme celles qu'on fait pour attirer un chat vers un bol de croquettes...
Ca ne m'etait pas encore arrive en Iran. Pas a ce point. Bon sang.....
Dans cet affreux manteau difforme, le visage encadre d'une cagoule noire recouvrant jusqu'a mes eapules, c'est qu'ils doivent etre reellement desesperes.... Je m'etais habituee a etre presque invisible, observee comme toutes les femmes le sont un peu, quand elles sont seules;
j'etais meme, jusque la, agreablement surprise d'etre plus respectee que je n'avais l'impression de l'etre en Turquie, alors qu'avec mes foutus a prioris, je m'attendais a pire...
 Ici, la realite de la condition masculine me revient en pleine face... Dans toute son ecoeurante vulgarite.... J'etais heureuse de poser mon sac dans cet hotel, non pas pour ses chambres aussi basiques et impersonnelles que toutes les autres, mais pour cette petite cour interieure avec une fontaine en son centre entouree de quelques tables, qui se promettait d'etre enfin un endroit agreable ou je pourrais ecrire ou lire tranquillement en sirotant un the, ou papoter avec d'autres voyageurs...
A l'heure qu'il est, bien que j'aurais aime pouvoir profiter de l'air frais de ce lieu, je suis finalement retournee dans le fournaise de ma chambre pour y trouver la paix...
Bien qu'etant un repere de voyageurs, ca n'indique pas pour autant qu'il soit exempt d'iraniens... et ceux qui sont la semblent avoir choisi l'endroit pour son exotisme feminin a mater sans limite et sans moderation. Ils s'installent a leur fenetre ou sur une table, suivant d'un regard insistant les moindres gestes des occupantes, scrutant leurs allers et venues vers les sanitaires communs, ne tarissant pas de commentaires que j'imagine tout aussi fins qu'eux memes...
Ca a la don de m'ennerver.... je ne sais pas ce qui peut justifier que les hommes soient si differents ici, c'est peut etre du au fait qu'Isfahan soit une des villes les plus touristiques... Mais quoi qu'il en soit, j'ai pas envie d'en connaitre davantage sur la question.
La theorie m'ennuie, et l'experience n'est pas concluante, alors je m'en vais..... le charme est rompu.
Je reprends le bus ce soir, et mes plans n'arretant pas de changer, contre toute attente, je repars vers Teheran....

to be continued.....
Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /Avr /2008 08:06
Mercredi 9 avril

Kashan a quelque chose d’extrêmement relaxant après le passage dans les turbulences désagréables de Téhéran.
Pour la première fois depuis mon arrivée en Iran, je quitte le décor disgracieux de faux marbre, de béton et de rideaux de fer, les larges rues à la circulation dense et anarchique pour des ruelles chaleureuses d’ocre jaune où j’ai envie de me laisser errer malgré un soleil écrasant.
Voilà une semaine que j’ai passé la frontière, déjà, à chercher mes repères à tâtons, me laissant guider, tantôt par les rencontres, tantôt par mon instinct, qu’il soit de survie ou de découverte…
J’ai appris à aimer ce pays par les gens que j’y ai cotoyé, voilà qu’enfin, le décor commence à prendre forme et que mes envies de photo me reprennent.
Et voilà que la fabuleuse hospitalité iranienne se transforme en cage dorée…
Suite à une incompréhension avec ma voisine de bus, j’ai pris une mauvaise direction et me suis retrouvée je ne sais où, hors du plan en tout état de cause… Le fait de demander mon chemin a suffit à créer un attroupement autour de moi, et à faire apparaître une jeune demoiselle armée de quelques mots d’anglais. Can I help you ?
Elle s’appelle Martieh, et après une poignée de minutes, je me retrouve déchaussée, assise sur un des nombreux tapis qui couvrent le sol de sa maison, entrourée d’une famille aux petits soins pour leur invitée surprise.
 Pas mécontente de pouvoir poser mon sac un instant, j’accepte volontires l’eau fraîche et le thé qu’ils m’offrent, suivis du repas, des fruits, des pistaches et amandes, du thé, encore, des biscuits, de l’eau de rose…
Je me sens tellement bien parmi eux, dans ce climat convivial, généreux mais simple, que quand on me propose de m’héberger le temps de mon passage à Kashan, je n’ai ni le cœur, ni l’envie de refuser.
Je passe ainsi toute l’après midi avec la famille ; puis Martieh, une de ses sœurs Maryam, et Zenep, une voisine qui étudier le français à l’université de Isfahan, m’emmènent au bazaar pour une séance de shopping et c’est là, quittant le faubourg quelconque où je m’étais égarée, que je découvre les ruelles de sable qui entourent le bazaar…
L’appel du large…… des promenades solitaires et silencieuses le nez en l’air, les promesses de scènes hors du temps à découvrir… Je n’ai pas ressenti ces vibrations depuis Urfa, et mon index me démange…
La compagnie, certes on ne peut plus charmante, commence doucement à prendre une allure de carcan douillet. Et si mes hôtes me facilitent grandement la vie, m’évitant le désagrément de négociations de prix de taxis, les pertes de temps et d’energie à trouver de nouveaux repères, les difficultés de communication, la réalité est là….
J’y perds également ce qu’ai de plus précieux : ma liberté…
J’ai tout donné pour elle, la perspective d’une carrière prometteuse et le confort d’un bon salaire, ma place dans le tissu social, peut être même familial, j’ai donné des soirées de doutes et de détresse amère, des journées de photocopies, des longues heures de solitude et des litres de larmes…
J’ai tout donné pour que, pendant ces 4 mois au moins, je puisse la vivre pleinement, retrouver ce sentiment vertigineux, parfois effrayant mais toujours excitant d’être libre..
Etre mon propre guide, tracer ma propre route, et tant pis si je me trompe, au moins je ne peux le reprocher qu’à moi même… Et si mon chemin me conduit vers les autres, dois-je pour autant en oublier mon besoin d’indépendance ? Je suis peut-être un monstre d’égoïsme… le cas échéant, je l’assume…
Et c’est décidé, demain je reprends les rennes. Je ne ferai pas défaut à mon adorable famille d’accueil ce soir, à la fois par respect pour eux, mais aussi parce que je suis réellement enthousiaste à l’idée de partager ces moments avec elle.
Mais demain, je retrouverai mon décor décrépi de chambre de pension bas de gamme, et si lugubre soit-elle, je m’y sentirai chez moi. Il me faudra trouver les mots, ceux dont on voudrait tant qu’ils ne froissent pas, qui sont si difficiles à exprimer, et dont on est jamais vraiment bien sûr qu’ils ne froissent pas quand même…
En attendant le moment propice, je continue à faire de mon mieux pour être une invitée exemplaire, jouant le jeu des innombrables questions-réponses, dévisagée par une dizaine de paire d’yeux braqués sur moi, les laissant observer le moindre de mes mouvements, comment je mange le délicieux ragoût d’aubergines qu’on me resservira trois fois, la façon dont mon jean se craque un peu plus, l’usure supportant mal la position de tailleur autour d’une nappe dépliée à même le sol ;
Je prends un air enjoué quand on me propose de feuilleter les albums de photos de mariage, me mords les lèvres quand on me demande avec mon avis de photographe de choisir celle que je préfère, parmi les dizaines d’images de studio aux décors majestueusement kitchs, de satins violets et de rose bonbon, d’imprimés fleuris et de sourires forcés.. Je laisse la cousine me mettre son petit dernier de 3 ans dans les bras, bien sûr il se met à pleurer, bien sûr cela fait rire tout le monde. Sauf nous deux…
Les festivités ne cessent pas, il commence à se faire tard mais de nouveaux convives se présentent encore, une tante, un cousin, une voisine et je ne sais trop qui encore tant je me sens perdue dans cette foule ; les questions continuent, les mêmes, toujours les mêmes questions mais venant d’autres, on me demande mon âge, mon travail, si je suis mariée… et mon sac, qui attend patiemment, logé sur un des tapis de la vaste pièce où s’accumulent les popotins, je voudrais tant avoir une bonne excuse pour prendre congé….
 Pour m’isoler un peu ailleurs que dans les toilettes à l’extérieur, pour quitter un instant ce costume de phénomène de foire et redevenir quelconque…. Ces gens sont réellement formidables, mais je n’en peux plus…
 Encore un peu de pistaches grillées, et mon estomac explose..
Encore un peu de sourires, et je fais une overdose d’affection….
J’attends que la tempête se calme, que mes hôtes décèlent enfin les signaux de fatigue que je ne cesse d’envoyer, de moins en moins discrètement…
Ce n’est que passé une heure du matin que je retrouverai le délice d’un quasi silence, dans l’obscurité qui me cache enfin de la vue des autres, pour quelques heures, jusqu’à ce que le manège reprenne de plus belle pour le petit déjeuner….
 En fermant les yeux, je me promets de ne plus me laisser abuser par une hospitalité touchante de générosité et de spontanéité, mais trop envahissante… j’ai besoin de mon espace et de ma liberté, quel que soit le prix que je doive parfois payer pour elle…
Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Mardi 8 avril 2008 2 08 /04 /Avr /2008 08:03
mardi 8 avril 2008

deuxième journée à Téhéran, il est plus que temps de partir.
 Depuis que j’y ai posé le pied hier matin, après une nuit dans un bus à regarder une fois de plus défiler les heures sans fermer l’œil, j’ai un mal de crâne qui ne me quitte pas.
Je me serais volontiers abstenue de ce bain de monoxyde de carbone, si mon passage ici n’avait pas été indispensable pour l’obtention de mon visa indien. Tout au moins pour déposer ma demande auprès de l’ambassade.
Je ne me souviens pas avoir un jour vu une capitale aussi désagréable….
Je ne suis certainement pas dans le plus attrayant des quartiers, mon hôtel de voyageurs étant planté au milieu de vendeurs de pneus et de pièces détachées, dans une rue constamment encombrée d’un trafic démesuré. Cette ville me fatigue….. aussi, je me contente d’y faire des allers retours en métro de l’ambassade indienne à celle de France, où on me délivre une lettre de recommandation sans aucune difficulté, avec en prime, un joli sourire….
Pour l’Inde uniquement, et je dois me faire à l’idée qu’il m’est impossible de rejoindre le Pakistan, me résigner à oublier mon rêve de gagner l’Inde par la route… il me faudra survoler ce pays à défaut de le traverser…. Ça sera pour une autre fois….
Je suis déjà heureuse de pouvoir espérer avoir mon visa indien, et grâce à une lettre de mon ami Eslami de Tabriz, qui par une heureuse coïncidence connaît personnellement le 3eme secrétaire de l’ambassade indienne, je devrais avoir une réponse sous 3 jours, contre 3 semaines pour tant d’autres…. Cependant, rien que l’idée de passer trois jours de plus à Téhéran me fout la cafard….
Alors j’ai décidé de partir quand même, je récupèrerai mon visa en revenant à Téhéran, car de toute façon il me faudra y revenir pour prendre.. l’avion… Il me reste une vingtaine de jours pour continuer mon périple iranien, alors dès demain je me sauve. Direction Kashan, à quelques heures à peine.
Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /Avr /2008 14:19
Lundi 7 avril
In the name of Allah

 Les jours continuent de passer, et doucement, je trouve mes repères.
L’Iran semble être un pays qui se découvre plus qu’il ne se visite, et à mon grand plaisir, chaque instant me pousse à la découverte grâce à de chaleureuses rencontres qui ponctuent mon chemin.
Il y a d’abord eu Eslami, à Tabriz, occupant une des chambres du Masoodi hotel depuis 40 jours pour des sombres raisons que je n’ai pas bien compris. Toujours est-il qu’en tant que retraité de la « navy » iranienne, il parle anglais et aime les étrangers plus que les iraniens eux-mêmes. Il déteste les iraniens. Ils sont mauvais, ne leur fais pas confiance, m’a-t’il répété une bonne vingtaine de fois en l’espace de deux jours passés en sa compagnie. Il m’a pris sous son aile comme si j’étais sa propre fille et m’a emmenée à travers Tabriz, en me tenant la main à chaque fois qu’on devait traverser la route.
On a passé des heures ensemble, à fumer et à boire le thé dans sa chambre, et pour la première fois, j’appréhendais l’Iran de l’intérieur, de sous les décombres. Il m’a parlé avec résignation d’un pays qu’il a aimé autant qu’il le déteste aujourd’hui. Pour ce qu’il est devenu, pour ce que le gouvernement en a fait, au nom d’un dieu auquel il n’arrive plus à croire.
Tableau noir dressé par un vieillard usé et aigri, fier d’avoir vécu un glorieux passé, mais fatigué de devoir continuer à lutter, sans plus aucun espoir ni attente. Eslami a été un guide d’une générosité et d’une hospitalité exemplaire, et par dessus tout, déroutant de sincérité ; et à défaut de me sentir plus rassurée en prenant le bus pour Ardabil, j’avais le sentiment d’être plus armée pour aborder mon voyage que je ne l’étais en arrivant.
Avec ses conseils avisés, et mon obstination farfelue à vouloir croire qu’il ne pouvait pas avoir à ce point raison, j’ai quitté le centre de Tabriz pour la porte sud de la ville où l’on m’avait assuré que je pourrais trouver un bus pour Ardabil.
J’en prendrais finalement deux, préférant de loin changer de bus je-ne-sais-trop-où, plutôt que de retraverser la ville pour rejoindre la gare routière principale et devoir pour ce faire me relancer dans une amère négociation avec des chauffeurs de savaris désagréables et gromelants.
Quoi qu’il en soit, ce fut un bon choix car les deux bus successifs m’ont permis de faire deux autres rencontres, et un nouveau regard sur un même pays.
Parisa fut la première, le temps des 2h30 de trajet jusqu’à Sarab, où je luttais contre la fatigue pour garder les yeux ouverts et l’esprit vif ; le second fut Ali, qui m’a réveillée en arrivant à Ardabil en me proposant son aide.
Deux étudiants, rivalisant de dynamisme et de motivation. Non pas pour trouver un travail en Iran. Il n’y en a pas, et ils ne se font guère d’illusions. Mais pour fuir… pour avoir leur chance ailleurs, pour avoir droit à une vie qui nous paraît banale, mais dont eux rêvent secrètement et dont l’espoir leur allume cette vive étincelle au fond des yeux. La même étincelle qui a disparu du regard d’Eslami depuis longtemps.
Ils rêvent d’avoir un(e) petit(e) ami(e) autrement que par téléphone, de pouvoir l’emmener au cinéma ou boire un verre sans crainte de représailles, ils rêvent de pouvoir étudier ou travailler librement sans être conditionnés par des tampons sur leur carte d’identité, de porter un tee-shirt sans finir la nuit en prison….. ils m’envient, non pas pour le choix que j’ai fait, mais juste d’avoir pu en faire un..
C’est difficile à entendre, plus encore à réaliser, mon côté franchouillard revient et j’ai envie de me révolter, mais de quel droit… pour les mettre plus encore en face de leur réalité ? la seule qu’ils n’aient jamais connue ?
Je me contente de leur parler de ma réalité à moi, de cette France si belle et si libre, où les passagers voisins d’un bus ne se parlent pas, mais s’observent du coin de l’œil avec méfiance..
Qui se soucierait, dans une ville de province, d’un iranien qui sortirait d’une gare, les yeux perdus sur une carte ? Ali, du haut de ses 20 ans, est monté avec moi dans un taxi pour le centre d’Ardabil, m’a proposé de m’aider à porter mon sac, et m’a fait savoir avec détermination qu’il ne me laisserait que quand il serait assuré que j’ai une chambre qui me convienne, ou plutôt, devrais-je dire, qui convienne à mon budget.
Ça a duré plus d’une heure…. A l’issue de laquelle, comme si il n’en avait pas encore assez fait, il m’a invité à partager le diner dans sa famille…
A croire que plus le monde extérieur est fermé, plus le cœur des gens est grand ouvert….
Ali et sa famille, dans leur extrême sympathie et générosité à mon égard, sont loin d’être une exception.
Tous les jours, au milieu des milliers de visages totalement indifférents, froids, voire hostiles, autant de regards qui donnent envie de baisser la tête et de se cacher le visage un peu plus, il y en a toujours quelques uns qui font qu’on finit par s’attacher à ce pays ; parfois un seul suffit pour égayer toute une trop terne journée..
Chacun à la mesure de ses moyens, qu’il s’agisse d’un thé ou d’un morceau de miel, d’un repas silencieux faute de pouvoir se parler, ou d’une course en taxi…
Je suis même repartie d’Ardabil avec un magnifique Coran que tenait absolument à m’offrir Nagi, un vendeur qui étale tous les jours piles, crayons et mouchoirs en papier sur un bout de trottoir en face de la pension où je n’ai passé qu’une seule nuit… un cadeau certes lourd en encombrant, mais qui prend bien plus de place et de poids dans mon cœur que dans mon sac.
Des âmes charitables et prévenantes, qui n’attendent rien de moi si ce n’est d’être prudente, qui m’accueillent et me mettent en garde contre les mauvaises que je peux rencontrer.
Et contre toute attente, sous un masque agressif et vil, je découvre un visage doux et protecteur, d’une hospitalité sans commune mesure.
Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /Avr /2008 14:41

jeudi 3 avril  

 

 

voilà exactement 17 minutes que je suis devant une page blanche. 17 minutes que je me demande ce que je vais bien pouvoir écrire, ce que je peux bien penser… je me sens étrangement vide, dépourvue de la moindre émotion, grise et éteinte comme un tas de cendres qui ne fume plus et qui attend d’être balayé par le vent, mes yeux hagards fixant sans raison le mur défraîchi de ma triste chambrée.

J’ai peut être besoin de rien, pour équilibrer ce trop plein de sollicitations extérieures ; peut être que ces dernières m’ont simplement vidé de toute mon énergie…

J’ai eu beau essayer de m’y préparer, les premiers pas en Iran me laissent sans voix… et sans mots.

Je voudrais pourvoir raconter ce que je vois, toute la folie du tourbillon qui m’entoure, mais à force de se faire fouetter le visage par de violentes bourrasques qui soulèvent la poussière, c’est humain, on finit par fermer les yeux…

Cela risque de me prendre un certain temps avant de me trouver mes repères…

Ma condition de femme me rend invisible, celle d’étrangère me rend aveugle… incapable de déchiffrer le monde qui m’entoure, je divague, noyée dans un flot de lettres arabes que je ne distingue pas les unes des autres ;

Si seulement il existait un endroit, comme en Turquie, où je pourrais m’asseoir, boire un thé et regarder l’animation défiler devant moi, mais je n’en ai pas encore trouvé. Je dois me fondre dans la foule, et défiler moi aussi, mais pour aller où ?

Difficile de trouver mes marques, alors je marche dans le pas des autres, cédant le passage aux hommes tout puissants, aux taxis fous, aux policiers sévères ; je le cède aux femmes aussi, qui, sous leur long tchador noir qu’elles maintiennent fermé avec leurs mains, m’impressionnent toujours autant….  si je ralentis, on me presse le pas, je dois rentrer dans le mouvement, ou le stopper net en fermant la porte de ma chambre à clef, pour enfin me dévoiler et reprendre mon souffle….. et réaliser que je n’en ai plus beaucoup….

Par amelotour - Publié dans : Avril 2008 - Iran
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