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Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde

Mercredi 28 mars 2007 3 28 /03 /Mars /2007 10:04


je n'ai pas reussi a mettre de legende our les photos, ca fout toute la mise en page en l'air...

mais ils sont tous la, Subrat mon frere, Bishu, Dani, les enfants.... a vous de les reconnaitre. je sais, cést pas facile. mais quand je les ai vu pour la premiere fois, je ne connaissais pas non plus leurs noms..

voici un petit tour de mon horizon ....
































 



















  














Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Lundi 26 mars 2007 1 26 /03 /Mars /2007 10:02

Calcutta, le 26 mars 2007

 

Je viens de terminer mon énorme cheese-omelet toast. J’avais oublié ce qu’était le pain, j’avais oublié le goût du fromage rapé (qui n’en a pas vraiment), mais malgrès tout, je n’ai pas l’impression de me régaler. Ma bouche est pâteuse, et ma gorge déjà irritée par la poussière et la pollution.

Welcome back in India...

Me voilà dans l’épaisse couche grise de Calcutta que je voyais de l’avion, divisant le ciel en deux, créant comme un second horizon. Je suis assise dans un restaurant, le même où l’an dernier, j’avais partagé un repas avec mon homme. Cette fois, j’y suis seule. Je n’arrive pas à m’habituer aux bruits qui rebondissent sur ce décor de béton, ni aux mouvements trop rapides qui défilent devant moi. Si le temps paraissait s’être arrêté sur les Andaman, il me donne ici l’impression de tourner en vitesse accélérée. Je suis toujours au rythme de mes îles, de mon Neil, tout glisse sur moi comme si j’étais encore enduite d’huile de noix de coco protectrice.

Je repense à cette fille que j’avais rencontré à Madras il y a quelques mois, je la revois assise seule elle aussi, à une table de restaurant, abasourdie par le monde extérieur, fixant hagarde, trop longtemps, les ventilateurs du plafond. Elle revenait tout juste des Andaman, et elle avait encore de l’eau turquoise dans le fond des yeux. Je comprends aujourd’hui ce qu’elle pouvait alors ressentir.

Entre les Andaman et Calcutta (ou Madras), il y a un fossé. Et si le corps a rejoint le continent, l’esprit, lui, est dans le vide quelque part au milieu.

 

Je m’attendais à réagir, d’une manière ou d’une autre, mais le changement est peut-être trop brutal, ou mon temps de réaction trop long... je ne fais qu’observer, de loin, cette vie qui m’était redevenue inconnue.

Il y a ici autant de plein qu’il n’y a d’espace là bas, un bruit ici qui a l’intensité du silence de là bas, autant de béton dans mon paysage actuel qu’il n’y avait de belle nature dans mes souvenirs.

Et le soir, quand je regarde le ciel depuis le toit de la guest house, je le trouve sombre et terne. Dans le ciel de Neil, le noir semblait peiner à se frayer un passage entre les nuées d’étoiles.

 

J’erre dans les rues, souriante, me laissant bousculer par une Inde à laquelle j’avais réussi à échapper. Je souris car elle ne m’atteint pas vraiment, parce qu’elle est brutale mais clémente. Peut-être aussi parce que je me sens plus forte.

Je souris à la profusion des étals, aux couleurs de fruits oubliés, je souris à la vue des bus cabossés et pleins à craquer, ça me donne envie d’en prendre un. Juste pour voir ce que ça fait.  Je me régale à voir les menus si riches et variés, mais l’eau ne me vient pas à la bouche.

Tout me surprend, m’amuse, mais rien ne me touche... sauf quand je croise quelqu’un avec un tee shirt de couleur vive avec des cocotiers imprimés... Andaman and Nicobar Islands.... le temps s’arrête, les bruits et les mouvements disparaissent pour laisser place aux images fraîches de mes souvenirs...

On se reconnait entre nous... le clan des amoureux des Andaman... ceux qui ont le regard pétillant mais un peu perdu, le teint coloré mais qui commence à se ternir. Ceux qui ont des trous à leurs vêtements et des piqûres infectées de sunflies sur la peau, ceux qui sont mal coiffés, mal rasés, ceux qui rêvent de poisson grillé sur la plage et de nuits dans un hamac. Le temps d’un court instant, on s’évade un peu...

Puis Calcutta réapparaît, les chauffeurs de rickshaws se remettent à courir pieds nus sur le goudron brûlant pour tirer leur charette, les enfants reprennent leur match de cricket dans les décombres, les klaxons résonnent de plus belle, la chaleur s’abat de nouveau, laissant derrière moi mes illusions de brise salvatrice. Mais mon sourire reste accroché à mon visage, comme les étoiles le sont dans le fond de mon regard quand je pense à elle, à mon aile, à mon Neil.

 

Tout a changé autour de moi, mais pas encore à l’intérieur. Comme si mon corps se mettait machinalement en mouvement, pour aller affronter la longue file d’attente à la poste, dans la recherche fastidieuse du bon bus, dans les allées encombrées du marché...

Je suis à Calcutta, car je dois y être physiquement. C’est là que se profile la dernière courbe de ce voyage qui s’achèvera bientôt. Déjà. Après demain, un nouvel avion m’emmènera plus loin encore. Loin de mon île, et loin de l’Inde qui m’accueille depuis cinq mois. De nouveau, je vais changer de décor, de couleurs, de sons. Où sera mon esprit quand mon corps atterrira à Bangkok?

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Dimanche 25 mars 2007 7 25 /03 /Mars /2007 10:01

 

Andaman, Port Blair, 25 Mars (bon anniversaire papa, bon anniversaire de mariage, aussi.)

 

Il est 17h45. Les premiers clients n’arriveront pas avant 18h30, mais il y a des commandes. L’équipe peut donc commencer à se préparer tout doucement, shanti shanti*. Eplucher des pommes de terre, des oignons et de l’ail. Couper des tomates en rondelle, des aubergines en cube, des papayes en quartier, de la noix de coco en miettes... on vérifie que les pots d’eau soient bien plein, on fait de la place sur le plan de travail branlant en aggloméré. 

Dani remplit les trois petits feux de pétrole, enfin deux seulement car le troisième ne sert jamais. Je n’ai toujours pas compris pourquoi, il serait pourtant fort utile. Mais non, ce soir encore il faudra jongler entre deux brûleurs qui ne cesseront de cracher leurs flammes bleues, et cela commence dès à présent. Dani met de l’eau à chauffer; on a toujours besoin d’eau chaude. Pour le chai, pour les nouilles, pour le dhal*...

Pendant que Dani s’affaire dans la cuisine, Bishu a fini de préparer le barbecue. Il a rassemblé un tas de feuilles de bananier séchées, il n’y aura plus qu’à craquer une allumette tout à l’heure. Bientôt. Il a été chercher les produits frais au frigo, chez lui, à 100 mètres de là. Le gingembre et l’ail mixés, chacun dans sa petite boîte en plastique transparent, le “fromage”* et les poissons qu’il a ramené du marché il y a à peine quelques heures. Puis il se met à préparer des chapattis. Il emmène la farine de blé, une bouteille de coca remplie d’eau, un ramequin de sel et sa petite planche de bois ronde et usée. Il s’installe à côté de la cuisine, assis sur la bâche en plastique. Les chapattis, c’est Bishu qui s’y colle et ils sont bons et beaux, ses chapattis, à Bishu. Après ça, il se prendra surement un petit verre de whisky avec un bidi. Et puis il dormira peut être un peu, les mains encore enfarinées.

Subrat, à cette heure, a fini de balayer le sable du restaurant, rebouchant les trous que les nombreux chiens de la famille ont fait pour trouver un peu de fraîcheur. Il a ajusté les chaises, passé un coup de chiffon sale sur les tables, oublié encore une fois de vider les cendriers. Puis il passe voir comment les choses vont en cuisine, jette un coup d’oeil au cahier de commandes, se met d’accord avec Dani dans la mesure du possible, et se rend dans sa chambre-observatoire pour taper du bout des pieds sur des petites pelotes de laine qui pendent du toit de palme. Je le vois couché sur le matelas qu’il s’est cousu il y a quelques jours, avec son carnet de dessin sur les genoux, un feutre dans une main, un bidi dans l’autre. Le pied droit tapant irrégulièrement dans la boule de laine marron.

Il aurait encore une fois, j’en suis sûre, eu un sourire intriguant et doux en me voyant rentrer dans sa chambre et m’assoir à côté de lui sur la natte. J’en suis sûre, mais ce soir je ne verrais pas le sourire de Subrat. Dans ma chambre en béton, sous l’air brassé d’un ventilateur, à voir dans les traces de saleté sur le mur en face de moi une forme de pokemon tordu de rire, je me sens bien loin de mon green heaven. Hier encore j’étais plongée dans l’action, ce soir mes fesses s’engourdissent sur un matelas. Je les imagine, j’essaie de les imaginer. Je revois leurs gestes, les uns après les autres, puis je revois les miens. Je revois l’équipe efficace que nous étions devenus à force d’efforts communs, de complicité, de responsabilités partagées. J’ai découvert que je pouvais avoir ma place là où je n’aurais jamais imaginé vouloir et pouvoir la trouver.... le restauration.. la restauration au milieu de l’océan indien dans une cuisine en bambou.

Aujourd’hui, c’est dimanche. Cela faisait bien des mois que dimanche ne voulait plus rien dire, mais aujourd’hui, c’est bien un jour où je ne travaille pas. Et cela me manque. Si je pouvais, sans ces histoires de permis, de visas, de frontières, je retournerais dans mon paradis vert. Dans mon équipe. Dans ma famille.

Je gérerais les commandes, et Subrat sourirait encore de me voir tenir tête à Dani, en essayant d’expliquer que les gens souhaitent en général manger un pudding mangue-coco à la fin du repas, et pas en même temps que leurs langoustines. Sacré Dani. Forte tête, mais gros coeur...

A mon tour ce soir d’avoir le coeur gros.... l’expérience se termine, pas parce que je le voulais, personne ne le voulait vraiment. J’ai été foutue dehors parce que je n’ai pas le droit de rester. Et dans les regards, ce matin, il y avait toute la lourdeur d’une réalité que l’on avait tous oublié. Ce matin, je suis redevenue une étrangère dépendante d’un bout de papier signé dans un bureau ventilé quelque part, loin, bien loin de mon Neil. J’ai repris mon statut de voyageuse solitaire, celle qui passe anonyme, celle qui survole, celle qui ne s’attache pas, tout au moins pas trop.

Le tourbillon du voyage me reprend, brutalement, sans autre préambule que cette chambre triste de Port Blair. Demain, il me plongera dans les bouillons de Calcutta. Comme Dani plonge les frites dans l’huile.

Le voyage reprend, pour je ne sais où. J’ai encore une journée pour prendre une décision, pour que les eaux cessent d’être aussi troubles, pour que je comprenne où le courant veut me porter dans les jours qui viennent, dans les mois qui viennent.

 

 

 
 

 

 

 

 

 

* shanti shanti: tranquille tranquille, en Hindi dans le texte sinon ça faisait vraiment trop redondant.

* dhal: si j’ai bonne mémoire, je l’ai déjà dit. Mais si je me trompe: dhal = lentilles corail en sauce. Y’aura un article sur des recettes un jour. Peut être.

* fromage.... sorte de vache qui rit fondue...

 

** quand j’ai fait mon stage ingénieur en tant que responsable crudités...

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Dimanche 25 mars 2007 7 25 /03 /Mars /2007 09:58

Tu es de ma famille

Andaman, Neil Island,

 

Cela avait été comme un accord tacite entre Subrat et moi quand j’ai quitté Neil Island il y a un mois. Si je décidais de revenir, je lui donnais un coup de main dans son resto. Et parce que je suis revenue, bien plus vite que prévu, j’ai tenu une promesse qui n’en était pas vraiment une. Ce retour sur mon île a été une tranche de voyage que je n’avais jamais encore expérimenté. Subrat m’a tout de suite fait confiance, on se connaissait déjà bien à force d’heures à parler de ne vies, de nos rêves. On s’est compris. J’ai vu en lui un songeur soucieux du détail, il a vu en moi le goût de l’initiative. Je lisais dans ses yeux des rêves d’avenir meilleur, il voyait dans les miens la volonté de changer le présent. Il est vite devenu mon confident, et moi sa conseillère... et réciproquement. Mais Subrat et moi, c’est bien plus que ça. Il est mon frère, tantôt le grand, attentionné et protecteur, tantôt le petit capricieux à remettre sur les rails. Parfois, il entre dans ma hutte, pour discuter un peu, pour fumer, pour ne pas être seul. Je l’entend arriver, car il porte toujours sur lui une petite radio grésillante. Radio Jankhar. Sa station préférée, surtout le dimanche parce qu’il y a une émission où les auditeurs peuvent s’exprimer. Il aime écouter les gens parler de leurs idées, de leurs sentiments, de leurs craintes. Il aime parler, aussi, et le jour où il aura un portable, il téléphonera lui aussi pour dire ce qui lui passe par la tête. En attendant, quand il le souhaite, il vient me voir. Subrat n’est pas le genre d’indiens que le croise tous les jours. Il a une sensibilité touchante, quelque chose de secret et de profond dans le regard, quelque chose comme une souffrance d’hier transformée en sagesse présente. Ses gestes sont lents et gracieux, presque efféminés parfois. Un coeur trop grand, dans un corps trop fragile... Subrat déborde d’émotivité, presque autant que moi. Quand il ne peut l’exprimer autrement, il dessine. Sur un bout de carton, une feuille du carnet de notes, sur une serviette en papier ou ce qui lui tombe sous la main. Quand je n’étais que cliente du resto, et que l’on se perdait en longues discussions alors qu’il me préparait ma note, il dessinait à côté de ma commande. Le visage d’une femme, brune aux cheveux noirs, les yeux perdus sur l’horizon. En découvrant ses dessins, je n’y ai vu que de l’amour. De l’amour pour son île, qui l’a accueilli il y a maintenant 8 ans; il aime en reproduire la beauté sauvage, la simplicité d’une hutte bordée de cocotiers, l’enchevêtrement mystérieux des racines de mangroves à marée basse. On voit sur ses dessins la lune, des oiseaux lointains, une eau calme, une atmosphère romantique. Et on y voit souvent un couple silencieux, elle a la tête posée sur son épaule, il l’entoure d’un bras. Ils ne se parlent pas, ils s’aiment. Ses coups de crayons évoquent un amour que bien des indiens ne connaissent pas, ne connaîtront jamais. L’amour des longues promenades main dans la main, des fleurs que l’on s’offre en cachette, des baisers dans le cou. L’amour qui n’a besoin ni de dotes, ni d’accord parental pour s’imposer, de lui-même.

Subrat sait ce qu’est cet amour là. Il le connait bien, il sait aussi à quel point cet amour peut faire souffrir quand un jour il décide de s’échapper. Pour lui, ça a été le jour où sa belle lui a annoncé qu’elle était promise. Textuellement, promise à un homme du village par ses parents. Et si les moeurs évoluent dans les classes aisées des villes modernes indiennes, on ne refuse pas le mariage arrangé par ses parents dans un village sur une île de 30 kilomètres carrés. On ne se fait pas de promesses de s’enfuir un soir de pleine lune en maudissant la tradition.... ils ont accepté. Accepté de ne plus se voir, de ne plus s’échanger de paroles ni même de regards, accepté de devenir des étrangers qui vivent dans deux maisons voisines. Et cet amour a disparu du quotidien, sauf dans les yeux et les croquis de Subrat où il persiste, s’ancre, s’encre.... ne lui dites pas que son histoire est triste. Il vous répondra que c’est la plus heureuse qu’il lui ai été donné de vivre. Il a connu l’amour.

“Subrat mon frère”... quand je t’ai dit cela pour la première fois, tu m’as dit oui en soutenant mon regard. Pour m’en dire davantage, mais sans les mots.

Quand je t’ai serré dans mes bras, au milieu de ta famille, le matin de mon départ, j’ai eu peur de te briser. Je t’ai senti fragile, mais je me sentais forte pour deux. Subrat mon petit frère, je vais revenir bientôt. Je ne sais pas quand, mais je reviendrai.

Il y a quelque chose de beau, dans une famille. C’est qu’on l’emporte toujours avec soi, aussi loin que l’on puisse aller. Que le temps ne l’efface pas, même si on a parfois le sentiment qu’il l’effrite.

Je ne peux oublier ma famille en France, je ne peux oublier ma famille sur Neil.

La maman de Bishu, qui tous les matins, après avoir cueilli les fleurs qu’elle disposera sur son petit coin de prière, près de la photo de son mari décédé, passait sa tête par la porte de ma hutte pour voir si je dormais encore. Puis elle me parlait, de longues minutes, en bengali. Souvent, on se comprenait quand même. Le matin où je suis partie, elle n’est pas venue. Il y avait deux fleurs posées devant ma porte. Mira et Babelu, les enfants de Bishu, sont venus, eux. Mira me regardait tristement. Elle avait mis le bracelet en bronze et coquillage que je lui avait offert la veille. Elle restait silencieuse, comme toujours, mais ce matin là, ce n’était pas le même silence. Bishu m’avait dit, le jour d’avant, qu’il ne fallait pas que je parte. Emly, you, no go. Emly (transcription phonétique...), c’est le nom d’un fruit en bengali. Un fruit acide et sucré. Dani ne disait rien, comme d’habitude, mais je le connais bien. Il a autant envie de me voir partir que moi-même. Il était là, et c’est ça qui est important.

Sanjay, qui est toujours si discret, était là aussi. Il est venu m’accompagner à la jetée. C’est terrible d’avoir quelqu’un à qui faire des signes quand on largue les amarres. Prends soin de toi, Sanjay.

Prenez soin de vous tous, prenez soin de vos rêves, prenez soin de Neil. Je reviendrai vous voir bientôt.

 

 

“tu resteras comme une lumière, qui me tiendra chaud dans mes hivers; un petit feu de toi qui s’éteint pas” (Goldman)

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Mardi 20 mars 2007 2 20 /03 /Mars /2007 10:01

Message de la chance

Neil Island, le 20 Mars 07

 

Quand ce foutu message internet que Stéphane m’a envoyé il y a une dizaine de jours disait que l’opposé de mon voeu allait se réaliser si je ne suivais pas les consignes à la lettre, je l’ai pris à la légère. Bien sûr. Mais en essayant toutefois de faire le maximum pour les suivre. Bien sûr... Ceci dit, comme c’est le genre de mail qu’il faut lire attentivement, répondre à des questions en les notant sur un papier et tout ce qui s’en suit, j’avais décidé de prendre le message sur ma clé usb pour le lire tranquillement dans la piaule de la guest à Port Blair. Au fur et à mesure de la lecture, quand je m’appercevais de ce que je devais faire pour que mon voeu se réalise, je comprennais que ça ne serait pas facile. Comme tout le monde, j’avais envie que mes voeux se réalisent... mais là.... envoyer le mail à 10 personnes dans l’heure et en parler à 10 autres.... il me fallait retourner au cyber café à 20 minutes de marche de là, affronter une connexion lente et un réseau capricieux, tout ça en moins d’une heure alors que la nuit commencait à tomber et que j’étais toute contente de rentrer me poser enfin... j’ai filé vers internet, avec la stupide idée d’essayer de trouver un cyber plus près, et en perdant 20 bonnes minutes à croire que ces indications que me donnaient les gens ne pouvaient être que bonnes. On ne se refait pas, je suis encore du genre à être un peu naive, parfois.

J’atteins finalement le cyber que je connaissais déjà, en sueur, mais soulagée de voir qu’il y avait un ordinateur de libre. Il me restait 10 minutes, j’alluma l’ordinateur -évidemment, chose rare, il était éteint- et pris mon mal en patience de longues minutes avant d’avoir accès à ma boîte mail. Passer d’un mac boosté à un vieux pc poussiéreux au processeur fatigué me rend plus impatiente encore. Et qu’est-ce qui me disait que l’heure qu’affichait mon mac et celle de cet ordinateur était les mêmes? Tout me disait plutôt le contraire... et cette foutue connexion... il était moins une quand j’ai cliqué sur “envoyer”, mais c’était sans compter le retour presque immédiat du mail à cause d’un problème de synthaxe dans les adresses.... j’y ai mis toute mon énergie mais non, décidémment, quelqu’un avait décidé que ce mail ne devait pas partir, me laissant moi et mon voeu impuissant devant l’écran d’ordinateur.

En voyageant, j’ai appris à faire des voeux. À les formuler correctement et sans ambiguité, à leur donner un sens plus profond que celui dicté par le caprice...

Cette fois encore, à la lecture amusée mais soigneuse de ce mail, je n’ai pas souhaité devenir riche. Je n’ai pas souhaité être à la une des journaux, ni gagner à la loterie. J’ai juste demandé à y voir plus clair sur ce qui m’attendait pendant ces prochains mois. Je pensais avoir déjà une bonne idée alors, compte tenu du ras le bol de trimbaler mon sac, je me voyais bien dans une petite maison perdue dans les campagnes françaises, à essayer de convaincre les éditeurs de me publier. Une petite vie tranquille auprès d’une cheminée pour les soirs d’hiver.

Mais comme je ne me fie jamais aux conclusions hâtives que je peux prendre quand je suis dans un état de fatigue trop prononcé, j’ai quand même fait le voeu d’y voir plus clair. Puis je suis retournée sur Neil Island, pour reposer mon sac à dos au fond d’une hutte, loin d’internet, et surtout loin de ce futur que je voudrais parfois tant connaître. J’ai oublié mon voeu. Et de toute façon, avais-je réellement besoin de savoir ce qui semblait déjà clair dans mon esprit? Bientôt, je retournerai sur le continent, je prendrai un avion à Calcutta pour Bangkok, et je profiterai des quelques semaines qu’il me reste pour aller faire un tour au Cambodge. Et puis terminé, je me voyais déjà remballer mes affaires pour de bon, et sauter soulagée dans l’avion de l’austrian airlines pour Paris.

Que nenni...... voilà que 10 jours ont passé. Voilà que mon voeu me revient à l’esprit en même temps qu’il me faut penser sérieusement à mon départ de l’île. Est-ce que j’y vois plus clair maintenant?

Non... au contraire. Comme ce foutu message me l’avait prédit, non seulement je n’y vois pas plus clair, mais j’ai aussi l’impression que mes sages plans initiés dans un état de fébrilité ont été bousculés par une petite île pourtant si tranquille....

J’en avais marre de voyager, mais pas marre d’être ailleurs. Je me sentais si loin de chez moi, et voilà qu’un nouveau chez moi se présente.

C’est la première fois que je reste aussi longtemps fixée à un endroit. La première fois depuis que j’ai commencé à voyager que j’ai envie de rester ... parce que je m’y sens bien, utile, équilibrée; j’aime cette vie simple et paisible, j’aime les chants des femmes et les souffles des coquillages qui s’élèvent des maisons au coucher du soleil, j’aime les nuits noires et mystérieuses qui s’alternent aux journées scintillantes, j’aime les gens profondément accueillants et généreux...... j’aime tout ce que Neil est maintenant, et j’ai en horreur ce qu’elle risque de devenir... inévitablement...

Tous mes plans sont chamboulés.. pourquoi ne pas rester ici, enfin revenir ici après avoir fait les démarches nécessaires?  Pourquoi ne serait-elle pas ici, ma petite maison dans les campagnes?

Il y a trop de pour, il y a trop de contre... il y a trop d’émotions et d’incertitudes, trop de passions et d’enjeux...

Putain de message... encore une fois, je sais plus où j’en suis... si j’avais su, j’aurais finalement fait le voeu d’être riche. Avec ce qu’il me reste sur mon compte, le contraire n’aurait pas beaucoup modifié ma situation...

 

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Samedi 17 mars 2007 6 17 /03 /Mars /2007 15:32

 

Coconut fish

Neil, le 17 mars 07

 

Ils ont choisi le red snapper à 120 roupies dans la bassine, et ils le veulent avec la sauce coconut dont Subrat seul a le secret. Enfin maintenant, Subrat et moi. Je prends la commande, en demandant à Bishu de m’éplucher des patates -3 grosses- pour les frites. C’est parti. Le snapper est énorme, bien 2kg je dirais. Je le pioche dans la bassine en plastique, au milieu des thons, khukari ou barracuda ramenés du marché. Je rince rapidement le poisson au dessus des autres, et le pose sur la table branlante qui sert de planche à découper dans le cuisine. Planche à découper, à stocker les légumes, à rouler les chapattis ou à dresser les assiettes. À vrai dire, c’est le seul et unique plan de travail exploitable, et je me m’empresse de réserver les centimètres carrées qui me seront nécessaires pour la préparation du poisson. Je recherche le couteau qui coupe bien, celui qui a la lame toute fine et déformée tellement il a servi. Quelques entailles dans la chair fraîche, et je prépare la marinade pour la papillote. Masala, gingembre, ail, sauce soja, citron et un peu d’huile de palme. Tout est à disposition près de moi, et il me faut quelques minutes pour que la mixture soit prête. J’enduis le poisson, remplie les entailles et les entrailles, demande à Mitoun de me passer le papier alu car mes mains sont aussi marinées que le snapper. J’ai vite appris à m’adapter aux habitudes d’une cuisine indienne, et vu la pauvreté en couverts, j’ai compris qu’il était plus intelligent de se salir les mains plutôt que de salir les cuillères. C’est vrai que sans robinet, il faut gérer l’eau et je me rends compte à quel point elle peut faciliter la vie, mais aussi à quel point elle file quand elle est courante...

Je refile le poisson emballé à Bishu, c’est lui qui gère la cuisson et l’entretien du feu. Moi, je n’ai pas de temps à perdre. Je lui demande également de me préparer la noix de coco pour la sauce, il peut faire ça en surveillant le feu. Découper la noix, la gratter avec ce qui ressemble à une sorte de chausse pied, c’est un boulot de mec. Moi, je veux bien mettre la chair dans un bol et la recouvrir d’eau pour avoir le lait de coco. Sinon, il y a des légumes à éplucher pour les autres commandes.

Les légumes sont accumulés dans des cartons, sur la terre mélée de sable qui recouvre le sol. Quand je plonge ma main pour attraper quelques tomates, il n’est pas rare qu’elle s’enfonce dans un agglomérat de moisi visqueux. Je rince mes doigts, et les tomates en même temps, dans une casserole d’eau posée sur la table. Je rince le couteau, par la même occasion. L’eau est trouble, mais tant qu’on a pas une couche de graisse sur les doigts quand on les trempe dedans, on ne la change pas. Je pousse ce qui traîne sur le bout de table, et commence à découper les tomates. En rondelles d’abord, que je met de côté pour les green salads*, puis en dés pour le shakshuka. C’est un truc israelien pas mauvais du tout. Dani est aux fourneaux, et jongle avec dextérité entre les différents plats en commande. On a du monde, ce soir, et ici l’art culinaire consiste à optimiser au mieux l’utilisation des deux feux à pétrole. Et ça, quand Subrat n’est pas là, c’est Dani qui gère. Et depuis quelques jours, Subrat a des problèmes d’estomac. N’y connaissant rien, je préfère éviter tout diagnostic (comment se fier à l’avis de quelqu’un qui traîne des bestioles dans le ventre depuis 3 mois sans rien faire...) et la meilleure chose que je puisse faire pour l’aider est de lui permettre (le forcer) de se reposer. Je rejoins le navire qui, comme tous les soirs à la fin du service, semble aller s’échouer sur une plage couverte d’épluchures, de bouteilles en plastique et de chicken masala, après une traversée mouvementée.

Dani m’appelle. Il ne tourne pas autour du pot quand il veut quelque chose, pas le genre d’individu à se fondre dans des politesses inutiles et inappropriées. Il vient de finir terminer les deux thalis pour le couple de la table en bambou. J’aime pas faire le service, mais ce soir, Malik n’est pas là non plus. Il joue des percussions pour une pooja* dans une maison du village. Dani ne parle quasiment pas anglais; quelques mots, en tout et pour tout. Quand il sert, il n’est pas rare que les clients se retrouvent avec de la sauce tomate après avoir demandé une bouteille d’eau minérale. Et pour couronner le tout, bien qu’il ait un coeur énorme, aux premiers abords il a plutôt une allure à faire peur.. alors j’y vais. Tikhe, tikhe, que je lui réponds. Ok. Je trempe mes mains dans la même gamelle d’eau, puis les essuie sommairement au morceau de tissu gras et noir qui pend sur une traverse de bambou au dessus de nous. Sommairement, car je j’essuie trop fort, mes mains deviennent tout aussi grasses et noires, ce qui n’est pas idéal pour aller servir des assiettes. Même en Inde. Alors je finis le travail sur mon pantalon bouffant qui ce matin encore était beige, et qui ce soir comme bien souvent, finira à tremper avec du détergent...

J’apporte les assiettes au couple ravi de voir enfin la commande arriver. La préparation prend du temps,  mais généralement les gens sont récompensés de leur attente parfois très longue...

D’ailleurs, pas de temps à perdre, la commande suivante est en cours, et mon snapper bientôt cuit. Je termine d’éplucher les légumes en cours, et attaque ma sauce. Si Dani veut bien me libérer un des deux feux, ce qui me vaut bien souvent d’aligner des arguments auxquels il ne répond jamais. Il est comme ça, Dani. Mais là, j’ai respecté l’ordre des commandes comme il faut et Bishu est en train d’enlever le snapper de la grille du barbec. Je récupère le wok qui a servi à faire le fried rice, un coup de spatule pour décrocher les grains de riz et les oignons carbonisés qui sont restés au fond, et le voilà prêt à resservir. Il n’a pas vraiment eu le temps de refroidir et la louche d’huile que je dépose est très vite brûlante. J’y jette une petite poignée de graines de moutarde et des feuilles de kurupathi. Un peu d’ail, d’oignon, et beaucoup de mouvements souples du poignet pour que le tout ne brûle pas. Jusqu’à ce que les graines s’ouvrent, et là, je rajoute le lait de coco. Terminé. Il n’y a plus qu’à enlever le papier alu du poisson pendant que ça mijote à gros bouillons. Je prends une assiette, la frotte sur mon tee shirt, et y retourne le poisson dénudé. Pas du côté où la peau est restée collée sur l’alu. La sauce est prête. J’empoigne le wok brûlant avec un morceau de chiffon, trempe un doigt dans la sauce pour vérifier l’assaisonement, et en recouvre totalement le poisson. Quelques feuilles fraîches de kurupathi, une rondelle de citron, et il ne me reste plus qu’à trouver une fourchette dans le petit pot accroché sur le mur. Les frites sont prêtes aussi, Dani les a sorties de leur bain et jetées dans le papier journal disposé au fond d’un large panier. Une assiette, c’est une poignée de main. Les frites sont brûlantes, mais on a pas d’ustensile plus pratique que la main pour servir rapidement la juste quantité. Elles sont bonnes, les frites de Dani. Depuis que j’ai réussi à le convaincre de ne pas les cuire trop pour qu’il reste un peu de pomme de terre à l’intérieur, elles sont vraiment bonnes. Elles me rappellent les frites de la brasserie La Vignette à Linselles. J’apporte l’assiette, débordante de sauce, de laquelle dépasse l’énorme poisson. A chaque fois, c’est la même réaction. Les gens sont déjà satisfaits rien qu’à l’allure, et je sais que quand je reviendrais à la fin de leur repas, ils m’avoueront s’être régalés à s’en gaver... ça marche à tous les coups, avec la coconut sauce de Subrat.

Je retourne vite fait en cuisine, même si on a plus beaucoup de travail. J’en profite pour piquer quelques frites au passage, et commencer à nettoyer tout doucement. Mettre la vaisselle sale dehors, remettre les sachets d’épices ou les boîtes de lait en poudre à leur place, passer un petit coup de chiffon sur le plan de travail débarassé. Je vérifie le cahier de commande, tout est en ordre et Dani, en train de finir la cuisson de fried noodles, affiche déjà un semblant de sourire de celui qui a terminé ses devoirs. Le pétrole brûle encore quelques minutes avant de s’épuiser, la cuisine retrouve un peu de calme. On se prend une assiette, j’appelle Bishu, un peu de riz, et du vegetable curry qui reste. C’est notre petit moment à nous, on ne s’éloigne pas de la cuisine car on peut venir nous demander un chai ou une infusion au gingembre, mais le gros de la tempête est passé...

La cuisine ressemble à un champ de bataille baigné dans la graisse. Tout est imbibé d’huile, des plats sales traînent sur le sol, les chiffons sont en boule sur la table. On entend plus que la musique et les cliquetements des couverts de ceux qui terminent de manger. Quand les deniers roupies se sont echangees, que tous les clients sont partis, alors on a enfin notre moment a nous.  Bishu sort le whisky. ‘”action!”. On s’installe dehors, autour de la table pres des hamacs. Subrat nous rejoint et notre soiree se terminera tranquillement autour d’un verre, silencieux, parfois souriants, parfois endormis. Bishu et Dani rentrent chez eux, je partage un dernier petard avec Subrat avant d’aller moi aussi me coucher. Une autre longue journee nous attends demain……

 

 

 

 

* green salad: tomates, oignons, concombres. Pour les non avertis, la salade verte que l’on trouve sur les menus indiens est un leurre. Une publicité mensongère.

* pooja: rituel de prière hindou

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Samedi 10 mars 2007 6 10 /03 /Mars /2007 15:29

Une cabane au fond du jardin

Neil Island, le 10 mars 07

 

Je pensais retrouver mon Niel aussi calme que quand je l’avais quitté, mais c’était sans compter le débarquement de 40 personnes venant de Havelock* qui avaient déjà inondé les trois petites guest houses de l’île. J’ai le choix entre l’option hamac, et celle d’aller taper à la porte du Green Heaven. Subrat m’avait proposé de venir loger là, il a une petite hutte près de son restaurant. Alors je n’hésite pas bien longtemps, et remonte dans le rickshaw en saluant l’équipe bien sympathique du Tango. Subrat m’accueille à bras ouverts. Malik, Bishu et Dani sont là aussi, personne n’est vraiment surpris que je sois revenue si vite. Mais la hutte n’est pas libre, trois personnes sont déjà installées dedans. Subrat m’assure qu’en lui laissant 30 minutes, il me préparerait une autre hutte qu’il utilise pour le moment de débarras. Au fond du jardin, près du fût bleu qui sert de salle de bain et de la gouttière de métal qui sert de toilettes. Elle a été une chambre un jour, alors elle peut bien le redevenir. Le résultat est parfait, et connaissant déjà bien Subrat, ça ne me surprend pas. En rentrant dans ma nouvelle hutte, je comprends tout de suite que je n’y resterais pas de manière temporaire... ça sent le chez moi à plein nez, ce chez moi qui me manque tant, peut être encore plus maintenant que je n’en ai plus du tout... une petite table et deux demi- chaises en plastique, une étagère en bambou et une planche de bois réhaussée en guise de lit. Je dépose mon sac à dos sur un morceau de tissu, et un autre me servira à m’essuyer les pieds avant de grimper sur mon lit pour éviter de mettre du sable dans mon drap. Je reste un peu perplexe devant cette planche qui me semble bien dure, j’y déplie mon drap soigneusement pour lui donner davantage de douceur, bien résignée à me satisfaire de ce dont mes hôtes et amis peuvent se satisfaire. J’ai envie de m’installer. Envie d’éventrer mon sac à dos, de lui vider les tripes et de l’abandonner dans un coin; j’ai envie d’oublier de nouveau que je suis quelque part sur une route dont je ne connais pas la direction, envie d’oublier ces questions que je me pose et ces foutues réponses qui ne viennent toujours pas.

Cet endroit est parfait. Je m’assieds sur mon hamac, je regarde autour de moi, le paysage a cessé de défiler.

Par manque de force, par facilité, j’ai fait le choix de retourner sur Neil Island. Mais à cet instant précis, les deux pieds carressant le sable, je sens que quelque chose m’a appelé à revenir ici. C’est rare que mon intuition me trompe dans ce genre de situation, et sans vouloir en savoir davantage, je m’abandonne avec confiance au balancement du hamac, au balancement de la vie. Si le voyage m’a défait, ça n’est que pour me permettre de me refaire un peu mieux. Je suis là où je dois être et rien d’autre n’a plus d’importance.

Je fume un pétard. Le pétard de la paix avec moi-même. Mon regard se perd dans les feuilles de ces deux neem trees qui me portent, dans le bleu éblouissant du ciel, puis s’éteint doucement. Abrutie par la chaleur et la fumée, je tombe dans un sommeil paisible et profond.

 

Il y a des vagues turquoises et des coquillages qui s’échouent sur le sable par milliers; il y a des chiens errants et des vélos rouillés, des noix de coco qui sèchent et des mangues qui murissent. Il y a une école avec des bancs de bois, des prières qui résonnent à la tombée du jour; il y a des vieux qui se retrouvent au pied du banian et des enfants qui achètent des glaces à l’eau.

Et quelque part, au fond d’un jardin, à l’ombre de neem trees, il y a une cabane en bambou.

 

 

* Havelock: île voisine, la plus touristique

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Jeudi 8 mars 2007 4 08 /03 /Mars /2007 15:20

On pense qu’on va faire un voyage...

Port Blair, Andaman, le 8 mars 07

 

C’est bien ce que je pensais, moi aussi. Je m’en vais faire un voyage, et puis je reviens. Comme quand on va faire des courses. On pense qu’on va simplement se promener dans une forêt de rayons de supermarché, et qu’on ne mettra dans son caddie que les choses que l’on a choisi. Certains se préparent une liste de course, alors que d’autres errent dans les allées et laissent agir leur inspiration.. on repars tous avec nos sacs en plastique, remplis de tout ce qu’il nous faut pour vivre avant de devoir retourner faire le plein.

Moi je suis partie faire un voyage comme ça. Avec déjà en tête une petite idée de ce que j’avais bien envie de ramener avec moi, dans mes petits sacs. Un avenir tout tracé, trois paquets de confiance en moi, et un peu de rêves car il y en a souvent qui traînent en promotion dans les têtes de gondole...

 

Je suis partie une première fois. Faire mon premier voyage. Sans savoir ce à quoi je pouvais bien m’attendre. Le regard neuf, tous les jours et sur toutes choses, m’a développé une curiosité à toute épreuve; celle-là même qui est capable de trouver en toutes circonstances une nouvelle occasion de s’étonner, de s’amuser, de comprendre.... celle qui pousse à refaire son sac, non pas pour quitter un lieu mais bien pour aller en découvrir un autre; celle qui entraîne à errer de longues heures durant dans l’inconnu et qui se nourrit des différences. J’étais comme une gamine à qui on laisse carte blanche dans un magasin de bonbons. Je suis revenue malade de liberté, vomissant d’assurance, les dents pourries d’arrogance..... en pleine crise de foi....

Tout avait été si parfait, ce premier voyage est celui que tout le monde rêve de faire. Celui qui remplit, celui qui grandit, celui qui répond aux questions qu’on se posaient ou pas, celui qui fait qu’on se sent tant vivant. Celui qui fait, tout court. Les difficultés ont un goût de challenge et d’aventure, et de toute façon, tout n’est qu’expérience...

 

Second voyage. Je savais avant de partir que je passerais ma première nuit dans une chambre pourrie. Je savais aussi qu’il me faudrait alors attendre longtemps avant de dormir dans une chambre qui ne l’est pas. Je savais que l’eau serait froide, que je me laverais au savon* avec un seau et un broc en plastique et qu’il n’y aurait pas de chasse d’eau. Je savais qu’aller d’un point A à un point B ne serait pas aussi facile qu’il ne l’est de le dire, et que bien souvent, ça serait éreintant. Je m’attendais déjà à ce que la nourriture me rende malade un jour où l’autre, ou au mieux ne finisse par m’écoeurer. Je savais que parfois on rencontre du monde, et parfois non. Même si de temps en temps on en aurait bien besoin. Je savais que les plans étaient sans cesse chamboulés, alors je n’en ai fait que de très grossiers. Je savais.... je croyais savoir....

 

J’avais d’ores et déjà compris que le voyage faisait de moi ce qu’il voulait et que je ne maîtrisais rien. Il m’a conduit vers les rencontres, me mettant un moment à un endroit face à quelqu’un qui allait m’apporter ce dont j’avais besoin, ou m’ôter ce qui ne m’est pas nécessaire. Comme autant de lumières sur mon chemin.

Pourquoi fait-il si noir aujourd’hui? Moi qui, sur une île, m’attendais à trouver un phare... je suis dans l’obscurité la plus complète. Je croyais savoir.....

Je ne fais plus un voyage, je ne suis que son ombre. Je comprends maintenant vraiment cette phrase que j’avais choisie pour introduire le blog....

Non décidément, on ne fait pas un voyage. C’est le voyage qui vous fait, ou vous défait......*

 

Le voyage m’a vaincu, mis à terre, je ne sais plus où je dois aller, ni surtout pourquoi y aller.

Je suis dans cette phase où je n’ai plus ni courage ni envie d’en avoir, ni même de raison d’avoir envie... enfin il ne me reste plus grand chose, si ce n’est ce foutu sac de plus en plus lourd que je traîne. Et le coeur qui l’est tout autant....

 

 

 

* savon, qui a l’avantage non négligeable de ne jamais couler dans le sac. C’est cependant le seul que je vois...

 

* Nicolas Bouvier

 

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Lundi 5 mars 2007 1 05 /03 /Mars /2007 10:01

Les choix

5 Mars, Neil Island

(bon anniversaire Marine, bon anniversaire Christine, bon anniversaire permis moto)

 

 

Ca fait maintenant quatre jours. Quatre jours que je pèse le pour et le contre, quatre jours que le contre gagne à plate couture. Généralement, quand j’ai une décision importante à prendre, moi, je fais des listes. Le pour et le contre d’abord, puis le pourquoi / pourquoi pas, le qu’est-ce que je risque de perdre / de gagner, et si ça suffit pas je demande au plublic ou téléphone à un ami. Là, je me suis contentée de la première liste, et encore, de tête uniquement. C’est pour dire comme parfois les décisions peuvent être faciles à prendre. N’empêche que je me repose la question tous les jours, et plus encore le mercredi et le samedi.  Je me pose la même question à chaque fois que je ramasse des Shiva Eyes*, à chaque fois que je m’arrête au resto-épicerie-tabac-refuge animalier – loueur de vélo du village, à chaque fois que je mange un poisson de chez Chuvrat et que je poirote 1h30 minimum. J’ai le temps d’y penser, à vrai dire je n’ai que le temps de penser à cette foutue décision, mais depuis quatre jours, cela m’obsède... et puis je finis la journée en me disant que pendant de vraies vacances, celles où on ne fait rien, on ne devrait pas avoir à faire de choix cruciaux. Qu’on doive choisir entre le snapper grillé ou la langoustine, entre la plongée ou le tour en vélo, la bronzette sur la plage ou la sieste à l’ombre dans un hamac, passe encore.

Mais là..... c’est trop dur. Ça engage tellement de choses, les conséquences sont si importantes pour mon équilibre.... le pire, c’est que depuis quatre jours, je dois reprendre cette même décision tous les soirs, jusqu’au jour où elle penchera de manière significative vers le pour.

C’était le cas ce matin... le pour devait remporter la victoire, car le matin est plein de sagesse et de raison. Mais les couleurs de la fin d’après midi réveillent le coeur et les passions... alors ce soir encore, le contre a gagné. Non, ce n’est pas encore demain que je quitterai ma petite Neil.... je ne prendrai le bateau pour Port Blair qu’après demain.

 

 

Mais cette fois, c’est mon dernier mot. Pas de rétractation possible, parce que malgrès tout le temps passe et le compte à rebours a commencé le jour où j’ai mis les pieds sur les Andaman. Quand on m’a remis mon permis de séjour pour un mois. Et puis mine de rien, j’ai quand même passé 21 jours sur cette petite île, soit une plaquette de pilules, ce qui est long mais pas encore assez.....

Mercredi, il faudra que je parte. Plus de choix possible, cela devient maintenant nécessaire... Il me faut organiser mon retour sur terre avant que mon permis ne se termine, et au rythme d’un bateau par semaine pour Calcutta, il est temps que je m’en soucie. Quitte à revenir ici après...

Après tout, Neil représente vraiment ce que j’attendais des Andaman et le risque d’être déçue par les autres endroits est trop important... et puis je vais être honnête, j’ai pas envie de retrimbaler mon sac de guest en guest, pas envie de repartir à la découverte de quoi que soit, pas encore...

Non, les Andaman se devaient dans mon contrat initial d’être sans contraintes... en tout cas le minimum, car le passage à Port Blair en est une mais je n’ai pas le choix...

Je vais aller y faire ce que j’ai à y faire, puis soit je reviendrais ici, soit la remise en route dans l’engrenage me donnera finalement l’energie d’explorer un autre endroit... 

On verra bien où les courants me porteront, mais il me reste encore une dizaine de jours sur les îles, quelles qu’elles soient, pour me reposer et m’autoriser de faire un vrai break dans mon voyage qui finissait par m’épuiser, et presque m’écoeurer...

J’en avais surtout assez de courir d’un endroit à un autre, courir après un je-ne-sais-quoi que je n’ai toujours pas atteint. J’avais le choix entre continuer à courir jusqu’à ce que je m’effondre, ou prendre quelques vacances jusqu’à ce que je flotte...

 

 

J’ai trouvé en Neil Island l’endroit idéal pour ce dont j’avais besoin en débarquant du bateau. J’avais besoin de tout ce que voyager en Inde ne pouvait me donner... du calme sans la cire dans les oreilles, de l’espace gratuit, de la solitude sans devoir se cacher ... l’air est pur et toujours parfaitement respirable... la chaleur n’est pas étouffante, les odeurs ne prennent pas à la gorge, ici, on appelle même cela des parfums...

 

 

Quitter Neil, c’est retourner dans une civilisation tout autre, même si celle de Port Blair est encore du niveau cour d’école par rapport à Madras ou bientôt, à Calcutta...  c’est rassembler mes affaires encore éparpillées sur le sol de bambou, vider brutalement tout le moi qui remplit cette petite hutte et tout remettre dans un sac, c’est décrocher les photos et les coquillages des murs, plier le linge pendu dehors, c’est rendre mon vélo et me retrouver de nouveau dépendante d’horaires et de négociations pécunières, c’est la lourdeur après tant de légèreté...

Quitter Neil, c’est fermer les yeux sur un paradis qui ne tardera plus à devenir un enfer si le tourisme se développe comme sur l’île voisine d’Havelock, c’est me dire que quoi qu’il arrive, la prochaine fois que je la verrai, elle sera différente.

Après demain, je remets le pied dans l’étrier. Je reprends la course, mais elle est bientôt terminée.

Je me rassure en relisant les mots de Sai Baba.....

 

 

“Le cheval gagnant ne sait pas pourquoi il court une course.

Il court à cause des coups et de la douleur.

La vie est une course; Dieu est ton jockey;

Alors si tu as de la douleur, pense que Dieu veut que tu gagnes.”

 

 

 

 

 

 

* Shiva Eyes: coquillages tout mignons, qu’on appelle aussi Chand ici (qui veut dire lune en bengali, précision pour Anne Chris la lunophile), ou encore Buddha Eyes en Thailande.

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /Mars /2007 09:58

Les bronzés aux Andaman

2 mars 07

 

 

5h30. Roland, le suisse de la hutte numéro 2, est déjà en pleine méditation. Ses bras détendus reposent sur ses genoux, ses cheveux longs et fins tombent de part et d’autre de son visage et recouvrent en partie son torse dénudé. Il n’est vêtu que d’un dhoti* orange passé et de quelques colliers de perles en bois de santal autour du cou. Ses yeux sont clos et son visage paisible, il se fond harmonieusement dans l’atmosphère encore subtile qui règne sous les cocotiers du Tango. Quand Roland se déplace de sa hutte jusqu’à sa table préférée pour le petit déjeuner, on ne l’entend pas, on dirait que ses pieds glissent en silence sur le sol. Tous les matins, Roland s’installe et attends son porridge sans sucre et son thé sans lait en écrivant son journal. Roland est serviable et discret, il sourit même quand, après 3 semaines au même endroit, il arrive encore que son porridge soit sucré. Il y a toujours une petite place à sa table, en tout cas avant que les israéliens n’envahissent la hutte-restaurant.

Les premiers tombent de leur hamac vers 8h. Ils ont investi deux huttes, mais sont 8 à partager les emplacements. C’est moins cher comme ça. Ils se lèvent doucement, et filent vers les toilettes. Je le sais, car ma hutte est tout près et que même en allant pisser, ils sont pas discrets. Le petit déjeuner a l’air d’être un repas important pour eux, car ils y passent une bonne partie de la journée. Ils investissent les lieux avec leur chillum* et leur nécéssaire à tricoter, des livres en hébreu qui restent toujours clos sur le coin de la table. Le petit trapu frisé a l’air d’être le caïd, il sort son chillum de la poche et démarre le rituel qui durera toute la journée. Il commence par préparer son mélange. Une clope, Gold Flake small size, et du charas* des montagnes qu’il a dû acheter directement là bas. Ou via le réseau inter-israéliens. Le contenu de la cigarette est vidé dans le mix bowl en noix de coco, puis les miettes de hashish y sont mélangées, avec trois doigts de la main droite, minutieusement. Il inspecte la propreté de sa pipe, passe machinalement un petit coup de chiffon avant d’enfourner le mélange dans le foyer. Et puis parce que c’est un chillum et pas une pipe ordinaire, il recouvre avec soin le “bec” avec un bout de tissu. C’est pour éviter d’aspirer le tabac. Bien vu. Pendant la préparation du chillum, les autres sont affalés sur les chaises en plastique, en train de tricoter des champignons hallucinogènes porte briquet. Avec un poche secrète, si c’est comme ceux qu’on trouve à Goa, me précise ma voisine Nathalia du Danemark. J’ai devant moi, à cette grande table tous les matins, l’image en plusieurs exemplaires de l’israélien-voyageur type qui alimente les conversations des autres voyageurs. Ce type de voyageur là ne sourit qu’à ses semblables, ne dit ni bonjour ni merci, se sent partout un peu trop chez lui et fume à longueur de journée. Et tricote des champis de toutes les couleurs.

Martin et Anna, eux, ils s’en foutent. Ils s’aiment, et quoi qu’il arrive, cette île est déserte pour eux. Ce sont mes voisins de hutte, mais eux ils ont la vue sur l’océan. C’est pour ça qu’ils ferment jamais la bâche plastique bleue qui sert de porte. Comme ça, ils regardent le soleil se lever tous les matins, allongés l’un contre l’autre. Ils aiment aller à la plage pour se baigner et faire un peu de plongée, mais pas quand il fait trop chaud. Alors ils y vont le matin de bonne heure, et après ils reviennent à la guest. Martin joue un peu de guitare ou reprend le ponçage de son mix bowl, pendant qu’Anna fabrique des bijoux avec les coquillages qu’elle a ramassé. Mais même quand ils se parlent pas, leur silence est plein d’amour. Parfois, leur sourire inaltérable me remplit encore plus de cafard que le non sourire des israéliens. Faut dire, je suis coincée entre eux et un couple de russes tout aussi touchants de bonheur. Je finis pas fermer ma bâche à moi, et à trouver ma hutte bien trop grande pour moi seule...  il y a beaucoup de couples, qui viennent se faire un séjour romantique sur l’île... la plage de sable blanc, le vent dans les manguiers, le poisson grillé en tête à tête, l’huile de noix de coco à appliquer sur le corps à cause de ce traître de soleil...

Pour Michel et Fabienne * de Toulon, la cinquantaine, ce petit voyage en couple est une nouvelle occasion de se se créer des souvenirs à se remémorer à l’apéro, et de claquer les économies dans le rhum local. Michel, pendant que Fabienne se débrouille seule avec son huile de coco, il l’attend au bar avec une bière. Les israéliens sont encore au petit dèj. Le matin, avant la bière, ils vont faire un peu de plongée, mais y’a rien à faire, la plongée c’est comme le rhum. En Martinique, c’était mieux. Hein qu’c’était mieux? Là-bas, c’était quequchose, hein qu’c’était quequchose? Mais pour eux, c’est bientôt fini, et Fabienne n’est pas fâchée de retrouver son chez soi, et enfin du pastis à l’apéro.

C’est pas comme le couple suédois de 73 ans qui surveille de près son régime. Regate est diabétique, elle rigole en disant que c’est pas toujours évident de garder son insuline aux températures de conservation, en Inde. Ici, le frigo est réglé sur 22 degrés... quand ils ont besoin de quelque chose du marché, ils font appeler un rickshaw pour venir les chercher, mais on est aussi plusieurs à leur proposer de leur ramener ce qu’il leur faut quand on fait le trajet. C’est un peu nos grands parents, ici. Ils ont une sagesse pudique et discrète;  ils ont le sourire généreux et le visage paisible de ceux qui profitent de l’instant qui leur appartient. Ce matin, pour le petit déjeuner, ils étaient coincés entre la table des israéliens et celle de Jenny et son mec dont je n’ai jamais réussi à comprendre le prénom. Pourtant il parle français, mais pour qu’il articule, il faut s’adresser à lui de bonne heure. Avant le premier chillum des israéliens. Et au milieu de toute cette jeunesse barbue et comateuse, notre couple de retraités ouvre comme une brêche de fraîcheur, en buvant paisiblement le thé avec un nuage de lait. Un cumulus de lait.

Jenny est suédoise aussi, je l’ai rencontrée au Rajasthan et je l’ai retrouvée par hasard ici il y a quelques jours. Je suis toujours admirative de voir à quel point le voyage fait se rencontrer des gens qui dans leur pays ne se croiseraient jamais... Regate, 73 ans, propre comme un sou neuf dans sa tunique blanche, écoute avec attention les histoires de Jenny, 24 ans, petite et menue, le visage couvert de piercings et ses cheveux blonds ras. Elle porte toujours les mêmes loques noires qui lui servaient déjà de vêtements au mois de novembre dernier. Mais elles papotent toutes les deux, peut être de la Suède, peut être pas.

Jenny et son mec sont installés dans des hamacs sur la plage. Ils mangent des fruits et du poisson qu’ils achètent au marché et font griller sur la plage. Et sinon, ils fument. Et ils vendent du hashish à qui en veut. Ça vaut le coup, ça se vend super cher sur les Andaman.

Quand Sandrine et Tommy* voient ça, ils sont outrés. Sandrine, ça fait longtemps qu’elle vient en Inde. Elle fait du buisness, des bijoux, des foulards, des conneries comme ça, comme tout le monde. Elle sait parler hindi, elle raffole de la cuisine indienne, et elle sait, elle, comment on doit se comporter en Inde. Sandrine, elle comprend pas que des nanas soient seins nus sur la plage. Si on l’écoutait, il faudrait se baigner en sari. Je me demande ce qu’elle pense du suédois sexagénaire (encore un suédois) qui depuis un mois, travaille son bronzage intégral avec un professionnalisme étonnant...

Il s’installe tous les matins vers 9h30 sur la plage, au niveau de la pointe. C’est là qu’il y a le maximum de temps d’exposition. Il s’est assemblé un petit monticule de sable, en calculant la pente par rapport à l’angle des rayons du soleil. Ça fait comme un cône de sable, sur lequel il se déplace au fur et à mesure que le soleil tourne. Une demie heure d’un côté, une demi heure de l’autre. De temps en temps, il se lève, puis ramasse son masque et son tuba et va rafraîchir ses testicules. Quand il se baisse, vue de derrière, on constate deux petites zones blanches sous les fesses, qui démontrent que le calcul de son angle n’était pas vraiment exact..Quel spectacle pour la faune marine qui doit constater avec effroi les dégâts de la vieillesse sur un corps humain, de la même manière que nous constatons les dégâts d’un tsunami sur les coraux. A chacun sa catastrophe naturelle.

C’est sûr que pour moi personellement, je préfere me rincer l’oeil sur les corps musclés et délicieusement hâlés de ces deux surfeurs portuguais qui viennent de débarquer sur l’île. Autant de neurones que leur planche, mais de loin dans les vagues, le spectacle est assez agréable. Ils viennent de Havelock, l’île d’à côté, celle qui à ce que j’en ai entendu se rapproche de tout ce qui me fait fuir Goa. Ils aiment Havelock, et ils aiment Goa. D’ailleurs ils y retournent après les Andaman. En découvrant la plage numéro 1, la plus belle de l’île, ils ont tout de suite pensé que ça serait un endroit idéal pour la full moon party, on pourrait bien caser 2 à 3000 personnes avec de la transe à donf. Je les ai regardé avec un petit sourire, en leur disant que ça serait top-super-génial si en plus on pouvait avoir du yop. Et ils sont retournés jouer dans les vagues, comme n’importe quel surfeur privé de son cerveau. Euh, de sa planche pardon.

 

 

Il y en a, du beau monde, sur Neil Island.... et ce n’est pas tout; je pourrais vous parler de Miguel et sa petite famille, ils ont fêté l’anniversaire du premier il y a quelques jours. Le deuxième ne naîtra que d’ici quelques mois. Emilie et David, de Narbonne, qui ont presque hâte de rentrer pour commencer les préparatifs de leur mariage en Grèce; José, d’Espagne, qui aime jouer de la guitare mais pas trop fort; l’anglaise arrivée aujourd’hui, déjà pleine de coups de soleil... 

La population touristique de l’île est un peu de tous les types qu’on peut trouver sur les routes en Inde. Un échantillon de chaque genre d’individu, sur une île déserte, il ne manque plus que les caméras, et on peut faire exploser l’audience de Koh Lanta...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* dhoti: si vous suivez bien les articles, vous avez déjà lu la définition...

* chillum: pipe en forme de bilboquet, mais c’est pas une petite balle qu’on doit mettre dedans.

* charas:  hash, brun, shit, 

* les prénoms sont fictifs, pas pour des raisons de confidentialité mais parce que je connais pas les vrais tout simplement.

* ces prénoms là ne sont pas fictifs. Ils se reconnaîtront plus facilement.

Par amelie - Publié dans : Janvier 2007 - Nouvelle annee en Inde
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