Je retrouve les memes personnes, dispersees sur les coussins aux quatres coins de la hutte restaurant. Aux memes places que la veille.
Je ne sais pas quel jour on est, on est peut-etre encore hier; j’espere qu’on est pas deja demain. J’ai l’impression d’etre tellement dans le present que je n’ai plus ni passe ni avenir. Plus de pensees, ni de peurs, plus d’autres preoccupations que celles de parfaire mon halage et de choisir parmi les nombreux delices proposes sur le menu.
Les jours se suivent et se ressemblent, ils s’enchainent lentement mais aussi doux et paisibles qu’ils puissent etre, ils me precipitent dans la gueule beante de Bangkok.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis la, mais c’est le moment de penser a partir. Car a en croire 80 % des personnes interrogees ce soir, nous sommes le 25 et je m’etais fixe le 27 comme date de depart. Je suis d’ailleurs en train de me demander si je peux vraiment pas grapiller un ou deux jours de plus....
J’ai trouve un lieu inespere et ideal pour finir mon parcours; l’idee de repartir vers Bangkok quelques jours avant le grand depart pour faire du shopping ne m’enchante guere.
Sans avoir la moindre idee de ce qui m’attendait, j’ai mis les pieds sur le seconde ile la plus touristique de Thailande... je l’ai vite realise, en longeant en pick-up les kilometres de cotes defigurees qui menent a Lonely Beach, nom que j’ai pointe sur la carte sommaire d’un depliant de club de plongee en debarquant du ferry. ca sonnait pourtant bien, Lonely Beach, mais cette plage aussi regorge de resorts plus ou moins luxueux, de bikinis Billabong et de barbecue parties. Je n’esperais pas reellement trouver autre chose, a vrai dire, c’est bel et bien cette image la que j’avais des iles thailandaises.
Puis j’ai rencontrÈ les Igniro (l’oncle et le neveu), Aniera (espagnole aussi) et Sharon (Israel); on a loue des motos pour aller tout au bout de l’ile, sur la cote oubliee des tours operators, la ou le beton s’arrete pour laisser place aux larges crevasses de terres rouges ravinees par les pluies.
Le genre d’endroit que l’on espere trouver enfin derriere chaque epingle a cheveux, au sommet de chaque cote abrupte, mais qui se laisse desirer longtemps encore.... le trajet nous a semble durer une eternite. Mais nous avons decouvert ce qu’aucun d’entre nous n’avait imagine pouvoir trouver a Ko Chang. Long Beach, coincee entre deux nez de roches, s’etend, deserte, bordee de cocotiers et de jungle dense.
La Tree House GH la domine, a son extremite ouest, et l’eau claire et calme vient en lecher les pilottis le soir quand la maree est haute.
Cette guest house porte bien son nom, ma hutte est perchee a deux metres de hauteur au milieu des arbres et quand je suis dans le hamac, entre les feuillages epais et delicieusement ombrageux qui m’entourent, je peux entrevoir la mer, et les huttes voisines.
Il n’y a de bruit que celui des clapottis des vagues, et les chants resonnants des oiseaux.
Il n’y a pas de musique, pas de magasins, pas de distraction. Si ce n’est celle de plonger le regard dans les reflets luisants de la mer, s’y plonger tout entier.
Je ne fais rien. Je prends soin de moi, soin de ce qui m’entoure et qui est encore si vierge et pur. Le temps passe, d’heures de solitude et de contemplation en heures de partage et de discussions legeres. Les jours passent divinement, dans un monde qui me parait bien loin de celui qui m’attend tres bientot. Au prochain virage....
La realite de cet autre monde n’est pas faite de yoga dans des eaux limpides et chaudes, et je crains un peu de retomber dans l’ocean houleux dans lequel je tentais en vain de me debattre il n’y a pas si longtemps que cela.
Il n’est pas encore temps d’y penser. Je veux vivre pleinement les derniers moments et ne pas les ternir de sombres pensÈes, j’ai juste envie de vivre maintenant.
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profondement ancre les murs et les couloirs de gemissements et de cris de douleur.
