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Février 2011 - Amel'corporate

Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 22:53


Allez, cette fois, je suis décidée.

Je reprends le fil de la route....



C'est en arrivant à Amman que ça m'a pris.

Plus exactement, c'est une fois posée dans ma chambre, au milieu de la nuit, derrière ces rideaux tirés cachant un décor encore inconnu, que j'ai retrouvé une sorte d'excitation très particulière que ne suggère que le voyage..



Amman, le 1er Février 2011, 23h.

Il pleut. Je n'avais pas prévu cela, mais heureusement que le froid glacial de l'hexagone m'avait imposé de me vêtir chaudement pour le départ.

La température suffocante dans l'avion et l'exotisme, bien que relatif, des hôtesses de la Royal Jordanian laissaient pourtant  présager d'une douce fin de soirée sous un palmier...

Le voyage est passé très vite. Un voisin en route vers Bangkok avec son sac à dos sur ma droite pour dispenser mes conseils de voyageuse avisée avec un brin de nostalgie; et à gauche, un voisin endormi, à l'épaule plus que confortable que jamais... Balle au centre.

Le visa à l'arrivée n'a été qu'une simple formalité. Simple et rapide. Comme toutes les autres formalités dans cet aéroport presque désert. J'ai pourtant hâte de sortir. Sortir, pour fumer une cigarette; sortir pour prendre l'air, et le rendre aussitôt.

J'ai retrouvé mes compagnons de voyage, et chargés de nos bagages, nous saluons chaleureusement H. venu nous accueillir. La nuit est sombre, le ciel pleure et le sol sue grassement. H. est garé tout proche, sur un parking en chantier près d'un aéroport en chantier; tout y est boueux et froid, et sale, et terne. Sauf la voiture d'H. Les reflets des éclairages sommaires scintillent dans les gouttes de pluie, qui semblent ne pas vouloir glisser de cette carosserie au noir si profond et si étincelant. La voiture d'H. m'apparaît comme le ciel étoilé qui manquait au décor.

Nous avons environ 40 kilomètres à parcourir, dans la joie des retrouvailles et l'innocence de questions incessantes, et dans cette frustration de ne rien voir à travers les vitres embuées, ne laissant apparaître que des silouettes obscures et grossières.

Pour le moment, je dois me résigner à imaginer à quoi ressemble la Jordanie à travers les descriptions enjouées de notre hôte.

La Mercedes ralentit et se gare devant l'entrée de l'hôtel Bristol, où deux chasseurs s'empressent de nous décharger de nos bagages pour les passer aux rayons X.

On me fait grâce de la fouille corporelle, même si je 'bip' au passage du portail. Il semble qu'il n'y ait pas d'agent féminin dans l'équipe de nuit de la sécurité. Check-in vite-fait, carte magnétique, ascenseur, petite musique dans le couloir, et je prends mes quartiers au 7ème étage.

Il y a toujours un côté excitant dans le fait d'ouvrir une porte de chambre inconnue. Quelle sera la couleur des murs? De quelle taille sera le lit? De quoi le sol sera-t'il couvert?

Dans ce genre d'établissement, contrairement aux nombreuses chambres visitées lors de mes voyages en Asie, ne se pose pas la question d'une fenêtre ou d'une salle de bain.

Dans un cinq étoiles, figurez-vous que toutes les chambres en sont dotées d'office. De la même manière qu'on y trouve systématiquement un téléviseur à écran plat, un minibar, une table à repasser et un petit rectangle de mousse pour cirer les chaussures. Autant de choses qui encombrent la pièce et qui seront, cette fois encore, d'une parfaite inutilité.

Je repousse la corbeille de fruits pour y installer mon ordinateur, et râle un peu parce qu'il n'y a pas de prise de courant juste à côté du fauteuil club en velours.

Pendant que l'ordinateur démarre, je déballe mon sac. Je dois vite pendre mon tailleur; qu'il ne soit pas trop froissé, vous comprenez. Et aussi les trois chemises entre lesquelles j'aurai le temps d'hésiter demain matin en me brossant les dents.

On m'a collée dans une chambre non-fumeur. Curieuse ironie du sort, dans un pays où on peut fumer partout. Alors, avant de vérifier ma boîte mail, je me débats pour écarter les trois épaisseurs de rideaux, j'ouvre grand la fenêtre pour fumer une cigarette, accoudée sur un rebord en pierre reconstituée, et j'allume une clope.

C'est à ce moment là que je l'ai sentie. Pour un court instant. La pulsion du voyage. Le nouveau monde qui se présente à nos pieds, et qu'on doit pourtant encore attendre avant de découvrir. La hâte de voir le jour se lever pour dévoiler enfin le nouveau décor. L'excitation d'une arrivée nocturne dans un lieu inconnu.

J'essaie de deviner à quoi ressemblera la ville aux premières lueurs, et j'allume une deuxième cigarette. Mais le ciel est lourd, et vomit ses nuages épais sur l'horizon. Tout est diffus, difforme, dissous. Seuls une église et un restaurant chinois illuminent fièrement les extrémités opposées de la rue.

Je fume vite. Et il fait froid. Et je suis fatiguée. Je referme la fenêtre, les voiles, les rideaux, les double-rideaux, et avec eux, je referme la page du voyage. Je dois penser à l'heure du réveil, à ma tenue vestimentaire pour la journée à venir, aux chaussures à accorder, aux documents qu'il me faudra emmener pour la réunion.



C'était à Amman. Il y a quinze jours déjà. Je n'ai pas eu le temps depuis, mais à ce moment là, sur mon appui de fenêtre d'un soir, j'ai eu l'envie de me remettre à écrire.

Ecrire ces voyages qui n'en sont pas, dans des pays que j'effleure à peine, où les rencontres sont agréables mais calculées; écrire à quel point deux avions peuvent nous projeter dans des univers différents; écrire peut être, parfois, que je voudrais écrire d'ailleurs.

Par amelotour - Publié dans : Février 2011 - Amel'corporate
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