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Octobre 2008 - Bangladeh

Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 04:54

No man’s land

24 novembre


L’homme glisse un œil à travers un trou dans l’épaisse porte noire, et me demande en souriant si je veux bien être sa sœur. Voilà une bonne vingtaine de minutes qu’on attend là, derrière cette grande porte cadenassée qui nous offre la seule ombre possible à des centaines de mètres à la ronde.

Je lui répond que oui, pourquoi pas, non pas que j’ai cruellement besoin d’un frère à cet instant précis, ni même que je sois impressionnée par le fusil qu’il vient tout juste de déposer sur le lit de planches qui constitue son seul abri, mais à quoi bon contrarier la seule personne capable de nous aider dans le secteur... et c’est d’ailleurs la seule personne tout court..


Derrière nous, des rizières et champs de légumes à perte de vue. Pas une habitation, pas un seul fil électrique, pas une route, ni même un chemin digne de ce nom. Dans un autre contexte, on aurait trouvé cela grandiose…. Mais là, ça nous rappelle que non seulement, on n’est plus personne, mais en plus, au milieu de nulle part.

Parce que de l’autre côté de cette étrange porte, malgré nos espérances, c’est le même décor.

Il y a bien quelques fermiers au loin, occupés à travailler leurs terres, des buffles aux narines fumantes qui tirent de lourds attelages, mais ceux-là ne nous seront d’aucune utilité. Non, seul cet homme là, mon frère, qui sifflote tranquillement en faisant les cents pas, qui vient régulièrement jeter un regard furtif et amusé sur notre inactivité, lui seul détient les précieuses clefs.


On ne se demande plus ce qu’on fait là, mais plutôt à quel moment on a fait l’erreur qui nous a fait échouer au pas de cette porte.

On a oublié l’idée d’arriver à destination avant 15h, comme on l’avait envisagé, on a même oublié l’idée d’arriver à destination aujourd’hui ; notre seule préoccupation actuelle est de savoir si oui ou non, on pourra franchir ce seuil et poursuivre notre route.

Une seule chose est sûre, c’est que je suis déterminée à ne pas faire demi tour, et que je suis prête à dormir là plutôt que de revenir sur mes pas. Ca n’est pas simplement une question de principe, ni même de fierté, mais je ne me vois pas refaire les 5kms à pieds chargée de plus de 25 kgs…

Si on nous avait dit, en descendant du bus ce matin, que le seul moyen de rejoindre la frontière était de traverser des rizières sur des passages étroits et glissants, en suivant aléatoirement des villageois bien plus agiles sur ce type de terrain que les tortues courbées que nous sommes, on aurait choisi de reprendre un bus et de se rendre à un poste de frontière un peu plus accessible…


Pourtant, rien ni personne ne nous avait laissé imaginer ce scénario. Ni à l’hôtel de Rajshahi, ni le chauffeur de bus, ni même les officiels des « bureaux » de l’immigration bangladeshi qui n’ont pas eu l’air de trouver hasardeux de nous laisser partir à cet endroit.

D’après la carte du Lonely, la frontière devait être de l’autre côté de la rivière, à Godagari. Bangladesh d’un côté, Inde de l’autre. Mais déjà, dans la petite barque sommaire chargée de nous faire traverser, au milieu des poulets et des sacs de riz, on regardait la rive en face de manière suspicieuse, tant elle nous semblait anormalement déserte. Mais c’était trop tard, le passeport tamponné par les services bangladeshi, nous ne pouvions déjà plus faire demi tour, car officiellement, nous avions quitté le pays.

Alors à moins de se construire une cabane en bambou et d’apprendre à cultiver le riz, notre seule option est désormais de passer cette foutue porte pour, enfin, entrer sur le territoire indien.

Le temps passe, rien que le temps. L’homme au fusil nous fait comprendre qu’on attend l’officier, car sans lui, il ne peut rien faire.


Quand il commence à agiter les mains, les yeux derrière ses jumelles, en nous disant qu’il arrive, on jette un œil à travers les fils barbelés ; on ne voit rien, rien d’autre que ces champs qui atteignent l’horizon, rien d’autre que ce petit sentier qui y serpente et que l’on devra parcourir, jusqu’à la ville de Lalgola dont on ne distingue aucune trace…

L’officier finit par arriver, il doit avoir son heure car un fermier nous a rejoint dans l’ombre, avec une dizaine de sacs de riz. Manifestement, les échanges commerciaux entre les deux pays vont bon train.

Uniforme impeccablement repassé, casquette militaire enfoncée sur les oreilles, il aurait pu avoir une certaine allure si il n’était pas arrivé sur un vieux vélo…

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le tout petit cadenas ridicule cède et la lourde porte s’ouvre enfin ; nous voilà sur le sol indien, non sans soulagement….

Les formalités peuvent commencer, et à vrai dire, on les prend avec le sourire… les mêmes questions déjà posées cent fois depuis ce matin, les mêmes réponses approximatives, les mêmes incompréhensions sur un parcours peu commun….

Monsieur l’officier a décidé de faire les choses bien, et pour cela, la BSF (Border Security Force) se doit de fouiller les sacs.


Les quelques locaux sont passés depuis longtemps, que nous nous mettons à sortir nos effets personnels, en ce qui me concerne, la vue d’une petite culotte les mettra suffisamment mal à l’aise pour qu’on me fasse une signe de la main que je peux refaire mon sac….

Ils veulent tout savoir, et vont jusqu’à compter au centime près les 4 devises différentes que Gil transporte dans sa sacoche. Tout est scrupuleusement noté sur un petit bout de papier, et tout cela se fait dans une ambiance décontractée et bon enfant. Ils ne doivent pas voir tous les jours des étrangers par ici, et encore moins des étrangers avec 4 appareils photo, deux ordinateurs et des billets de banque de toutes les couleurs….


Nous voilà donc en Inde…. Théoriquement, car nous foulons son sol, mais officiellement, rien sur notre passeport ne le prouve, et on comprend vite qu’au bout des rizières, il faudra bien se rendre à un autre bureau. L’officier nous accompagne, il n’y aurait, d’après lui, que trois kilomètres à parcourir avant de rejoindre les douanes de la BSF….

On y arrive enfin… le soleil est bien bas, j’ai l’épaule droite presque déboîtée et les jambes qui tremblent, mais on voit enfin le bout…. En déposant nos sacs, à côté d’une petite table en bois à l’extérieur d’un bâtiment militaire, je commence à tellement croire qu’on en aura bientôt fini que j’accepte le thé gentiment offert en dépit de l’envie de plus en plus pressante d’aller au petit coin…ça dure une bonne demi heure, tout est repassé en revue, jusqu’au contenu de nos sacs que notre officier lit à haute voix au subalterne chargé de remplir le registre, devant des fermiers aux yeux de plus en plus exorbités… il faut dire qu’on transporte avec nous plus que ce qu’il leur faudrait pour faire construire la maison de leurs rêves…..

Sur le coup, on trouve cela moyennement rassurant, parce qu’on est pas encore arrivé en ville, et qu’il commence à faire nuit…..


Mais toujours pas de tampon en vue…. Heureusement pour nos sacs, et tant pis pour l’idée qu’on s’était faite d’être enfin débarrassés des formalités administratives, on se fait accompagner par une autre personne jusqu’à la ville, seulement à 2 kilomètres de là, pour aller au service de l’immigration……

Quand celui-ci, en entrant dans les premières ruelles habitées de Lalgola, nous demande de presser le pas, j’explose…. La fatigue physique et morale aidant, j’explose en riant et les insultes fusent en français, ce qui nous évite un incident diplomatique…. Je crois que le pauvre comprend qu’on commence à être sérieusement atteints.


Voilà enfin le dernier bureau…. C’est d’ailleurs le premier de la journée à ressembler vraiment à un bureau. On recommence toujours le même cirque, avec cette fois la tendance à les laisser se démerder avec nos passeports parce que après tout, tout ce qu’ils ont besoin de savoir y figure.

Je ferme les yeux, tente de m’assoupir. Gil lit son journal. Mais il ne faut pas rêver, ils ne s’en sortent pas, et je me démène de nouveau pour tenter de leur expliquer ce qu’ils veulent savoir. 20 minutes de plus, et toujours pas de tampon…. Pour cela, nous dit-on, il faut maintenant aller au service des douanes… le civil, cette fois. Heureusement que désormais, on peut trouver un rickshaw, sinon je crois bien que je leur aurais laissé mon passeport, mon sac à dos, et tout ce qu’ils voulaient….

Nous voilà repartis, non pas pour la dernière étape, ça serait trop beau, mais l’avant dernière…. Car il nous faudra revenir ici, à l’immigration, après avoir vu les douanes….

Ils ont le don de faire les choses simplement, et encore, je dis cela en sachant que tous nos papiers sont en règle….


Il est 17h30 quand enfin, les passeports tamponnés à la va-vite, nous rejoignons l’hôtel Priyanka, que nous a recommandé le douanier comme le seul établissement décent de la ville, et dans lequel il a eu la gentillesse de nous faire libérer une chambre.

A 9h ce matin, quand on est descendu du bus à ce qu’on pensait être la frontière, on se disait que ce soir, on pourrait manger des frites et une salade de fruits à Calcutta.

Comme si ça pouvait être aussi simple de quitter le Bangladesh que d’y entrer… ça se saurait….

On finit la journée complètement épuisés, mais demain, à 5h du matin, on prendra la direction de la gare pour sauter dans le premier (et unique…) train pour Calcutta…..

Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /Nov /2008 04:49

Rajshahi

Le 22 novembre


Je n’attendais plus rien. C’est peut être cela qui m’a offert la chance d’être surprise une dernière fois. Rajshahi ne devait être qu’une étape-hôtel avant de prendre un ultime bus pour la frontière, et on avait même prévu de prendre une chambre de catégorie moyenne pour y dépenser nos derniers taka et nos dernières heures au pays du Bengal.

Pourtant, ça doit être plus fort que nous, nous sommes finalement retombés dans la catégorie « budget », et après deux heures à trier les quelques trois cents images de notre voyage en train, il a fallu qu’on reprenne nos sacs photo en main et qu’on parte en vadrouille.

Dans le Lonely, Rajshahi ne semblait pas être une ville très attirante. Vaste et peuplée, moderne et universitaire, on l’aurait probablement évitée si elle n’avait pas été la porte d’accès de la petite bourgade frontalière à une quarantaine de kilomètres de là.

Les premiers pas sont déterminants. Je ne parle pas de ceux que l’on fait sac au dos, fatigués par le voyage, mais les pas allégés, reposés et rafraîchis, quand les yeux quittent le plan du guide et cessent de tenter de déchiffrer des enseignes illisibles pour flâner et chercher de nouvelles images.

La surprise ne s’est pas fait attendre, et a été aussi inespérée qu’agréable… un doux sentiment de tranquillité, de passer presque inaperçue tant j’avais l’habitude de déplacer des foules en sortant mon appareil photo ; les regards sont toujours là, mais peut être moins insistants ou plus discrets, difficile à dire….

Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai l’impression de partir en balade….

Les rues animées, bordées de petits magasins et de vendeurs de thé, les modestes restaurants installés sur un bout de trottoir, les bazars débordants de marchandises, la circulation dense et anarchique, sonnante et trébuchante… un décor qui ressemble pourtant à bien des villes traversées auparavant, mais qui a un goût différent.

J’ai d’abord cru que cela venait de moi-même, comme si l’environnement n’avait plus d’emprise sur moi, comme si la simple idée d’être si proche de l’Inde suffisait à me faire retrouver la sérénité indispensable pour supporter le monde extérieur…

Mais une fois que nous avons atteint la rivière, au bout de la ville, au bout du pays, au bout du voyage, j’ai réalisé que c’était bien de Rajshahi qu’émane cette surprenante sérénité.

La berge est (partiellement) joliment aménagée, des bancs et des chaises en bois disposés à l’ombre de palmiers, des vendeurs proposent du thé, des glaces et des samosas, des chèvres paissent en toute tranquillité, des hommes pêchent, les enfants courent pour faire voler leur cerf-volant, et …. Des jeunes couples marchent main dans la main en regardant le soleil se coucher sur l’Inde voisine….

Il règne une atmosphère tellement irréelle qu’on en oublie le Bangladesh, l’Inde, le voyage, le temps….

Et bien avant que le soleil ne disparaisse, notre décision était prise….. on reste un jour de plus….

Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /Nov /2008 11:40
 

 

Kakouland

Saidpur, le 20 novembre

 

Je compte les jours. C’est souvent que ça arrive, en voyage, de compter les jours. Parce qu’il y a toujours une histoire de visa qui expire, d’avion à prendre, de billet de train à réserver, un rendez-vous à ne pas manquer….

On a parfois besoin de se raccrocher à la réalité du temps qui passe, parce que quoi qu’on en dise, la vraie liberté du voyageur n’existe pas. A moins d’avoir un budget qui permette de l’acheter.

Mon visa expire dans plus d’un mois, j’ai encore une grosse liasse de Taka dans mon porte monnaie, pas d’avion en vue avant mars prochain, et pourtant, ça fait trois jours que j’ai commencé le décompte.

Le retour imminent en Inde devient une véritable obsession, autant qu’une nécessité… cette fois ça y est, le Bangladesh a eu raison de moi. Fini le temps de la découverte les yeux grands ouverts, à s’extasier à chaque carrefour, désormais, un coin de rue est un coin de rue et il ne réserve guère plus de surprise.

Je suis lassée du décor qui ne change plus, des bruits qui résonnent davantage, des regards qui me semblent de plus en plus durs et agressifs.


Les comportements qui me faisaient sourire m’agacent aujourd’hui au point de devenir parfois insupportables, et tant pis pour les bonnes manières auxquelles je suis censée me plier, ce pays m’a tellement abattue que je n’ai plus l’énergie de me plier pour quoi ou qui que ce soit.


Je pourrais continuer à vous dire à quel point le voyage, c’est super, que tous les matins je suis heureuse de sortir de ma chambre pour partir à la rencontre d’une population chaleureuse et hospitalière, mais ça serait vous mentir. Parce que là, les gens, ils m’em-mer-dent.

Et la chaleur humaine, je m’en passerais bien quand elle se traduit par une trentaine de gamins surexcités qui me suivent en hurlant, ameutant ainsi tout un quartier qui avait pourtant l’air tranquille, et réduisant à néant nos chances de pouvoir saisir un instantané. Et quand bien même je trouve un sujet à photographier, comme un jeune chiffonnier auquel personne ne s’intéresse et qui lui-même ne s’intéresse pas à grand chose d’autre que son sac de déchets qu’il tient sur l’épaule, il y a toujours deux ou trois kakous qui vont engueuler ce pauvre petit bonhomme qui n’a rien demandé à personne pour qu’il me regarde en souriant. Et là, la photo, y’en a plus.


Les kakous, pour ne pas dire « petits cons » (parce que, entre nous, c’est comme ça qu’on les appelle), ce sont les plus pénibles de tous. Généralement, ils ont abandonné le pagne traditionnel pour un pantalon trop serré et une chemise de cowboy, ils se promènent à deux ou trois en traînant leurs semelles de tongs dans la poussière, et se croient toujours plus beaux et plus intelligents que tous les autres.

Et ils ont un don indéniable pour foutre une photo en l’air.

Parfois, ça peut venir d’une bonne volonté, parce qu’ils partent du principe qu’une photo ne peut être réussie que si le sujet regarde droit dans l’objectif, et que pour ça, ils vont jusqu’à saisir le visage du gamin à pleine main pour le tourner de force vers l’appareil…. De quoi en traumatiser plus d’un..

Et puis il y a ceux qui sont juste chiants, qui veulent absolument être dans le cadrage et qui sont prêts à tout pour cela, qui poussent les autres à coups de coude, qui apparaissent devant l’objectif juste au moment du déclenchement et qui font semblant de ne pas comprendre quand on leur demande expressément de dégager (en bangla..)…

Qu’on vienne encore une fois me dire que j’ai choisi la vie facile que celle de faire des photos de vacances au Bangladesh…. Le prochain qui me parle de vacances, je lui prête mon appareil photo et lui paie un aller simple pour Dhaka.

 

Non décidément, il est temps de changer d’air. Je n’ai aucun regret d’être venue au Bangladesh, bien au contraire, et il ne faut surtout se faire une idée du pays sur ces quelques lignes… mais c’est comme tout, il faut savoir s’arrêter, repasser la frontière et quitter la scène avant de faire un pas de trop… ou une ville de trop…

Maintenant, ça n’est plus qu’une question de jours avant de retrouver l’Inde et sa relative civilisation ; ça peut vous sembler surprenant de qualifier l’Inde de pays civilisé, mais après le Bangladesh…. Les pancakes à la banane, les milkshakes et les frites de Calcutta nous apparaissent comme un luxe, et.. un rêve bientôt accessible…. Pour le cassoulet et la pizza aux quatre fromages, il faudra attendre encore !

Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 12:45

11 novembre

 

Mohanganj

 

On n’avait pas prévu d’aller bien loin. L’aperçu de la vie rurale du gros village de Sunamganj nous avait déjà bien plu, la vie modeste et calme des fermes, la beauté des rizières encerclant les habitations, et toujours, la fraîcheur et l’animation douce de la rivière.

Le modernisme avait déjà quasiment disparu du décor, tant pis pour internet et la BBC, on a décidé d’aller plus loin dans le cœur du Bangladesh.

Le nom de Mohanganj, écrit en plus petit encore sur la carte du Lonely à quelques dizaines de kilomètres plus à l’ouest, est sorti du lot. Pas de raison particulière, et pour aller à la rencontre du quotidien des gens, c’est une raison suffisante…

 

A vue de nez, on avait estimé que Mohanganj se situait à environ 2-3 heures de bus de Sunamganj. Alors sans se précipiter, nous avons passé notre matinée à photographier les écoliers avant de boucler nos sacs vers 11h, sûrs que des bus partiraient fréquemment vers notre destination. A ce moment précis, nous étions loin d’imaginer que des bus, il n’y en avait pas du tout, et que le seul moyen d’atteindre Mohanganj était de prendre le bateau.

Pas de souci en soi, le bateau a le mérite d’être reposant, de nous laisser davantage de liberté de mouvement, et malgré la vétusté de l’embarcation, ça doit être également plus sûr que le bus. On nous a annoncé quatre heures de trajet, puis cinq, puis six, et c’est finalement dix heures pus tard que nous avons atteint les rives de Mohanganj. A la vitesse d’un bateau mouche en croisière sur la Seine, nous avons traversé des paysages époustouflants, ne laissant derrière nous que de légères ridules sur la surface de l’eau, pour ne pas trop déranger….

Nous nous sommes laissés bercés, profitant de la magie du moment, assis sur le toit du bateau pour échapper un peu aux sollicitations des passagers de plus en plus curieux, jusqu’à voir le soleil couler doucement derrière l’horizon flottant, jusqu’à voir l’obscurité de la nuit absorber les dernières lueurs, les dernières barques de pêcheurs… et puis plus rien. Le temps passe moins vite, quand il n’y a plus rien à voir, et plus rien d’autre à faire que d’attendre.

 

21h, à force d’enquêter auprès des derniers hommes de l’équipage encore à bord, on finit par comprendre que cet arrêt qui se prolonge, c’est bien le terminus. Quelques lampes disséminées dans la végétation dense des berges, preuves que la civilisation est bien là, même si les arbres sont les plus nombreux. Nous voilà à Mohanganj.

Bien que l’obscurité domine, nos ombres difformes nous trahissent et nous faisons rapidement sensation. On s’empresse autour de nous, il n’y a plus un seul mot d’anglais dans les questions qui s’échappent, ni dans les réponses que l’on aimerait tant entendre… heureusement, le terme « hôtel » est international, si tant est que l’on précise, ici, que l’on cherche un hôtel pour dormir. Sinon, on nous envoie dans un restaurant. Deux gamins nous prennent par la main, ils ont compris ce que l’on cherchait, et au milieu de mots incompréhensibles, on entend « guest house », et c’est bien la première fois depuis notre arrivée au Bangladesh…

On relève, mais on ne soupçonne encore rien de ce qui nous attend.

Nous voilà arpentant les rues terreuses de Mohanganj, passant devant des rideaux de fer tirés et des vendeurs de légumes qui s’obstinent ; l’animation bat son plein, mais on la traverse sans la voir, trop pressés de trouver un abri pour la nuit.

Le premier hôtel affiche complet. Le seul bâtiment de la rue avec un étage qui ressemblait vaguement à quelque chose ne sera pas le bon, et le second, une centaine de mètres plus bas, nous éclaire sur le standard auquel il faudra s’attendre.   

Une dizaines d’hommes sont assis dans la pièce exiguë qui doit faire office de réception. Heureusement que les gamins nous ont orienté, car rien ne nous aurait laissé penser qu’il puisse s’agir d’un hôtel. Ou d’une guest house.

Je ne sais pas bien à qui m’adresser, et puisque tout le monde me regarde, je lance un « room » interrogatif à qui veut bien le prendre. Je ne saurais même pas dire qui m’a répondu, mais oui, il y a une chambre de libre, mais on me précise que la salle de bain est commune. Je vais jeter un œil. Pas de place à l’entrée pour poser mon sac à dos, alors c’est chargée comme une mule que je suis trois des hommes dans ce sinistre couloir. La chambre l’est plus encore… je lance un coup d’œil rapide, mais ne m’éternise pas, sachant que les deux garçons avaient à priori un troisième plan…

 

Nous voilà repartis, on découvre qu’il y a une gare à Mohanganj, et que la troisième guest house est juste à côté. Les trois barbus assis sur le banc de la devanture nous voient venir. Et quelque part, moi aussi…. Avant même de poser la question, ils nous font un signe réprobateur de la main. Il y a des « non, on est complet », et des « non, on veut pas de vous ». Dans les deux cas, même conséquence…. On est bon pour le deuxième hôtel, sa batterie de mateurs et sa cellule nauséabonde sans fenêtre.

 

C’est une guest house, une vraie, où on loue pas une chambre, mais où l’on donne une participation symbolique pour un abri qui l’est tout autant.

Une maison pour les gens de passage, et sans grande surprise, seuls les hommes sont de passage. Il doit y avoir deux mètres entre les murs, et une fois les sacs posés sur le peu de sol qui reste, on peut à peine rentrer dans la chambre. Au moins, l’excuse était toute faite pour en refuser l’accès aux cinq gaillards insistants qui avaient l’air de vouloir s’installer avec nous.

C’est assez rare, mais on ne peut s’empêcher de recouvrir les oreillers avec nos serviettes de toilette. Tout est douteux, et c’est finalement pas si mal que le matelas soit si fin, car ça doit limiter le nombre d’habitants qui y grouillent. Hors de question en tout cas d’avoir le moindre contact avec lui, et faute de mieux, je prends le parti de dormir habillée ; de toute façon, la nuit n’est pas partie pour se passer agréablement…. Je m’en veux d’avoir boudé les toilettes du bateau, car il y a peu de chances qu’elles aient été plus immondes que celles-ci. A l’arrière du bâtiment, au fond d’une petite courée puante, deux petits cabanons de béton recouverts de tôle ondulée font office de sanitaires. Pas de lumière, et c’est peut être pas plus mal, l’obscurité se chargeant de dissimuler la crasse que l’on ne devine que par les odeurs nauséabondes qui s’en dégagent, et les insectes que l’on entend grouiller. Derrière l’une des portes, celle qui ne ferme pas, l’unique toilette commun à tous les « guest » est déjà obstruée d’un monticule d’excréments, il n’y a, bien sûr pas de chasse d’eau, mais pas de robinet non plus. Je n’ose imaginer où s’essuient les mains gauches, et prend garde à ne toucher aucun des murs qui m’entourent… le plus sympathique, c’est qu’en ressortant de là, il y a toujours un comité des messieurs qui m’attend, les yeux vitreux et la bave aux lèvres, le genre de comportement auquel je n’arrive décidément pas à me faire…..

Retour à la chambre, je ne bois plus une seule goutte d’eau pour m’éviter de réitérer l’expérience.

La fraîcheur de la nuit et la crasse environnante justifient que je m’enroule dans mon drap, tête comprise, et j’essaie en vain de trouver le sommeil. C’est si bruyant que malgré les bouchons à oreille que j’utilise pour la première fois ce soir, j’ai l’impression d’être au beau milieu des conversations voisines, d’avoir un téléphone portable qui me hurle sa sonnerie dans les tympans, et d’être plongée dans le bac à vaisselle du restaurant d’à côté.

Pourtant, vu du bateau, ça avait l’air si calme….

 

On voulait voir le fin fond du Bangladesh ? voilà qu’on le touche, et il n’est pas si fin….

Je ne peux m’empêcher de repenser aux flics de Sylhet, qui avaient débarqué à l’hôtel peu après notre arrivée, pour tenter de nous persuader de changer d’endroit. Car notre chambre carrelée de 50 m2 avec une salle de bain immense, une télé, des fauteuils rembourrés et un lit king size avec plein d’oreillers moelleux ne leur semblaient pas « suitable » pour des étrangers….. ça les feraient pâlir de nous savoir là ce soir, bien plus encore que nous….

Parce que c’est sûr, tomber dans un endroit pareil, c’est pas très agréable sur le moment. On ne rêve pas de ça, surtout après un long voyage où on voudrait pouvoir prendre une douche et poser ses fesses endolories sur un bon matelas…

Mais ce qui est encore plus certain, c’est que je me souviendrai plus longtemps de cette chambre là que de celle de Sylhet.

 

Enroulée dans mon drap, à pester pour trouver le sommeil et à redouter de me lever demain, je suis en train de créer mes souvenirs….. et quand je me réveillerais dans un autre décor, quand j’aurais la douche et le matelas mérité, je repenserais à cet épisode en souriant, en me disant que sans lui, je serais passée à côté de quelque chose…..

Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /Nov /2008 12:38

Sylhet,

8 novembre 2008

 

 

Je pourrais vous parler des biscuits. Ça, je les connais, les biscuits. Les salés, les sucrés, les crémeux ou ceux qui facilitent la digestion, les biscuits apéritifs ou ceux qu’on trempe dans le thé. Moi, mes préférés, ce sont les Tip. 12 Taka (13 cents) le paquet, on en voit partout, on en a même trouvé en vente dans la soute du bateau pour Chittagong, et c’est peu dire.

Je suis devenue une mangeuse de Tip. C’est loin d’être la panacée, à vrai dire, il y a tellement de choses qui me feraient envie que je préfère ne pas y penser…

On ne peut pas dire que le Bangladesh soit un paradis culinaire.

Et s’il y a bien quelque chose dont on ne peut pas se passer, c’est de manger… autre chose que des biscuits.

 

On trouve des snacks, partout et à toute heure. Des genres de samosas, ou autres « friands » fourrés à la viande, aux œufs ou aux légumes, dégoulinant d’huile, à déguster de préférence avec une sauce verdâtre non identifiée. Ça n’est pas mauvais, si l’on est pas trop regardant sur l’hygiène du cuisinier, sur l’état de propreté des plaques métalliques ou sur la couleur de l’huile. Et si toutefois on est regardant sur ce genre de choses, on ne vient pas au Bangladesh.

Au début, c’est bon. Si d’apparence, ça ressemble aux snacks indiens, le goût est différent, alors c’est bon parce que ça change. Mais ça devient vite écoeurant, surtout sous une chaleur étouffante où l’on rêverait d’une salade de crudité ou d’un gaspacho bien glacé.

C’est peine perdue, les légumes on ne les voit que dans les marchés, ou alors frits dans une sauce épaisse et grasse. Et épicée.

 

 

Dans la catégorie snacks, toujours, il y a aussi les fast food. Fast parce que c’est prêt d’avance (et là, il ne faut pas se poser la question de savoir depuis quand exactement), et que c’est réchauffé au micro-onde ou au soleil derrière la vitre. Et food, parce que c’est censé se manger. De loin, ça pourrait ressembler à des hamburgers. Une boule de pain coupée en deux, avec un truc dedans. Un seul. Ou deux, quand ils rajoutent un cure-dent pas toujours très visible. Mon dernier burger, c’était à Dhaka. Un chicken burger, qui n’était rien d’autre qu’une cuisse de poulet panée au chili, avec du pain autour… l’expérience m’a fait cherché le petit bout de bois planté en travers, mais c’est sur les os que j’ai failli me casser les dents…

 

Et puis heureusement, parfois, on trouve des restaurants. Des endroits où les gens viennent s’asseoir autour d’une table pour manger dans des assiettes. Etrangement, ça ne court pas les rues. Bien sûr, il y a toujours les restaurants des grands hôtels ou des lieux à la mode, paraîtrait même qu’à Dhaka, on peut manger italien. Mais les petits bouis-bouis populaires, les dhabas des coins de rues que l’on voit en Inde et où l’on se remplit le ventre pour quelques piécettes, bizarrement, ici, il faut les chercher.

Aussi, en arrivant à Sylhet et en découvrant que notre rue était truffée de restaurants de ce genre, on en a salivé d’avance.

Pourtant, on s’en doutait, il n’y avait pas vraiment de quoi….

 

On ne s’évertue plus à demander un menu. Ça n’existe pas, et le mot lui même n’a pas été traduit en bangla. Rien de bien surprenant, ils n’existent pas non plus dans les dhabas indiens, ni dans les restaurants de rue en Thailande ou en Chine, mais la différence c’est que là bas, on peut toujours jeter un œil en cuisine et mettre le nez dans les casseroles pour faire son choix. Ici, c’est pas possible. On a bien essayé une fois ou deux, mais vue la réaction des gens, ça a été pris comme une violation de l’intimité. Et au Bangladesh, on ne rigole pas avec l’intimité (sauf la nôtre).

 

Alors par défaut, on accepte les propositions que l’on peut nous faire, et qui se résument bien souvent au vocabulaire limité de nos hôtes. Rice, chicken curry, dhal.

C’est comme ça qu’on se fait un festin de temps en temps, heureux comme des papes avec une plâtrée de riz et des os de poulets rachitiques à ronger, sans plus songer à demander autre chose aux nombreux serveurs qui peuplent les lieux, et qui sont de toute façon bien trop occupés à nous regarder manger.

 

Je ne sais pas où j’en suis dans ma courbe de poids, la dernière fois que je suis montée sur une balance, c’était sur le quai en attendant le métro à Calcutta. Ce qui est sûr, c’est que le régime bangla est efficace. A bon entendeur. 

Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Lundi 3 novembre 2008 1 03 /11 /Nov /2008 13:11

Dhaka

 

3 novembre

 

Il nous aura fallu plus de 10 heures depuis Cox’s Bazar pour atteindre la capitale. En l’approchant, nous n’avions plus aucun doute. Après avoir traversé des rizières qui se répandaient à l’infini, le décor s’est transformé peu à peu en forêts de béton et d’acier jusqu’à envahir le paysage tout entier, les étoiles ont disparu, englouties par un ciel sans nuages aux reflets sulfureux, et la circulation est devenue subitement si dense que pendant la dernière heure de trajet, nous avions le sentiment de n’être plus qu’un immense véhicule traînant avec lenteur sur la chaussée poussiéreuse.

 

Dhaka… nous y voilà. Impression de chaos et de folie furieuse, vaste fourmilière que l’on vient d’enfumer et qui cède à la panique, impression de poser le pied sur un volcan tremblant d’activité, prêt à cracher sa lave de son cratère fumant… Dhaka… assourdis, étourdis, aveuglés, nous n’avions alors qu’une seule envie, se réfugier quelque part et n’ouvrir vraiment les yeux qu’une fois reposés…

 

Le même rituel devait recommencer, encore une fois… repérer où le bus nous avait déposés et où se trouvait l’hôtel coché dans le guide, essayer d’avoir une notion de prix pour le transport, et commencer l’amère négociation. Ici plus qu’ailleurs, un étranger est une proie en vue et désarmée, et la fatigue n’aidant pas, pas plus que les difficultés de langage, le combat engagé en devient plus éprouvant encore.

Direction Old Dhaka, Nawabpur road où il est dit dans le LP datant de 2004 que quelques hôtels bon marché acceptaient les étrangers. Le premier, Grameen Hotel, pourtant indiqué en anglais, n’a pas voulu de nous.

 

Heureusement, parmi les dizaines de personnes qui s’étaient déjà amassées autour de nous, certaines étaient pleines de bonnes intentions et nous ont indiqué un autre établissement à seulement quelques minutes de là. Indiqué en bangla cette fois, ce qui nous a valu de passer trois fois devant sans le remarquer.

Et nous avons fini par atterrir au Sughanga Hotel, dans une petite chambre bleue sans lumière naturelle, mais à ce moment là du voyage et de la journée, un matelas et une douche nous suffisaient largement.

 

Il vaut mieux être reposé pour se mettre à arpenter les rues de Dhaka. Il faut être assez vif et alerte pour éviter d’être accroché par les rickshaws et les autres véhicules, relaxé pour supporter les regards et les sollicitations, et pour ne pas sortir de ses gonds à chaque main qui se perd malencontreusement sur ma poitrine… il faut être en forme, pour ne pas entendre les commentaires qui se passent de traduction, pour avoir l’impression de ne pas être une bête de foire…

Pas simple, dans un quartier résolument masculin… pas un seul magasin de vêtements, pas de salons de coiffure, mais des gammes entières de tuyaux, pompes, tondeuse à gazon, boulonnerie ou matériel électrique….

Mais finalement, après presque 3 semaines au Bangladesh, et moyennant un peu de sommeil, je me suis faite à ce décor théâtral dans lequel j’ai bien souvent l’impression de faire la tête d’affiche…

Le deuxième jour à Dhaka s’achève, et la jungle inconnue devient déjà familière. Nous avons sillonné les rues de notre quartier, celles des quartiers voisins, marchant des heures en se perdant dans les marchés et les petites ruelles de la vieille ville, passant des odeurs âcres de la viande au parfum enivrant de l’encens, troublant la tranquillité des écoles, animant avec bonhomie le quotidien des petits commerces, l’appareil photo fidèlement pendu à l’épaule et déjà chargé de plusieurs centaines d’images.

 

Encore quelques jours, et nous repartirons d’ici en ayant l’impression d’en avoir fait le tour…. Et pourtant… malgré l’état d’usure avancé de nos semelles, nous n’aurons parcouru qu’une infime partie de la ville, négligeant ses quartiers modernes et ses restaurants alléchants, oubliant ses parcs et ses palaces, mais en se concentrant sur la vie d’un quartier qui nous paraît vivre en dehors du temps et du monde…

Les gens modestes et leurs métiers oubliés, les dhabas douteux où le faible éclairage nous évite de déceler les insectes qui baignent dans le curry, les odeurs fortes et les rues minées d’obstacles, une population à la personnalité marquée, qui n’a pas encore troqué ses habits traditionnels contre la mode occidentale ; tout un quartier qui nous donne l’impression de plonger au cœur d’un Bangladesh vibrant qui s’accroche à sa culture et qui nous donne tous les jours un peu plus envie de partir à sa rencontre.

 

 

Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /Oct /2008 10:33

Cox’s Bazar

31 octobre

 

 

Pour Jean Luc, en souvenir d’une promesse faite au milieu des livres de ta librairie…

(www.autourdumonde-lille.com, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore)

 

Aujourd’hui, c’est jour de repos. C’est vendredi, les écoles sont fermées et on a droit à notre grasse matinée.

En théorie, Cox’s Bazar a tout pour plaire. Une longue plage de sable fin, propre, avec des transats et des parasols colorés, des snacks pour les petites faims, des vendeurs de ballons et de coquillages sur le front de mer et des loueurs de chambres à air.

De quoi passer agréablement notre temps libre. En théorie.

Loin d’avoir le budget pour loger dans un des ces resorts de bord de mer, nous avons opté pour le centre ville, qui ressemble en tout point à n’importe quel centre ville d’une bourgade bangladeshi, avec juste une concentration d’hôtels plus élevée que la moyenne. Des rickshaws, des dhabas, des vendeurs de betel, des banques et des magasins en tout genre. Et du bruit.

Non sans difficulté, nous avons fini par trouver un hôtel qui voulait bien nous louer une chambre, et en peu de temps, nous avons pris le chemin de la plage. Après tout, c’est pour elle qu’on vient à Cox’s Bazar.

On est tombé d’accord sur moins de 3 minutes. Avant que quelqu’un ne s’approche de nous. En réalité, on a même pas eu le temps de s’asseoir que les premiers vendeurs, photographes et gamins sont venus roder autour de nous.

Décidément, la plage ne sera pas un lieu reposant où flâner tranquillement en respirant l’air marin… pas si surprenant en fin de compte. On reste au Bangladesh, et ici comme en Inde, la tranquillité n’a sa place qu’entre les murs de la chambre d’hôtel.

Qu’il en soit ainsi…. Nous décidons que la plage sera notre nouveau lieu de travail, et commençons à penser à un reportage sur les touristes bangladeshi. Ils sont nombreux, à quelques kilomètres de la plage où nous sommes arrivés, là où se concentrent les hôtels luxueux et les magasins de souvenirs.

Si la première plage est quasiment déserte, en dehors des quelques personnes autour de nous, la plage « touristique » est surpeuplée…. De loin, on a d’abord cru à une sorte de festival, un événement religieux qui pourrait expliquer une telle concentration sur un si petit bout de plage… (dire qu’elle fait plusieurs kilomètres de long !) mais non, si les gens sont tous amassés là, c’est qu’il y a une route qui accède à la mer, alors pourquoi aller plus loin pour mettre les pieds dans l’eau…

Il y a le poste de surveillance, duquel on pourrait presque s’attendre à voir sortir Pamela Anderson, les parasols parfaitement alignés, les vendeurs de cacahuètes et les photographes en chemise rouge.

Des familles entières viennent profiter des derniers rayons de soleil, les enfants courent dans les vagues, les hommes remontent leur bas de pantalon ou leur pagne, et les femmes mouillent leurs saris ou kameez (pantalon bouffant à la pakistanaise) ; bien entendu, pas de maillot de bain à l’horizon. Ce serait indécent. Le voile reste de rigueur pour les musulmanes, et si on voit quelques bras nus, c’est bien le maximum autorisé.

Mais la mer reste la mer….. des enfants font des châteaux de sable, d’autres écrivent leur nom du bout de leur doigt, d’autres encore sautent dans les vagues ou courent pour leur échapper pendant que la grand-mère garde les sandales et que le papa les prend en photo avec son téléphone portable ; les filles ramassent des coquillages, les garçons jouent au ballon ; des couples enlacés perdent leurs yeux vers le même horizon et semblent en dehors de la foule qui les entoure….

La plage…. Toute l’insouciance et la légèreté des vacances, où tout le monde est heureux… sans parler, bien sûr, des gamins qui vendent des bananes ou de l’eau minérale, des colliers de coquillage ou des crèmes glacées, ces gamins qui font partie du décor et qui s’y perdent..

Ici comme en Inde, et surtout sur cette plage, les plus riches côtoient les plus misérables avec autant de mépris, et n’ont comme seule considération que de les voir disparaître de leur photo souvenir.

Le soleil se couche sur Cox’s Bazar, les couleurs s’assombrissent ; les beaux saris flamboyants, les longues tuniques noires et les haillons ne sont plus que des ombres identiques. Voulzy disait que le soleil donne la même couleur aux gens… pas à Cox’s Bazar…



( pas moyen d'inserer les images...... alors je vous invite a aller voir l'album Bangladesh!! es photos de la plage et d'autres























Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 09:03
Les premieres photos du Bangladesh sont en ligne......


suivez le guide!! ( et cliquez sur la p'tite dame...)

comme d'habitude........ j'attends vos critiques!
Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 07:08

Lundi 27 octobre, Chittagong

 

Nous avons fini par arriver hier soir. Sans encombre, et avec seulement 24h de retard sur l’horaire prévue. Chittagong est la seconde ville du Bangladesh, et nous commençons à prendre la mesure de la folie citadine… trouver un hôtel n’a pas été une mince affaire, et il nous aura fallu pas moins de 1 heure à crapahuter dans les bazars et les rues encombrées, promenés d’une direction à une autre par des explications hasardeuses…. Pour finalement comprendre que le petit hôtel que nous avions repéré dans le guide n’existait plus… fatigués, les épaules et le dos meurtris par le poids du sac, nous trouvons une autre option et nous dirigeons vers l’hôtel Mishka, où nous finissons pas poser notre bardas. Et tant pis pour le prix qui frise la limite supérieure du budget alloué, nous n’avons plus le courage de chercher un autre toit….

La chambre est immense, on ne peut plus grise et impersonnelle, mais immense. Un fauteuil, une table et deux chaises, une commode, trois gros cafards et ce qui nous intéresse le plus : un fil tiré entre les murs, qui va nous permettre d’étendre le linge. Après plus de deux jours dans le bateau, une lessive s’impose… le temps d’acheter le nécessaire, et quelques provisions pour la soirée et le petit déjeuner, et avant même d’oser s’allonger un peu pour un repos mérité, nous mettons nos dernières onces d’énergie dans le récurage de nos vêtements.

 

Chittagong by night nous avait semblé animée, les trottoirs envahis de vendeurs et les rues de rickshaws, et même si le décor ne nous avait pas paru si intéressant, nous mettions cela sur le compte de la fatigue et de l’obscurité, partant du principe que nous n’avions encore rien vu et que quoi qu’il en soit, il n’y a pas de mauvais endroit pour photographier.

 

Chittagong le matin, à travers les vitres de la chambre, nous apparaît comme un spectacle déprimant… la pluie ne cesse de tomber, violente et glaciale, et il semble que la grisaille de nos murs se soit étendue à toute la ville. La température est tombée, et pour la première fois depuis longtemps, je rêve d’une douche chaude et d’un pull-over..

 

On ne peut pas dire que cette nouvelle étape nous inspire beaucoup, mais il va de toute façon falloir attendre que le linge soit sec avant de pouvoir décider de partir pour la prochaine…..

Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 07:01

Samedi 25 octobre,

 

11h20

 

Voilà plus de six heures que nous avons jeté l’ancre, quelque part entre Barisal et Chittagong, au large d’une île dont les côtes sont battues par de grosses vagues noires. Notre provision de bananes et de biscuits à la noix de coco fond à vue d’œil, et il ne nous reste en tout et pour tout qu’une demi cuillère de Nescafé. Ça risque de faire juste dans la mesure où la seule chose qui soit bien sûre à l’heure qu’il est, c’est que nous n’arriverons pas à Chittagong dans les temps.

Quand on se risque à poser la question, on nous répond que le bateau va se remettre en route incessamment sous peu, et qu’on devrait atteindre notre destination ce soir. Ou demain… Inchallah…

Quitte à être en retard, j’aimerais autant repasser une nuit ici plutôt que d’arriver devant une porte d’hôtel fermée au milieu d’une ville inconnue et endormie.

Tant pis pour les cafards qui m’ont fait suer la nuit dernière, littéralement, car eux seuls, et non la température dans la cabine, ont justifié que je m’enroule dans une couverture trop chaude et que je mette la tête sous un foulard. C’est pas que j’ai une peur bleue de ces bestioles, mais en les voyant sur le mur à côté de moi juste avant de fermer la lumière hier soir, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’histoire de ce gars qui s’était réveillé avec un cafard dans l’oreille…. C’est rare, mais personnellement, il ne m’en faut guère plus pour devenir parano….

Bref, ça n’est pas encore cette nuit que j’ai pu récupérer l’accumulation de fatigue de ces derniers jours, mais quelque chose me dit que la journée va s’en charger…

Il pleut depuis ce matin, nous condamnant à la plus totale inactivité.

Les heures défilent, doucement, notre emploi du temps se résumant à des allers-retours aux toilettes, et à la poursuite du regard des bateaux de pêcheurs qui passent à travers notre hublot.

Le temps nous semble bien long…

 

 

 

13h30

 

Toujours rien. Pas un seul mouvement ou signe qui puisse faire espérer un départ. Ils ont pourtant fait tourner le moteur, il y a bien une heure de cela, quand la petite coque de bois secouée par la houle a eu terminé de décharger des dizaines de gros sacs de légumes. On y a cru. Mais après une bonne demi heure de vrombissements et de vibrations, notre bateau a retrouvé son étrange silence.

Plus de musique, la batterie de mon lecteur m’a lâchée, ne me laissant pour toute distraction auditive que le claquement des gouttes contre la vitre et le ronronnement du ventilateur.

De temps en temps, quelques voix d’hommes au bout du couloir nous rappelant que nous ne sommes pas seuls ; des bruits d’assiettes qui s’entrechoquent nous rappelant à quel point on a faim…

On va bien finir par aller quémander une assiette de riz, même si normalement, seuls les passagers de 1ere classe peuvent commander un repas. Espérons que cela puisse être un autre privilège que l’on nous accorde, comme celui d’utiliser les toilettes du salon privé ; encore que, on nous en a fermé l’accès ce matin… les seules toilettes qui ne sont pas inondées…

Cela dit, depuis 10 jours que je me pose la question, je trouve enfin une raison valable au fait que les bangladeshi aient cette étrange tendance à toujours surélever leurs toilettes d’une cinquantaine de centimètres au dessus du sol.

Je regrimpe sur ma couchette, poste d’observation sur le néant.

Les bateaux de pêcheurs ont disparu de l’horizon, et à vrai dire, l’horizon lui-même a disparu.

Les vagues, de plus en plus fortes, semblent atteindre directement les nuages, l’écume terreuse se mélange au gris cendré avec fougue, et nous on est juste là, pris au milieu, grosse masse d’acier inerte, balancée entre les éléments déchaînés, en toute impuissance….

 

16h25

 

ça y est. L’appel de la faim a été plus fort que tout, et nous nous sommes décidés à aller mendier une assiette de riz en cuisine. Bon, c’est pas possible avant 19h, mais au moins on aura essayé. Ça nous a toutefois permis de connaître notre sort : le bateau ne repartira pas avant demain matin….

On est maintenant sûrs de ne pas débarquer à Chittagong au milieu de la nuit, en tout cas, pas de celle qui vient….

 

 

19h11

 

Le riz avait un goût bizarre, mais on s’est jeté dessus avec une voracité qui a bien fait rire les 8 hommes qui nous observaient manger. Ils ont fait les choses bien, et quand on a rejoint la cuisine à l’heure annoncée, une table était dressée pour nous, couverte de petites assiettes garnies. Dhal liquide, morceaux de poulet, pommes de terre au chili, curry de légumes et citron vert. Et une grosse plâtrée de riz à gros grains. Le repas est vite expédié, car les tentatives de conversations sont vaines. Impossible de se comprendre, et pour ma part, je ne suis pas tout à fait d’humeur à laisser les regards me dévisager de la sorte. Il y a un temps pour tout. On a vraiment bien fait de mettre le prix pour avoir une cabine en seconde (830 Tk, soit pas loin de 10 euros, quand même).

On retourne donc dans notre antre, un programme en vue toujours aussi passif, mais c’est tellement plus agréable de ne rien faire le ventre plein.

Pourtant, Jojo semble décidé à nous faire de l’animation, et nous provoque en se prélassant tranquillement sur mon lit. Jojo, c’est le chef de la bande, le plus gros des cafards de la cabine, à qui on s’était résigné à laisser la vie sauve tant qu’il respectait notre territoire. Mais là c’en est trop, la guerre est déclarée et la poursuite commence. Les dix minutes qui ont suivi sont passées à une vitesse folle, jusqu’à ce que nous gagnions la bataille presque à regret, quand Jojo, par dépit, s’est jeté par la fenêtre. Voilà. De nouveau, plus rien à faire. Je retrouve mon cahier, mais pas mon inspiration.

 

Jojo est mort et les antennes de ses armées nous regardent de travers, la nuit est tombée, un orage se rapproche, la pluie et le tangage ont redoublé et deux rats sont en train de se battre sur le faux plafond à moitié détruit. J’aurais tant aimé que la nuit s’annonce aussi calme que la journée…..

Par amelotour - Publié dans : Octobre 2008 - Bangladeh
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