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Avril 2010 - Congés payés

Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 00:40

Vendredi 30 avril

 

Ce qui m’a d’abord interpellé, c’est la grosse porte blindée de l’appartement. Bizarrement, j’ai fait le code de l’ascenseur sans y réfléchir vraiment, un pur automatisme mémorisé par mon index droit. Un index n’oublie jamais.

Mais cette porte… je suis restée devant un instant, avant de rentrer la clef dans la serrure.

C’est là que mon voyage se termine. Ce n’était pas chargée de mes sacs dans le tramway stambouliote, ni à l’atterrissage à Roissy, ni même à l’annonce du terminus du TGV à la gare Lille Europe.

C’est là. Le face à face avec cette porte dont j’avais oublié l’épaisseur.

Devant, il y a moi et mon sac à dos, mon pantalon qui se découd et mes chaussures poussiéreuses. Derrière, un frigo et un canapé, une armoire débordant de vêtements, ma brosse à dent dans un verre près du lavabo. Un autre moi.

Entre nous deux, comme pour mieux séparer nos chemins, cette porte.

Après l’avoir franchie, je poserai mon sac à dos comme jamais on ne le pose en voyage. Je l’ouvrirai comme jamais on ne l’ouvre quand on est tous les jours en transit.

Pendant quelques jours encore, le voyage s’imposera dans mon décor. Les vêtements chargés de souvenirs en train de sécher, les livres qui m’ont accompagnés traînants sur une chaise, le Toblerone géant du duty free. Mon passeport restera sur la table ronde, d’abord au centre… puis doucement repoussé sur le bord. Inutile. Près de la corbeille de fruits qui, elle, retrouvera vite sa raison d’être.

Le sac à dos va rapidement devenir encombrant, et reprendra sa place dans l’ombre. Sous le lit. Derrière mon sac de voyage d’affaire à roulettes qui sera bientôt mon compagnon exclusif.

Ce qui restera le plus longtemps, c’est tout ce qui est inclassable. Ce qui n’a existé qu’à un moment donné, à un endroit donné. Tout ce qui, important là-bas, n’a plus sa place ici. Mon petit carnet acheté à Beyrouth, qui a remplacé, le temps de quelques semaines, le petit carnet qui traîne toujours dans mon sac à main ici. Le briquet, pourtant vide, que j’avais acheté à Alep. Le petit lexique anglais – arabe de la guest de Hama. Un bout de ficelle qui m’a servi de bracelet. Un ticket de bus. Une carte de visite.

Et puis une partie finira à la poubelle, l’autre aux oubliettes. Qui ne sont rien d’autre qu’une poubelle à souvenirs.

 

Dans l’immédiat, c’est le décor qui aveugle mon voyage. La moquette qui adoucit mes pas, les rend un peu moins lourds ; elle s’impose à mes pieds fatigués, et j’ôte mes chaussures à coups de talons avant même d’enlever mon sac.

Je retrouve les lieux, tels que je les avais laissés il a un peu moins de trois semaines. Propres. Plus vastes cependant que dans mes souvenirs.

Tout est là, intact. Rien n’a changé, sauf la moisissure qui s’est développée dans la tasse de thé alors oubliée dans l’évier. Comme un témoin de mon absence, et du temps qui ne s’est pas arrêté.

Dans cet appartement, meublé par d’autres que moi, décoré par d’autres goûts que les miens, je ressens ma présence, comme une empreinte fantomatique, un esprit divaguant qui retrouve son corps alors hanté par celui d’un vagabond...

Mon regard parcourt l’espace, aussi curieux qu’il a pu l’être ces dernières semaines, se posant sur des détails, des petites choses sans importance qui avaient disparu de mon quotidien, et dont j’avais oublié jusqu’à l’existence. Le vinaigre balsamique, le gel douche aux fleurs de lotus, le sac pour les déchets recyclables, le paquet entamé de fraises Tagada. Le carnet d’OCB et le pot de tabac belge. Ma carte de pointage.

Une réalité laissée de côté qui reprend ses droits, un morceau de vie qui se reconstitue comme un puzzle que l’on avait défait.

Ça ne dure que quelques minutes. Peut être juste une seule. Sans ni ravissement ni de mélancolie. Un court instant où tout se bouscule, tout se reprogramme, se remet en place. Où tout s’efface, aussi.

 

L’épaisse porte sécurisée est refermée derrière moi.

Je suis de retour. Pour de bon. Pour du bien. Je l’espère.

C’est la fin des vacances… la fin des congés payés…

Ce soir, on est vendredi et je suis en week-end.

 

 

Par amelotour - Publié dans : Avril 2010 - Congés payés
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 18:03

Istanbul,

le 28 avril

 

 

Je ne me remets pas du trajet en bus. Je suis arrivée à l'otogar d'Istanbul pliée en deux, après 18 longues heures de route, et quelques dizaines de minutes de sommeil à tout casser. Il était 7h30 ce matin. Juste le bon moment pour me taper le métro et le tramway bondés, à l'heure où le tout Istanbul se met en branle pour une nouvelle journée de travail. Moi, je vais me coucher. Et ne suis pas vraiment d'humeur pour les bousculades matinales.

Direction Sultanhamet, le quartier de la mosquée bleue, où je retrouve sans difficulté le Metropolis Hostel où j'avais séjourné il y a deux ans. Dortoir complet...

Heureusement, je n'ai pas à chercher bien loin pour trouver un lit disponible.

Il y a 10 lits dans le dortoir, et 4 sont occupés. Je dépose mon sac en silence, et me glisse toute habillée sous les couvertures. Il est 8h30.

A 9h, si j'avais été du genre à tomber comme une masse dans un profond sommeil, j'en aurais été brutalement extirpée par le réveil en fanfare des quatre jeunes minettes qui, manifestement, n'ont que faire de ma présence.

Elles piaillent, gloussent, caquètent, au point que je me demande si je n'ai pas malencontreusement atterri dans le poulailler du quartier.

Parfois, je me dis que je suis devenue trop vieille pour ces conneries.

A 10h, avec les incessants va-et-viens et les portes qui claquent et les séances de maquillage devant le miroir du dortoir, j'abandonne l'idée de faire ma nuit, et sors avec grande peine de mon état léthargique pour attendre mon tour de salle de bain.

Il fait gris et froid aujourd'hui. Et manifestement, je ne vais pas être bonne à grand chose. Avec les 25 euros que me coûtent les deux nuitées à venir, j'ai droit à l'accès à internet.

Grâce à cela, et au message que Lala m'a envoyé, je me suis trouvé un objectif à ma portée: un bon hammam me fera le plus grand bien.

J'y avais bien pensé, mais à vrai dire, l'idée d'aller dans un lieu rénové essentiellement pour l'usage des touristes ne m'enchantait pas plus que cela. La description que Lala m'a faite des hammams du quartier de Laleli me suffit, et je sais aussi que je peux me fier à ses conseils les yeux fermés. Alors je me mets en route.

Trente minutes de marche plus tard, j'en trouve un. Pour les femmes exclusivement. Et ça ne me surprendrait pas qu'il soit justement celui que Lala a elle même expérimenté il y a quelques semaines.

 

Une vieille dame me fait entrer dans une vaste cour, au centre de laquelle trône une petite fontaine desséchée.

Quelques vieux sofas usés recouverts de tapis qui le sont tout autant, un tas de serviettes grisâtres pliées, des sandales en plastique alignées, et une autre vieille dame, assoupie dans un fauteuil près d'une tasse de thé froid.

Autour de la cour sont dressées des sortes de cabines individuelles branlantes en contreplaqué, dans une desquelles on me prie de me déshabiller. Pas avec de longues phrases emplies de courtoisie, mais avec quelques rapides mouvement de mains.

L'endroit pourrait être superbe, avec les pierres voutées du plafond et celles, polies, qui constituent le dallage du sol. Mais tout est vieux et fatigué, comme les deux femmes qui semblent tenir le lieu, et comme l'unique cliente que je surprend à sortir de sa cabine, un bonnet de bain rose sur la tête, et une serviette de la même couleur enroulée autour de sa chair blanche et flasque.

Je m'exécute. Je sors de la cabine, serviette autour de moi, ma paire de sandales en plastique aux pieds, et je suis la vieille dame.

Une première porte, en faux bois qui gondole quand même, trop petite. Un étroit et court passage dans l'obscurité, avant de découvrir une première salle de bains, avec quelques bancs et vasques en marbre blanc rayé de gris.

Nous la traversons, pour en atteindre une autre, plus vaste, entourée elle aussi de bancs et de vasques, et au centre de laquelle trône une large table de marbre de la même couleur.

Les murs sont hauts, décrépis, et sont dominés par d'autres voutes percées de trous qui laissent pénétrer la lumière extérieure en faisceaux brumeux.

Ca pourrait être majestueux, ça pourrait être sordide. C'est quelque part entre les deux.

Il n'y a que moi. Moi et cette vieille dame qui, d'un coup de main étonnemment leste, me retire la serviette pour la pendre à un tube rouillé qui sort du mur.

"Sit. Water.", qu'elle me dit en pointant du doigt une coupelle de plastique rose qui flotte dans une des vasques, puis me laisse là, au milieu de la pièce, nue comme un ver.

Alors je m'assied, et je m'asperge. Comme elle l'a dit. Cette dame a comme qui dirait une sorte d'autorité naturelle qu'il semblerait déconvenu de défier.

Et puis je suis là pour me laisser faire après tout.

Alors je m'assied, et je m'asperge. En attendant la suite.

L'atmosphère paisible commence à m'envelopper de douceur... La vapeur tiède, le silence à peine troublé par le bruit de l'eau, un moment de calme que j'apprécie à sa juste valeur... dans son plus simple appareil.

La vieille dame réapparaît. Une bonne quinzaine de minutes plus tard. Le ventre et les seins pendant sur un slip rouge, les cheveux gris remontés en chignon. Une allure de sumo du troisième âge.

Elle tient dans une main un gant de crin noir et de l'autre, elle tapote la table centrale où je suis maintenant supposée m'allonger. Tout de suite. Elle me frotte avec tant d'énergie que j'y laisse un peu de ma peau, je la vois partir en lambeaux. Les quelques centimètres carrés de bronzage que j'avais réussi à préserver risquent de rester là, en bouloches noires, sur le marbre blanc. A moins que cela ne soit la crasse?

"Shoes. Water". C'est le temps des ablutions. Je m'assieds. M'asperge. Pendant quinze autres minutes.

Puis elle revient. Pour le massage. Moment que je redoute un peu, car à chaque fois que je me fais masser, spécialement le dos, je finis pas éclater de rire.

Elle me savonne généreusement. Ca sent bon. Ca mousse. Je glisse sur le marbre.

Sans guère de surprise, désormais, le massage est énergique... et douloureux. Ce qui n'est pas si étonnant, après la nuit passée à gesticuler de manière inconfortable dans mon mètre carré attitré. Des noeuds partout. Je me retiens de rire. Ca pourrait sembler mal venu... probablement pas, en réalité. C'est son air et ses gestes de bourreau qui me font penser ça.

"Shoes. Water." Je remets mes sandales, et vais me rasseoir, couverte de mousse. Je découvre des douleurs que, bizarrement, je n'avais pas en arrivant.

Puis elle me shampouine. En me tordant un peu le cou. En me tirant un peu les cheveux. En me massant le cuir chevelu, toujours avec cette étonnante énergie. Comme chez le coiffeur, sauf que c'est rare que la coiffeuse appuie la tête de son(sa) client(e) sur ses seins nus. Pour autant que je sache.

 

Vient le moment du sauna... il tombe à point nommé, même si, contrairement à mes habitudes, je ne le supporte pas bien longtemps. La faim, peut être, la fatigue, sans doute...

J'ai compris. Je vais m'asperger toute seule. Comme une grande.

Heureusement que je n'ai pas attendu son feu vert car, après plusieurs voyages entre le sauna et les ablutions, quand je décide finalement d'en rester là, je retrouve ma vieille dame endormie, près de l'autre qui n'a pas bougé d'un pouce depuis plus de deux heures.

 

Je ne sens plus grand chose de mon corps, sauf mon estomac qui manifeste son mécontentement d'être resté quasi vide depuis hier matin.

Après un temps de repos dans ma cabine, privative s'il vous plait, je réveille ma ladie pour la douloureuse, qui ne l'est pas tant que ça. J'ai peut être l'air, qui sait, d'attendre de sa part de nouvelles directives, c'est si bon parfois de se laisser commander de la sorte... Alors elle me regarde, esquisse pour la première fois un sourire, et formule son utime ordre.... "Baksheesh"....

 





 


Par amelotour - Publié dans : Avril 2010 - Congés payés
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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 18:58

Kilis, première halte en Turquie.

26 avril.


voilà maintenant une heure que Mehmet est reparti, et que j'attends impatiemment son retour en gardant nos sacs, au bord de la route nationale qui mène à Gaziantep.

Les dolmus ne cessent de passer devant moi, klaxonnant, s'attendant sans doute à ce que je grimpe dans l'un d'entre eux pour rejoindre la ville, mais c'est tout bonnement impossible pour le moment.

Tout, jusque là, s'était pourtant déroulé à merveille, c'en était presque trop facile.

C'est d'ailleurs exactement ce que j'étais en train de me dire, quand, à peine nos pouces levés, une voiture s'est arrêtée tout à l'heure pour nous emmener. Heureusement que Mehmet a eu la présence d'esprit de vérifier ses poches au moment même où nous déposions nos sacs dans le coffre. Il était moins une.

Lorsque hier, à la guest house d'Alep, nous avons commencé à nous renseigner sur le trajet le plus direct et le plus économique pour rejoindre Gaziantep, on nous a promis qu'il serait long et périlleux. Etonnemment, aucun transport public ne fait le trajet entre les deux villes, pourtant pas si éloignées l'une de l'autre. En quittant Alep ce matin, nous étions donc prêts à notre dose d'aventure, mais jamais nous nous sommes imaginés en arriver là.

Une heure que j'attends. Je ne panique pas encore, mais plus les minutes passent, et plus je réalise que la situation risque de compromettre grandement mon court séjour en Turquie, et surtout mon retour en France prévu pour vendredi.

Tout, jusque là, était parfait. Trop, sans doute.


Nous avons quitté l'hôtel vers 9h, un bus citadin nous a emmené à la gare routière d'où partent des minibus pour les localités environnantes, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, nous nous retrouvions à marcher vers les contrôles douaniers, en file indienne, seuls piétons derrière des camions de marchandises et des bus de touristes turcs.

Côté syrien, d'abord, puis, quelques kilomètres plus loin, on pouvait voir flotter le drapeau turc au pied duquel nous attendaient les ultimes formalités.

Un jeune homme a arrêté sa voiture, et, nous voyant souffrir de la chaleur et de la poussière, nous a proposé de nous emmener jusqu'au poste frontière, puis jusqu'à Kilis, première ville turque, d'où il nous serait aisé de trouver un dolmus pour Gaziantep.

Que demander de plus....

Nous sommes montés dans sa voiture, et avons passé la douane sans difficulté, à son plus grand bonheur, car ce monsieur nous a avoué ensuite, dans un grand soupir de soulagement, que dans sa voiture étaient ingénieusement planqués une cinquantaine de cartouches de cigarettes, et plusieurs kilos de thé.

Ca l'a bien aidé, de faire croire aux douaniers qu'il était notre chauffeur depuis Alep.

Et nous, ça nous a épargné des kilomètres à pied, et des négociations à n'en plus finir avec les rares chauffeurs de taxis qui font la navette.

L'homme en question nous a déposé sur cette route. Là où je suis maintenant. Gentillement. Rapidement. Sans doute un peu trop vite.

Car quand la seconde voiture s'est proposée pour nous emmener à Gaziantep, nous avons soudain réalisé qu'il nous manquait sans doute notre bien le plus précieux....

Enfin, pour être tout à fait honnête, Mehmet s'en est rendu compte. Pas moi. Je serais montée dans la voiture sans même y penser.

Mais je me serais retrouvée bien démunie, en cherchant en vain mon passeport à l'arrivée à l'hôtel de Gaziantep. J'aurais compris un peu tard qu'il était resté sur le tableau de bord de notre contrebandier, et je ne vois pas bien ce que j'aurais pu faire.


D'ici, la situation n'est pas évidente non plus: on ne connaît bien entendu pas le nom de notre chauffeur, et avons encore moins en tête la plaque d'immatriculation de sa voiture, ou tout autre élément qui nous aurait permis de retrouver sa trace.

De deux choses l'une.... soit il revient, quand il réalise qu'il a nos passeports dans sa voiture, soit il ne revient pas...

Je crois dur comme fer à la première option. Je crois que je m'y accroche, parce qu'à ce moment là, il faut bien s'accrocher à quelque chose. Il va arriver chez lui, et va sans doute se rendre compte de l'oubli, et immédiatement revenir au point où il nous a largué, tout honnête contrebandier qu'il nous semblait être.

Mais Kilis n'a pas l'air bien grand, et après une demi-heure d'attente, il nous faut penser à une autre option.

Plan B: je reste là au cas où, et garde les sacs, pendant que Mehmet fait le trajet inverse, retourne à la frontière pour espérer glaner quelques informations sur l'homme en question, qui nous permettraient de le contacter.

Ca fait une bonne heure maintenant que Mehmet est reparti. La frontière n'est qu'à une dizaine de kilomètres, et je ne sais pas si le délai qui me paraît exagéremment long est de bonne augure ou non.

Chaque minute me semble interminable, et je reste un oeil scotché à ma montre, et l'autre à mon portable.

Plus le temps passe, plus je réalise combien ce contretemps risque de pertuber la fin de mon voyage.

Je n'ai désormais plus aucun espoir de voir réapparaître notre homme. Quand bien même il tombe sur nos passeports, il doit nous croire bien loin de Kilis, et il y a bien peu de chances qu'il pense à revenir sur notre point de chute.


Je n'arrive pas à me contenter de rester passive au bord de la route, pourtant je n'ai guère d'autre choix. Alors je cogite... mon vol pour Paris est prévu vendredi. Je suis censée le confirmer demain. Au mieux, si je grimpe dans le premier bus pour Istanbul en arrivant à Gaziantep, j'y serais demain en fin de matinée. A l'ambassade de France demain après midi, à l'ouverture. Et là....  je me souviens de l'accueil que l'on m'avait réservé il y a deux ans, quand je voulais une lettre de recommandation pour mon visa indien.* A l'ambassade de France d'Istanbul, on aime pas les voyageurs de passage. Que dire de ceux qui oublient leur passeport en faisant de l'auto-stop...

Il se feront sans doute un malin plaisir à me faire payer mon inadvertance.

Et même si ce n'est pas le cas, est-ce réellement envisageable d'avoir un duplicata, ou n'importe quel autre document qui me permettrait de partir comme convenu, avec seulement deux jours de délai?

Je tourne en rond, quelque soit l'angle duquel je regarde la situation, je n'en vois pas d'issue. En tout cas, je n'ai aucun moyen d'être objective à l'heure qu'il est.

La seule chose qui est vraiment sûre, c'est que si Mehmet revient bredouille, je suis dans la mouise...

 

1h30. Une jeune étudiante vient s'installer à mes côtés. Après les traditionnels échanges où elle me questionne sur ma nationalité, elle me demande comment ça va. 1h30 que je cogite dans mon coin et que je n'ai parlé à personne. Alors je lui réponds que ça va pas fort, parce que j'ai perdu mon passeport, et que si mon ami ne revient pas avec les infos qui nous permettront de contacter le propriétaire de la voiture qui nous a embarqué entre la Syrie et Kilis, ça risque d'être fort compliqué pour moi. Elle n'a à priori rien compris, car elle me regarde en souriant, et après un long silence, me relance: Turkia beautiful?

Elle n'a probablement pas compris non plus que brusquement, j'éclate de rire. C'est nerveux.

 

1h45. Il y a des écoliers partout. Des petits, en uniforme, comme je les aime. Mais je suis pas d'humeur pour les photographier. Ni non plus pour d'autres impossibles conversations. Je m'enferme dans mon mutisme, marquant ma volonté d'isolement en enfonçant les écouteurs de mon mp3 dans les oreilles. Mais sans musique. Je ne voudrais pas manquer un appel de Mehmet. Toujours rien.

 

2h. Un homme s'adresse à moi. Malgrè mes écouteurs. Il me demande si je suis touriste, comme si cela n'était pas assez évident. Le genre de bonhomme qui n'inspire pas confiance, et qui ne me regarde pas dans le yeux. Pourtant, on ne peut pas dire que je sois dans une tenue provocatrice, avec ma large chemise devenue grise et difforme avec le temps.

Il me parle, en turc j'imagine,  je ne comprends rien et n'ai franchement pas envie de faire le moindre effort. Il m'offre une cigarette, que je m'empresse de refuser. Il est insistant, et me rappelle d'autres rencontres turques dont je me serais bien passée lors de mon précédent voyage. Il s'installe à côté de moi. A une distance trop rapprochée pour être respectueuse.

Je sens qu'il va m'empoisonner la vie. Il ne manquait plus que ça.


C'est là qu'une voiture blanche s'approche, que je n'ai pas vu arriver. Il m'a distraite, et c'est sans doute la première voiture blanche que je ne n'ai pas repérée de loin depuis 2h. Elle se gare devant moi, et un visage familier ouvre la portière passager avec un sourire triomphal. Mehmet. Notre cher contrebandier. Nos passeports.....

Un soulagement tel, que je leur aurais presque sauté au cou, à tous les deux.

Je n'en reviens pas... et pourtant, je ne peux pas dire qu'à un seul instant, j'ai cessé d'y croire. Mais quand même.... Mehmet a dû se battre, et heureusement qu'il est turc, ça a sans aucun doute facilité les choses...

Il a fini par pouvoir accéder au registre, non sans insister, et a repéré les deux noms inscrits au dessus et en dessous des nôtres.

Et, comme un clin d'oeil du destin, il a rencontré un chauffeur de taxi de Kilis, qui se trouvait être un ami du frère de notre homme....

On fume ensemble un cigarette qui a un goût de victoire... on ne sait pas bien contre qui ou quoi on a gagné, mais peu importe. Nous avons nos passeports en main... et après quelques minutes de joie intense, on pointe de nouveau nos pouces vers le ciel, attendant, guère longtemps, qu'un autre véhicule nous emporte...






* voir article: "lettre au consule"

 


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Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 12:52

Alep

24 avril 2010

 

Dernière étape syrienne… je réalise combien je me suis habituée à ce pays, maintenant que je suis sur le point de le quitter. Je commençais tout juste à me sentir dans le cœur battant du voyage…

Je me revois la semaine dernière, les premiers pas hésitants dans les rues de Damas, cherchant doucement mes repères dans un nouveau décor.

Pourtant, en bien des points, la Syrie n’est pas si différente de son petit voisin libanais. On y parle l’arabe, on y mange des fallafels, du houmous ou des olives, les clopes ne coûtent rien, et les taxis sont jaunes.

Mais si j’ai eu une chance et un bonheur inouïs à découvrir le Liban de l’intérieur grâce à Nawal, Katia, et toutes les autres personnes qui m’y ont accueilli, le voyage en soi, tel que je le connais, a réellement commencé quand j’ai quitté Beyrouth.

Livrée à moi-même, sac au dos, allant de découvertes en découvertes, me laissant guider par mes envies et les rencontres de passage.

J’ai pris mes marques, appris la nouvelle valeur d’une nouvelle monnaie, me suis habituée aux visages voilés des femmes, et moustachus des hommes, ai déchiffré de nouveaux codes… il y a les sourires accueillants, les plus fréquents, qui se renvoient comme on se renvoie une balle, et qui se finissent souvent par le partage d’un thé, puis les sourires gras et bassement aguicheurs, auquel il vaut mieux ne pas répondre, sous peine d’entretenir des idées reçues ; ces sourires là sont reconnaissables, car universels… en tout cas dans les pays où les gens sourient.

Il y a les gestes à décoder, la main vers le haut pour refuser, vers le bas pour attirer, vers le ciel, pour le louer… la main qui invite, la main qui interroge, la main qui frôle avec sympathie ou indélicatesse.

Et tous ces regards… tournés, de manière quasi incessante, vers l’étrangère que je suis, comme si j’étais le centre d’un monde que je voudrais pourtant juste observer sans en toucher l’équilibre. Certaines ont du mal à le supporter… je repense à Fatima, rencontrée hier soir à Hama, pour qui ces regards pénétrants resteront un point noir de son voyage.

Pour ma part, sauf quand la fatigue est trop forte et que tout devient insupportable, ils ne me gênent plus. Je ne les vois plus… et quand bien même…. Je suis venue pour observer les gens vivre, comment leur en vouloir d’en faire autant.

Ce qui est sûr, c’est qu’ici, les regards ne sont jamais agressifs. De tous ceux que j’ai pu croiser, il n’y en a aucun qui n’ait été emprunt de bienveillance.

Si des amoureux de nature pourraient être déçus par les paysages que la Syrie peut offrir, ceux qui, comme moi, sont friands de rencontres, ne peuvent repartir qu’envoutés.. comme je l’étais également en quittant le Liban.

C’est passé bien trop vite.. j’aurais voulu m’enfoncer davantage dans le pays, quitter les sentiers battus, au demeurant incontournables pour une première visite ; j’aurais voulu aller m’imprégner des influences irakiennes et kurdes, aux frontières du pays, plonger mes pieds dans l’Euphrate et me brûler au soleil du désert, accompagner des bergers bédouins ou siroter un thé dans un village de pêcheurs : j’ai l’impression de n’avoir fait que survoler le pays. Même si il m’a déjà offert beaucoup…

Je reviendrais. Inch’Allah.

En attendant, il me reste une journée à Alep, et je compte bien en profiter.

Demain, c’est dimanche, et je démarrerai de bonne heure, avec les écoliers. Pour une dernière fois.

 

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Vendredi 23 avril 2010 5 23 /04 /Avr /2010 20:18

Quelques images, dans ma maison d'accueil, hier et aujourd'hui...


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Vendredi 23 avril 2010 5 23 /04 /Avr /2010 20:16

Hama

 

Jeudi 22 avril

 

Dès la descente du minibus, j’ai senti que cette ville allait me plaire.

Elle grouille. Elle fume, elle crie, elle transpire… une vie bouillonnante, vraie et authentique, qui n’a que faire du touriste de passage. J’ai à peu près 3 kms à parcourir pour rejoindre l’hôtel que j’ai repéré et cette fois, tellement absorbée par ce qui m’entoure, je ne sens pas le poids de mon sac.

Il faut dire aussi que je me sens enfin reposée… Marmarita m’a offert ce dont j’avais cruellement besoin : le calme, et avec lui, un vrai sommeil réparateur….

Rien de tel pour bien commencer la journée, d’autant qu’elle s’avérait assez chargée. Trois voyages en bus, un peu de stop, et beaucoup de marche à pied, notamment dans le fantastique château de Hosn, le dit « Krak des Chevaliers », dans lequel j’ai erré des heures durant, à me perdre dans ses abîmes les plus sombres.

Hama… mes deux amis Vrej et Peno m’avaient assuré qu’il n’y avait rien de particulier dans cette ville et que cela n’était pas nécessaire d’y faire une étape. Mais compte-tenu de leur engouement pour Marmarita, qui reste incompréhensible pour moi, c’est soudain devenu une raison en soi pour que je m’y arrête….

Hama… la rue principale est bordée d’échoppes en tout genre, boucheries et vendeurs de téléphones portables, épiciers grossistes et bijoutiers… ça sent la viande fraiche, ou grillée, les olives, le cumin, le yaourt, un peu les égouts aussi, parfois. Ca se bouscule, comme un dimanche matin à Wazemmes, en grandeur nature…

Je me sens comme un poisson dans l’eau, et me faufile à la hâte, pressée de me délester de mon sac.

C’est vite chose faite, l’hôtel Cairo a une chambre pour moi. Pour le prix d’un lit sur le toit à Palmyre, j’ai mes quatre murs à moi, carrelés jusqu’au plafond. Je dormirai ce soir dans ce qui fût manifestement une ancienne cuisine, avec son évier et ses plans de travail en marbre.

Je quitte rapidement l’hôtel. Juste le temps de me rafraîchir un peu, et je pars à la découverte de la ville.

Je poursuis la grande rue qui m’a amenée jusqu’à l’hôtel, qui ne désemplit pas, me fraye un chemin dans la circulation intense, puis bifurque vers les petites ruelles de ce qui fût la vieille ville, et dont il ne reste pas grand chose. Puis les rues commerçantes, ses vitrines affichant tantôt de longs manteaux noirs, tantôt des pyjamas bariolés, des foulards sobres, puis des dessous affriolants. Les hommes fument et boivent le thé, les femmes traînent leurs enfants dans les boutiques. Il fait chaud, je m’engouffre dans le souk. Il n’est pas beau, il n’est pas truffé de caravansérails comme celui de Damas, on n’y vend pas de souvenirs, pas de cartes postales. C’est juste un souk, un bazar, un labyrinthe d’allées où pendent vêtements bon marché, chaussures et casseroles, dans un brouhaha joyeux et enfantin, où tous les sons se mélangent pour n’en faire plus qu’un.

J’ai une pensée pour Nawal, quand je repère un vendeur ambulant de fèves. C’est elle qui m’y a fait goûter dans le souk de Saida. Des grosses fèves rouges, avec du cumin, du sel et du citron. Et un cure-dent. Elles sont aussi délicieuses qu’au Liban.

Je poursuis mon chemin, quitte le souk, traverse la rue principale, toujours aussi encombrée, et m’aventure vers des ruelles plus calmes. Plus de magasins partout. Plus de voitures. Plus de goudron. L’école est finie depuis longtemps, les enfants célèbrent l’arrivée tant attendue du week-end comme il se doit, à coup de ballon et de chamailleries. Ils courent dans tous les sens, leurs rires éclatent à chaque coin de rue, et je m’en donne à cœur joie. Je traque un visage, un clin d’œil, un mur peint, un boulanger, une porte, tout devient prétexte à photographier, et photographier encore.

C’est là, sur une petite place caillouteuse, en jouant au ballon avec quelques gamins poussiéreux du quartier, qu’une porte s’est entrouverte. On m’invite à boire le café. En temps normal, je ne bois pas de café à cette heure. Mais je ne suis pas en temps normal, alors j’accepte. De toute façon, on m’a déjà offert suffisamment de thés aujourd’hui pour risquer d’avoir un sommeil perturbé, je ne suis plus à un café près. C’est la mère d’Irshad, un des garçons avec qui je jouais au foot, qui m’interpelle.

Elle passe son visage derrière le rideau, discrètement, car elle ne porte pas son voile.

J’entre dans une minuscule cour encombrée de chaussures et de seaux en plastique, puis me déchausse avant de pénétrer dans l’unique pièce de leur modeste maison. 4 mètres sur 3, recouverts de tapis. Une télé, un lit sur lequel un homme sommeille, un frigo, deux armoires, un porte-manteaux et des matelas entassés dans un coin. On m’invite à m’asseoir. Je comprends vite que je comprendrais pas grand chose, car personne dans la famille ne parle anglais, à part le petit Irshad dont le vocabulaire se limite aux quelques mots qu’il m’a déjà dit… welcome… country… name… thank you…

On m’a proposé un café, mais c’est tout un festin que la mère d’Irshad, Cerag, s’évertue à me préparer. Les plats arrivent, petits mais nombreux, sur un large plateau argenté. Olives, fromage, tomates, thon, et encore tant d’autres choses dont je ne connaîtrais sans doute jamais le nom français… nous sommes huit à partager le repas. Je ne sais pas qui est qui, à qui appartiennent ces enfants, quels sont les liens qui les unissent.. je sais seulement que c’est le père d’Irshad qui, aussi bruyants que l’on puisse être dans nos rires et nos demi conversations, dort profondément sur le lit conjugal.

Le paternel se réveille enfin. Tarke. Il ouvre à demi les yeux, râle car le lait chaud que sa fille lui tend n’est pas assez sucré, puis, comme si il n’était pas surpris de me voir ainsi assise chez lui, m’offre un large sourire avant d’allumer une cigarette.

Ahlan wa sahlan. Bienvenue. J’ai entendu cette phrase si souvent qu’il me paraît impossible de l’oublier désormais.

Nous partageons le repas, et je perfectionne mon arabe. Je sais maintenant dire « olives noires », et « j’ai plus faim »… ça pourra toujours me servir.

Toute la famille est adorable, et ne cesse de veiller à ce que mon verre de thé soit toujours plein, de rapprocher les assiettes de moi, de peur, sans doute, que je n’ai pas le bras assez long.

Je les quitte le ventre plein, et le cœur léger. Nous avons réussi à convenir de nous revoir demain. A 13h, après la prière. Pour le déjeuner… je ne savais pas combien de temps j’allais rester à Hama, mais désormais, je suis sûre d’y rester une nuit de plus.

Par amelotour - Publié dans : Avril 2010 - Congés payés
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Jeudi 22 avril 2010 4 22 /04 /Avr /2010 19:00

Part II

 

Je ne veux pas y croire…. Et m’empresse de trouver quelqu’un d’autre à qui poser la question. Sans grande surprise, la réponse est la même…

Je ne panique pas encore…. Ce n’est pas comme si la nuit était en train de tomber, et j’ai encore le temps de penser à un plan B.

Je dois cependant avoir l’air un peu égarée… car un homme arrête sa voiture près de moi, et à travers sa vitre entrouverte, m’écoute attentivement lui exposer ma situation. Ma certitude ébranlée de trouver ici un hébergement pour la nuit. Mon souhait de reprendre la route vers Hama. Malgré son anglais limité, il comprend sans doute le mot hôtel, se gare, compose un numéro sur son portable, et me tend l’appareil.

A l’autre bout du fil, un homme me propose un appartement pour 30 dollars. Hors de mon budget…. Je lui demande comment trouver un minibus pour repartir, mais rapidement, c’est à titre gratuit qu’il m’offre un hébergement pour la nuit.

Je ne sais pas quoi faire, ni vraiment quoi lui répondre…  je dois faire vite… je repense à toutes ces situations compromettantes dans lesquelles j’ai déjà pu me retrouver pendant les voyages précédents, à ces risques que, naïvement, je n’avais alors pas voulu voir, à cette bonne étoile qui ne m’a pourtant jamais quittée…

J’accepte la proposition. L’homme à la voiture blanche m’emmène à la rencontre d’Isha, mon hôte, à qui j’ai finalement décidé d’accorder ma confiance, rien qu’au son de sa voix…

Isha est un jeune homme, d’une trentaine d’années,  à l’air sympathique. Pour me rassurer, probablement, il me propose de m’emmener chez sa mère, afin de manger quelque chose. En deux temps trois mouvements, je me retrouve assise sur un canapé dans une petite pièce où hurle un téléviseur, une assiette bien garnie posée devant moi. Sa mère paraît surprise de me voir, et ça n’est pas si étonnant.  Mais elle m’accueille à bras ouverts, sans un mot d’anglais, mais avec beaucoup de générosité et de curiosité..

Nous partageons le repas, et apprenons à nous connaître. Isha a passé 11 ans aux Etats-Unis, ce qui explique son bon niveau d’anglais. Il est le dernier d’une famille de 6 enfants, et c’est aujourd’hui le seul à être revenu vivre dans son village natal. Nous parlons de choses et d’autres, de la situation aérienne qui semble s’être débloquée hier, de mon périple en Syrie, de la condition des nombreux réfugiés palestiniens qui survivent ici tant bien que mal, de l’état du monde…  je me sens bien, mes doutes se sont envolés, ma précarité oubliée, mon cœur réchauffé…

Et c’est là qu’il m’a proposé de m’emmener une nouvelle fois. En direction de ma chambre. Je dois avoir l’air fatiguée, ce qui n’est pas si surprenant compte-tenu de la trop courte nuit à Palmyre. Ce n’est pas bien loin de la maison familiale. Rien ne semble bien loin, à vrai dire.

Un bâtiment tout neuf, dans un quartier tout neuf. Un appartement, au deuxième étage. Avec des balcons partout. Une grande cuisine ouverte sur un salon joliment meublé. Je crains d’abord un peu de rentrer chez lui, mais je comprends bientôt que c’est la porte de chez moi, qu’il vient d’ouvrir.  Un « tourist palace », un vrai… rien que pour moi… il me tend les clés, prends soin d’allumer le chauffe-eau et de me montrer le fonctionnement de la télé, puis, discrètement, s’en va, sans me laisser le temps de le remercier.

Je crois que je suis restée 5 bonnes minutes, plantée au milieu du salon, sans oser m’asseoir… sans réaliser.

Ce matin, je me réveillais dans un dortoir sommaire aux côtés de Mike et Mara, et ce soir, je vais m’endormir dans un vaste appartement, dans un des trois lits mis gracieusement à ma disposition.

Etonnantes parfois, les surprises que peut réserver le voyage…

Et inattendues…

Par amelotour - Publié dans : Avril 2010 - Congés payés
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Jeudi 22 avril 2010 4 22 /04 /Avr /2010 18:57

Marmarita

21 avril

 

 

Part I

 

Peno et Vrej, mes deux compères du bus de Beyrouth, m’avaient assuré que Marmarita était sans doute un des plus beaux villages syriens. Dès lors, j’avais prévu de m’y arrêter. Non loin du Krak des Chevaliers, qui était déjà sur mon plan de route avant même d’arriver sur le sol syrien, ça ne me semblait pas bien difficile d’y faire un détour.

Mike et moi, nous nous sommes séparés à Homs, dans la bruyante gare routière à la sortie de la ville. Des adieux rapides au milieu de la foule, et nous sommes partis, chacun dans notre minibus vers nos destinations respectives.

Lui vers le Karak des Chevaliers, moi vers Marmarita.

Sa compagnie était fort agréable, mais je suis également très heureuse de retrouver mon propre chemin. L’aventure reprend… et à quel point… je ne le mesure pas encore…

Non loin de la célèbre forteresse assiégée par les touristes, que je prévois d’aller visiter moi aussi dès demain, je m’engage vers l’inconnu…

En effet, le dit village de Marmarita n’apparaît pas dans le guide. Ni même sur la carte que j’ai entre les mains.

Peno avait été catégorique, je n’aurais aucune difficulté à trouver un hôtel. Les personnes avec qui je partage le minibus me le confirment, je ne me fais donc pas de souci. Pas trop…. Parce que se retrouver sans guide, c’est perdre entièrement ses repères, dans un pays que je commence tout juste à découvrir et dans lequel je n’en ai déjà pas beaucoup…

Ou aller, quand le minibus me déposera ? est-ce que je serai loin du centre du village ?

A quoi va-t’il ressembler ? un des voyageurs m’a dit que c’était grand. Peno m’a dit que c’était tout petit. Je n’ai absolument aucune idée de ce qui m’attend…

C’est non sans une pointe d’appréhension que je me laisse conduire sur la petite route qui serpente dans les premiers reliefs verdoyants  de la montagne Jebel Ansariyya.  Et non sans excitation... quand je vois enfin le nom de Marmarita apparaître sur les panneaux, et le kilométrage se réduire peu à peu.

Le village est perché sur les hauteurs d’une vallée qui le sépare du Krak des Chevaliers, que je découvre enfin, imposant, majestueux, presque menaçant.

Mon petit village, qui depuis dimanche dernier revêtait de plus en plus un caractère mythique, de loin, fait pâle figure… beaucoup de constructions récentes semblent vouloir défier les lois de la gravité pour s’arracher un point de vue sur la forteresse.

Je suis d’abord un peu déçue, mais continuer à espérer, tant que le minibus roule, qu’il cache un petit centre, sans doute pittoresque, bordé de maisons en pierre et d’une vie paisible. Je n’attends rien d’exceptionnel, mais je me plais à croire que j’y trouverai  quelque chose qui me récompensera de mon acharnement à faire ce détour…

Le minibus finit par s’arrêter. Pas plus de maisons en pierres ici qu’ailleurs,  pas de charmant centre ville en vue, pas de caractère particulier… mais comme dans les autres bourgades traversées sur le chemin, les mêmes bâtisses en ciment, les mêmes petites échoppes au rez-de-chaussée…

Le bus s’éloigne. Je reste seule, le sac posé sur le goudron défoncé de la route. On m’a déposée là, sur les conseils d’une dame du bus, qui m’avait indiqué du bout du doigt la direction d’un hôtel. Je finis par repérer l’insigne du Tourist Palace, en haut d’une montée abrupte. Non sans soulagement… car de tous les hôtels que l’on m’avait promis, c’est finalement le seul dont j’aperçois un signe…

Je m’imagine déjà confortablement installée dans une petite chambre sans cachet, un lit simple accolé à un mur gras et tâché, car à en voir la façade, cet hôtel n’a de palace que le nom… peu m’importe, à vrai dire cela me rassure car j’avais peur de tomber sur un de ces « summer resorts » aux tarifs exorbitants.

Mais ce à quoi je ne m’attendais vraiment pas, c’est de trouver la porte close…. Je redescends bredouille, et interpelle un jeune homme sur son balcon pour avoir la direction d’un autre hôtel, puisque d’après mes informateurs, Marmarita en serait truffé…

Il tend le bras au loin, prononçant un nom qui m’est bien évidemment inconnu. Quand je lui demande la distance qui nous en sépare, je commence par croire qu’il n’a pas compris. Mais c’est le sous estimer… il me confirme que je peux trouver un autre hôtel à … 15 kms…  la nouvelle tombe comme un couperet.. Il n’y a pas d’autre hôtel à Marmarita.

Par amelotour - Publié dans : Avril 2010 - Congés payés
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Jeudi 22 avril 2010 4 22 /04 /Avr /2010 18:52

Palmyre

 

20 avril

 

Le voyage en bus m’a paru bien long. Trois petites heures seulement, mais le paysage était si monotone et si désert qu’il m’a semblé avoir passé une journée entière sur la route.

Quand l’assistant du chauffeur m’a demandé de fermer le rideau pour ne pas gêner la visibilité du film en arabe qu’il venait de lancer, j’ai refusé en lui disant que mon film à moi, il se regardait par la fenêtre. J’aime regarder par la fenêtre. Mais cette fois, très vite, j’ai réalisé que la même scène se répétait inlassablement. Larges étendues de rocaille et de terre sableuse, des montagnes ocres au loin, perdues dans les brumes de chaleur, et une route si droite que le chauffeur aurait pu, lui aussi, piquer du nez en coinçant son volant. De temps à autres, comme venus d’ailleurs, quelques bédouins menant leur troupeau vers des pâturages imaginaires ; des tentes isolées, plantées dans un décor hostile où personne, à par eux, n’aurait voulu s’installer.

Palmyre est soudainement apparue, irréelle, comme un oasis dans le désert. Cernée de palmiers, qui, il y a des siècles déjà, lui ont valu son nom.

Tout paraît si calme, après la furie de Damas.. une ambiance villageoise, des rues poussiéreuses, des petites maisons trapues couleur de sable..

J’ai fait le trajet avec Mike. Néo-zélandais vivant à Londres, voilà maintenant 3 semaines qu’il parcourt le Moyen-Orient.

Nous débarquons du bus, immédiatement accueillis par des chauffeurs de taxis avides de nous décharger de nos dollars plus que de nos sacs.

Il fait une chaleur de bête, mais nous décidons de rejoindre le centre à pied. D’après notre plan, l’hôtel repéré sur le Lonely Planet n’est pas à plus de deux kilomètres. Le Sun Hotel est bien là, au croisement de deux rues quasi désertes, comme les autres. Après les formalités d’usage, nous posons nos sacs dans le modeste dortoir situé sur le toit et nous mettons en chemin sans plus attendre.

On vient à Palmyre pour y voir ses ruines. Vaste étendue de vestiges, datant, pour certains, de l’époque romaine. Enfilades de colonnes, pierres massives finement ciselées, surprenants édifices érigés pour les dieux d’antan, hors d’âge, défiant le temps.

Le site est si étendu, presque infini, que les nombreux touristes s’éparpillent et qu’on a le sentiment d’y errer seul. Transporté, comme un voyage à travers les siècles.

Il fait terriblement chaud. Mike, comme moi, et malgré le caractère grandiose et exceptionnel des lieux, en avons un peu assez des ruines…

Pour des incultes comme nous, c’est malheureux à dire, mais une bière fraiche en terrasse a, à ce moment là, un côté bien plus attractif…

Nous optons pour une terrasse avec vue sur les ruines. Pour avoir l’impression de poursuivre un peu la visite…

Le soleil descendant moins vite que les bières, et redoutant la note salée de ce luxueux hôtel où s’arrêtent les richissimes touristes, nous poursuivons notre chemin, dans les rues paisibles de Palmyre, acceptant ci et là un thé gracieusement offert, riant avec les enfants qui ne cessent de nous demander laquelle, de Barcelone ou de l’Inter de Milan, est notre équipe favorite.

Un doux moment, entre voyageurs qui se racontent le monde, leurs mondes, qui se finit en partageant des bières, encore, assis sur un muret devant les ruines illuminées.

Je ne resterai pas une nuit de plus. Mes jours sont comptés, et d’autres horizons m’attendent. Demain, je reprends la route.

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Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 08:47

lundi 19 avril 2010

 

Je suis épuisée. Je ne sais pas combien de kilomètres j’ai bien pu parcourir aujourd’hui, mais je crois qu’ils ont suffi largement à éliminer les deux kilos que j’ai pris au Liban la semaine dernière…

Ma journée a commencé de bonne heure, après une nuit trop courte, faute de pouvoir trouver le sommeil. Trop chaud avec la couverture, trop froid sans, trop étriquée dans un lit trop petit, j’ai dû finalement céder à la tentation d’un Stilnox pour enfin m’effondrer dans les bras de Morphée.

A 7h15, j’étais dans la rue après avoir bousculé le gardien de l’hôtel pour pouvoir en sortir. Pas question d’être en retard pour l’école.

Je devais avoir les yeux aussi embués que ceux des premiers gamins que j’ai croisé sur les trottoirs quasi déserts de la ville encore endormie.

Eux un cartable sur le dos, moi un sac à l’épaule.  Nous allions dans la même direction. A vrai dire, je les suivais, car ils connaissaient le chemin mieux que moi….

L’école débute à 8h.  Mais il semble que la ponctualité ne soit pas une qualité syrienne, car c’est seulement à 9h que les rues se sont vues réellement désertées par les écoliers, et que je suis rentrée à l’hôtel, avec mon lot d’images de blouses bleues, de robes rouges, de foulards oranges et de taxis jaunes.

Le temps d’un petit déjeuner bien mérité, quoi que sobre, et d’une bonne douche, et j’étais prête à repartir de plus belle pour ma dose de tourisme du jour, sans laquelle j’aurais probablement fini par culpabiliser. Je l’avoue, non sans complexe, les musées et autres « incontournables » détours culturels ne sont pas mon fort. Je préfère de loin me plonger dans la vie quotidienne des vivants, que dans les vestiges du passé, si prestigieux soient-ils.

D’ailleurs, pour être tout à fait honnête, je ne garde en mémoire du musée national que le sourire d’un bel italien solitaire avec qui j’aurais bien fait un bout de chemin… dommage, il s’apprêtait à prendre la route du Liban.. l’idée m’a effleurée, mais.. non. Mon chemin à moi va dans le sens opposé.

J’ai passé le reste de la journée à flâner dans les ruelles du vieux Damas. D’abord en gardant un œil sur ma montre, pour ne pas manquer la sortie des écoles à 13h30, puis vraiment hors du temps.

L’épaule droite meurtrie par la lanière de mon sac photo,  les pieds lacérés par leurs retrouvailles avec les tongs, et les yeux larmoyants à cause de la poussière et de la violence des contrastes. Que du bonheur… !

Il est maintenant 20h passées, et il ne me reste de force que dans les doigts… je n’ai sans doute pas pris assez de photos pour que mes mains ne soient elles aussi endommagées.

C’est décidé, demain je quitte Damas.

Je n’en ai sans doute qu’un bref aperçu, mais le temps presse. Et le tourisme à outrance me fatigue… j’ai hâte de rejoindre le petit village de Marmitra, dont mes amis Peno et Vrej m’ont parlé, et dont j’ai découvert avec bonheur que le guide n’y faisait pas allusion. J’y serais dans quelques jours… avant cela, je prends la route de Palmyre. Tout le monde me conseille vivement d’y passer, je vais aller voir de quoi il retourne.

Par amelotour - Publié dans : Avril 2010 - Congés payés
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