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Avril 2007 - Cambodge

Dimanche 1 avril 2007 7 01 /04 /2007 11:28

Good morning Cambodia

Siem Reap, le 1er Avril

 

il me restait un mois avant le départ de l’avion pour Paris. J’avais le choix, à vrai dire, de Bangkok, j’avais une multitude de choix qui se présentaient à moi. Mais j’ai opté pour le Cambodge dont on m’a plusieurs fois vanté les mérites.

Les temples d’Angkor, les gens adorables et souriants, et les villages accrochés à des routes poussiéreuses et cahotiques.... tout ça à quelques heures de bus de la Thailande, qui comme à son habitude, aime à rendre les choses simples là où l’Inde les auraient rendues insurmontables....

M’y voilà arrivée. Le temps d’acheter un ticket de bus et un lonely planet d’occasion, et le décor s’est rapidement transformé autour de moi. Au passage de la frontière, le gourdon s’est changé en terre rouge, le bus a perdu sa climatisation et ses sièges amortis, et enfin j’ai pu faire coulisser les vitres pour passer la tête à travers et respirer l’air chaud et poussiéreux du Cambodge. Wouahou. On dit souvent que la première impression est la bonne, et si c’est bien le cas, alors j’ai vraiment fait le bon choix. À peine trente minutes après la frontière, un pneu a crevé, nous déchargeant au milieu de quelques huttes sommaires, dont l’une répare les pneus crevés et une autre vend des boissons fraîches. Premier contact avec la population, premiers échanges de mots, surtout de gestes et de sourires, car ces gens ne parlent pas un mot d’anglais. Je revis...  les japonnais restent près du bus, à l’ombre. Le couple d’américains qui se sont plaints à la frontière de ne pas continuer la route en VIP bus jusqu’à Siem Reap sirotent un coca la machoire serrée. L’anglais fume. Il n’arrête pas de fumer. Et moi, j’erre...  entre les deux gamins qui s’acharnent à démonter une énorme chambre à air (serait-ce la nôtre?), entre trois jeunes hommes qui réparent un tuk-tuk mis à nu, puis je finis par m’assoir près d’un femme, dont la beauté de la petite fille m’avait touché depuis l’autre côté de la route. Elle s’appelle Na. Elle a un regard triste quand je la prend en photo, et un sourire éclatant quand elle se découvre sur le petit écran numérique... 

C’est là que mon voyage au Cambodge a commencé, dans la profondeur des yeux de Na, et dans le sourire fier et amusé de sa mère. J’aime déjà ce pays.

Le trajet en bus est long, très long, mais je retrouve ici le plaisir de regarder par la fenêtre, de renvoyer des sourires à ces visages qui se figent pour nous laisser passer, d’observer cette vie paisible de villages isolés, de m’attendrir devant toute cette douceur...

C’est en toute sérennité que quand la nuit tombe, je m’allonge sur le siège et tente de m’endormir. Persuadée que le Cambodge ne me réservera que des belles surpises...

Quand Bok rallume la lumière pour nous annoncer l’arrivée imminente à Siem Reap, berceau des temples d’Angkor, c’est un tout autre visage que je découvre... le grande rue que l’on descend est bordée d’hôtels somptueux, rivalisants de finesse et de scintillements délicats, devant lesquels sont garés de beaux bus blancs au design élégant.

Notre minibus à nous, cabossé et sans design, nous dépose à son tour dans la cour d’un établissement, plus sobre, mais au caractère froid et impersonnel. Il est passé 23 heures, on est crevés et ça, Bok le savait avant même que l’on ne quitte Poipet, à la frontière. J’admets que c’est très bien joué de sa part, car il gagnera une grosse commission en livrant à “domicile” une bonne dizaine de touristes aux dollars tout frais. A se demander si ils n’ont pas monté le coup de la panne pour nous retarder... en Inde, je ne me serais même pas posé la question, cela aurait sonné comme une évidence. Je n’aime pas cela, mais me laisse prendre en toute conscience dans leur jeu. En négociant, Eva et moi on se retrouve à partager une chambre spacieuse avec salle de bain pour 5 dollars. C’est raisonnable pour une nuit, car je compte dès le lendemain me choisir moi-même mon propre lieu de résidence..

Les gars de l’hôtel sont assoiffés de cash, et tentent de nous forcer à consommer des boissons aux tarifs exorbitants, ou de nous vendre pour le lendemain des circuits de visite des temples. Je n’aime pas cette ambiance, et l’image si belle que j’avais du Cambodge se couvre déjà d’un gros trait de crayon noir...

Il faut que j’arrête de rêver, que je devienne un peu plus réaliste... je suis à Angkor, dont le temple principal fait partie des merveilles de ce monde, à une journée de bus de Bangkok ou à moins d’une heure en avion, j’aurais du m’attendre à cette défiguration que seul le tourisme peut affliger...

Très bien. J’accepte de jouer ce jeu là aussi, d’être pendant quelques jours une touriste parmi des milliers d’autres avec un appareil photo à l’épaule et un pass qui pendouille du sac.

C’est maintenant que je vais voir si j’ai développé davantage d’individualité... si le fait de me retrouver noyée dans la masse va altérer mon sentiment de fierté d’être moi-même.

C’est devant ces ruines sans âge et sans pudeur, au milieu d’êtres humains sans gêne et sans scrupules, dans des rues sans coeur et sans histoire, que mon chemin me conduit. Avec le même pantalon ali-baba troué, j’étais devenu quelqu’un dans une île perdue, et je redeviens aujourd’hui une quelconque figurante dans un mauvais film...

Le Cambodge prendait-il des allures d’examen final? Là où je m’apprête à expérimenter ce que l’Inde m’a appris, là où je vais enfin voir si j’arrive à m’affirmer telle que je suis, avec ce pantalon troué dans lequel je me sens si bien et ma mauvaise coupe de cheveux...*

Affaire à suivre..

 

 

 

* ma chère Anne Chri, ceci est loin d’être un reproche sur cette coupe que tu m’as faite dans cet hôtel miteux de Madurai, mais en poussant, je t’avoue que ça ne ressemble plus à grand chose..!!
Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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Jeudi 5 avril 2007 4 05 /04 /2007 13:35

Angkor et encore,

Le 3 avril 07

 

4h30. Mon réveil sonne une première fois et me tire de mon sommeil. Je ne bouge pas. Pas encore. Quand la seconde alarme retentit quelques minutes plus tard, je me demande quelle mouche m’a piquée de vouloir parcourir les 10 kilomètres qui me séparent d’Angkor Thom en vélo, et surtout de si bonne heure. Il fait encore bien nuit, et il n’y a pas si longtemps de ça, Eva rentrait bruyamment de ses pérégrinations nocturnes avec le dénommé Superman, un stéréotype californien à la musculature hyper-protéinée mise en valeur par un marcel moulant. Troisième sonnerie. Je me redresse et m’assieds sur le rebord du lit. Echapper à une nouvelle journée en compagnie de cette jeune autrichienne frivole et inintéressante est en soi une raison suffisante pour me lever...

Mais plus important encore, j’ai pris rendez-vous avec ces ruines fascinantes aux premières lueurs du jour et je ne veux pas le manquer. Hier, Eva et moi avons suivi le flot de touristes. On a loué un tuk-tuk pour la journée, et on a fait le tour des principaux sites en suivant un itinéraire bien précis et difficilement modifiable. D’abord le lever de soleil sur Angkor Wat*, relativement remarquable à en croire le nombre d’objectifs japonnais braqués sur lui; puis Angkor Thom, le Bayon et sa fresque d’éléphants sculptés, puis plein d’autres tas de vieilles pierres dont je suis bien incapable de retenir les noms... sauf le Ta Prohm, qu’Eva se plait à appeler Tomb Raider car le film aurait été en partie tourné là.

Bref, une journée bien chargée dont je ne pouvais me contenter. C’était parfait pour un repérage, mais aujourd’hui, je suis bien décidée à revoir différemment les endroits qui m’ont plu. Au prix d’un nouveau réveil très matinal, et d’une longue pédalade sous l’unique lumière de la pleine lune.

Quand j’arrive à Angkor Wat, le défilé de tuk-tuk a commencé. Les bus arrivent par dizaines, déchargeant des passagers encore endormis, mais les yeux déjà collés derrière leurs écrans lcd. Je sais alors qu’il me reste une bonne demi heure de tranquilité avant que le soleil ne fasse son apparition, et avant que les touristes ne commencent à vouloir aller découvrir les autres lieux. Je pédale doublement... j’ai encore 3,5 kms à parcourir avant d’atteindre Angkor Thom, je voudrais y être pour les premières lueures orangées du soleil levant. Je traverse les forêts aux arbres majestueux, entretenues avec soin, et je ne regrette pas d’avoir payé si cher l’entrée aux sites quand je vois qu’une partie de mon argent est utilisée pour préserver la magie sereine qui règne en ces lieux.

Je passe sous la porte sud d’Angkor Thom, précédée d’alignements de sculptures bordant la route, comme des visages de gardiens au sourire accueillant, et j’entre dans l’enceinte du temple. Déserte. Les boutiques sont fermées, les vendeurs de boissons fraîches et de souvenirs sont encore endormis, ou plus probablement, affairés à Angkor Wat où les acheteurs potentiels sont déjà nombreux. Pas de tuk-tuks ou de motos qui m’harcèlent en arrivant; il n’y a que trois chiens couchés paisiblement devant l’entrée principale du Bayon. Les chiens que l’on chasse le jour prennent possession des lieux la nuit... j’arrive sur leur territoire, après avoir cadenassé mon vélo à un arbre. Ils se lèvent et aboient, je les dérange peut être trop tôt à leur goût; mais ils finissent contraints à me céder le passage, résignés à devoir comme tous les jours s’effacer devant les masses bruyantes et envahissantes qui prennent la possession des lieux. Il n’y a pas un bruit. Seuls les oiseaux rompent délicieusement le silence, donnant une note sucrée et joyeuse au mystère intriguant qui nourrit l’atmosphère.

Je marche prudemment sur les pierres sombres et craquantes; je m’attends à faire face à une créature étrange, un dragon peut-être, ou un elfe encore assoupi au pied d’une marche usée et douce. Je me sens observée, et je le suis... par ces dizaines d’immenses visages de pierre qui dominent le temple, tournés dans les quatre directions. Les visages sont doux, mais parfois le temps leur en a ôté le sourire. Je suis parfaitement seule, avec pourtant une compagnie invisible mais vibrante... je n’ose faire de bruit, caresse doucement de mes pieds nus les dalles polies de mille années de passage, effleure les façades du bout de mes doigts, et tente de percevoir les chants et les vibrations des prières qui ont impregné les pierres il y a si longtemps.

Je découvre un lieu qui redevient majestueux comme il a dû l’être, pour lequel je ressens soudainement beaucoup de respect, et un je-ne-sais-quoi de gratitude... ce n’est plus cette attraction touristique piétinée, éblouie, grassement tâtée et salie que j’avais entrevu la veille, mais réellement un lieu de recueillement à l’atmosphère mystérieuse..

Un premier brin de vie anime les pierres silencieuses. Trois chatons, dont le pelage se fond dans la couleur des murs, jouent avec insouciance. Le soleil commence à pénétrer les branches des arbres et à couvrir les sourires sculptés d’un reflet d’or. Je m’assieds pour goûter à ce moment intense, les pierres sont encore fraîches. Mais le moteur toussotant du premier tuk-tuk résonne déjà. Le silence est rompu, je sors de ce qui m’apparaît alors comme ayant été un songe. Il est temps de partir, je veux conserver ces longues minutes de face à faces silencieux en mémoire, garder ce souvenir parfait et purement égoiste... je reprends mon vélo alors que deux autres véhicules arrivent. Et d’autres encore les suivent, comme une colonne ininterrompue d’insectes envahissants. Compte tenu de mon rythme, je ne serai plus seule longtemps. Le prochain temple dans lequel je voulais repasser du temps est beaucoup trop loin pour l’atteindre avant qu’il soit pris d’assaut. J’ai donc tout mon temps. Pour explorer des chemins que les moteurs ne parcourent pas, pour se perdre dans la vie calme d’un village, ou se retrouver au pied d’un petit temple isolé, délaissé. Au bord de l’un d’entre eux, une longue pierre plate, déposée sous l’ombre claire d’un jeune arbre, m’invite à m’y reposer. Je m’allonge, la tête sur mon sac photo, et plonge dans un profond sommeil. Je ne sais pas combien de temps j’ai pu dormir. Mais le rayon de soleil qui m’a réveillé était déjà bien puissant, m’obligeant à le fuir. A reprendre mon vélo qui grince, et les petits chemins de sable loins des kalxons et des ronflements des climatisations. J’atteins le temple Banteay Kdei qui bien que sur la tournée classique, reste relativement peu visité. J’y avais entrevu hier un lieu parfait pour s’y poser quelques heures, à l’ombre d’un manguier, pour lire ou écrire, ou... dormir... je suis fatiguée, et l’appel du sommeil est plus fort encore avec la chaleur abrutissante qui règne déjà. Une longue pierre horizontale, de l’ombre, un petit courant d’air frais au détour d’un couloir, et je sombre de nouveau...

 

Je suis nulle en histoire. Nulle au Trivial Poursuit, pour le camembert jaune plus que pour tous les autres. Et j’ai un peu honte de dire que je me suis très peu renseignée sur ce qu’était historiquement Angkor. Je suis pas une fan de tas de cailloux en général, surtout quand ils sont devenus inanimés. Mais quel que soit ce qu’il se soit vraiment passé dans ces temples, j’y ai trouvé une énergie ancestrale et divine, une ferveur dont est empreinte chaque pierre, une sérennité qui donne au sommeil une profondeur inégalée...

Hier j’ai visité Angkor. Aujourd’hui je l’ai ressenti, et vibré à son rythme.

Demain je partirais, avec plus de magie dans le coeur que dans mes images, mais il y a un temps pour tout...

 

 

* Angkor Wat: THE temple. Celui qu’on voit dans les brochures d’agences de voyage. Surtout au lever du soleil.

Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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Jeudi 5 avril 2007 4 05 /04 /2007 13:38

Battambang,

Le 5 avril 07

 

J’ai l’impression de tomber du lit directement en plein coeur du marché. Installée à une des multiples tables pliables éparpillées, sur une des innombrables chaises rouges en plastique, j’attends ma soupe de nouilles au poulet et mon café glacé. J’ai devant les yeux un large échantillon de nouilles diverses et variées, quelques légumes découpés finement, des morceaux de poulet frits, du porc gras et des fines tranches de boeuf marinées. La table est encombrée de pots et de bouteilles contenants différentes sortes de sauces, un petit distributeur de papier toilette, et une carafe en plastique rouge également avec du thé léger et froid. Il fût un temps ou je rêvais de croissants et de pain frais pour le petit déjeuner, mais le départ se rapprochant, j’ai plutôt envie de retarder ces images de “chez moi”...

Il y a encore 30 minutes, j’étais dans ma triste petite chambre sans fenêtre, dans laquelle le ronflement du ventilateur couvrait très largement tous les autres bruits, et où la lumière naturelle ne passait que par une étroite ouverture au dessus de la porte. Rien de très excitant. Mais maintenant, assise à cette table au beau milieu d’une fourmilière “sonnante et trébuchante”, j’ai enfin l’impression d’être arrivée au terme d’un long voyage...

Je pourrais être quelque part dans le marché d’une province thailandaise, ou dans une petite bourgade chinoise si il y avait plus de crachats par terre. Mais ces doux et beaux visages souriants autour de moi, le goût délicieux du café glacé et le paquet de cigarettes Alain Delon posé à côté de mon bol me ramènent au Cambodge.

Après la longue traversée en bateau de la journée d’hier, je débarque un peu frustrée dans cette petite ville* au décor chinois, fade et froid, auquel seules quelques ornements bien kitsh donnent un peu de couleur. Les paysages dans lesquels nous avons évolué hier, au rythme ralenti du bateau, sont l’image même  que j’avais du Cambodge que les transports ne me permettent que d’effleurer du regard. Les maisons de bambou flottent sur la rivière, d’autres, montées hautement sur leurs pilottis, attendent patiemment la montée des eaux pour que leur plancher soit lui aussi caressé par les flots jaunes; les gestes lents et gracieux des pêcheurs qui jettent leur filet, les chapeaux coniques et les rizières qui longent les berges...  sur le toit du bateau, au milieu des sacs et de quelques cambodgiens, j’ai vu défiler sous mes yeux ce que je n’imagine plus trouver dans ces rues blanches et goudronnées.

Je me suis promise de partir davantage à la rencontre des gens, plus que de leur patrimoine, d’abandonner mon guide, de me perdre au détour des ruelles comme j’aime tant le faire. Je ne sais pas exactement ce qui m’a poussée à venir ici. Battambang est bien un lieu dont j’ignorais totalement l’existence il y a à peine quelques jours. Serait-ce le couple de français rencontré dans les ruines d’Angkor, qui ont également prévu cette étape, et avec qui je prolongerais volontiers la trop courte conversation que l’on avait alors entamé? Serait-ce ma chère Eva, superman et leurs deux neurones, se dirigeant vers Phnom Penh, qui m’ont influencé dans la décision de partir dans une direction opposée?

C’est peut-être bien plus que ça... “Been, parce que Benoît, et parce que pas Ben*” que j’ai rencontré peu de temps après mon installation au Golden Parrot Hotel, me laisse présager un tout autre à mon passage ici... je sais pas bien pourquoi, mais j’ai le sentiment qu’il va se passer quelque chose de particulier lors du rendez-vous qu’on s’est fixé cet après midi. Peut-être une autre épreuve de mon examen final?**

 

 

 

* Battambang est pourtant la deuxième ville du Cambodge, après Phnom Penh

* Been: ce sont ses propres mots...!

** voir article Good morning Cambodia.

Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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Lundi 9 avril 2007 1 09 /04 /2007 10:56
Ici et ailleurs.
Battambang, le 9 avril.


Je n’ai plus grand chose à faire ici. J’ai effectué ma courte mission du mieux que je pouvais, y mettant toute mon énergie, même si parfois du fait de la chaleur humide et écrasante, je n’en avais pas tant que ça. J’aurais pu choisir de rester toute la semaine, mais les expériences n’ont pas nécessairement besoin d’être longues pour s’avérer riches. Riches et concluantes, d’une manière ou d’une autre.
Moi à la base,  vendredi dernier, j’avais juste rendez-vous avec Been pour qu’il m’emmène à l’école de cirque dans laquelle il donnait des cours de jonglage. Forcément, avec un sujet photo sur les écoliers, c’était doublement intéressant. Mais je ne m’attendais pas à tomber en pleins préparatifs du festival Tini Tinou*, la semaine internationale du cirque, et encore moins à ce que le budget du centre culturel français ne puisse se permettre un photographe pour suivre l’évènement. Voilà que pendant que je suis en train de regarder deux jeunes cambodgiennes perchées sur un trapèze en bambou, sous l’oeil vigilent de leur prof, je me fais aborder par Michelle. Michelle, c’est une comédienne qui est tombée sous le charme de cette école et qui est venue donner un coup de main pour le festival. Michelle qui regarde, l’oeil de travers, mon sac photo posé sur l’herbe, et l’appareil que j’ai à l’épaule. Oui, je suis photographe, pourquoi?
En deux temps trois mouvements, je rencontre le directeur de l’école et un français qui s’occupe de la com. Je deviens l’improbable photographe officielle du festival, avec un badge plastifié autour du cou et des coupons repas pour manger avec les artistes et le staff...
Oui, je suis photographe, que je leur ai dit... qu’est-ce que je pouvais répondre d’autre, en même temps?  que là je démarre? que j’ai jamais couvert d’évènement quelconque, que j’ai jamais fait la moindre expo et que je ne connais qu’un centième des capacités de mon appareil?...
Non. Je leur ai dit que j’étais photographe, car je sais que c’est une opportunité à saisir, un exercice qui me fera travailler des ambiances et des cadrages qui ne sont pas mon fort...
C’est mon premier boulot... payé en bols de riz et en soupe de champignons gluants, mais c’est un boulot. Je ne leur ai pas garanti ma présence sur toute la durée du festival, je ne me sens absolument pas liée à quoi que ce soit, je prends cela comme un exercice de style et comme un moyen de m’amuser un peu à faire autre chose.
Aujourd’hui, cela fait déjà trois jours. Trois jours que je jongle, moi aussi, mais avec des objectifs et des cartes mémoires... que je passe mes matinées à graver des dvd et à faire comme je peux de la place sur mon ordi, et le reste de la journée à shooter...  le truc, c’est que les matinées sont de plus en plus longues, parce que c’est de moins en moins facile de trouver de l’espace de libre.

J’ai pris mon rôle très au sérieux. Même si on n’attendait plus grand chose de moi quand Jean est arrivé, le premier jour du festival. Jean, ça fait des années qu’il fait des photos de spectacles. J’aurais pu me sentir de trop, mais Jean n’est pas du genre à regarder les autres de haut. Quand on s’est rencontré à l’école, avec chacun notre badge vert autour du cou, et nos appareils respectifs à l’épaule, on ne s’est pas regardé de travers. Au contraire, on s’est rapproché, parce que être photographe dans un festival, je l’ai vite compris, c’est être en plein coeur de l’activité, mais en restant toujours à l’écart. On ne fait pas partie des artistes, on est pas grand chose à vrai dire. Notre petit badge nous autorise à aller partout, à monter dans les pick-up décorés pour la parade, à s’installer près de la régie au premier plan pour le spectacle, mais on reste des étrangers quand le soir les artistes se retrouvent au resto. C’est comme ça, et je suis heureuse d’être tombée sur Jean. Loin de se concurrencer, on tente de se compléter, lui passe en noir et blanc quand je suis au même endroit en couleur, on se sourit parfois après avoir déclenché exactement en même temps, on compare nos images et nos réglages... J’apprends, je découvre, j’expérimente, et ma foi, je ne suis pas trop mécontente du résultat.
J’ai longtemps mis en doute mes capacités à prendre de bonnes photos. À n’être qu’une amatrice qui s’affiche avec un matériel démesurément professionnel. Mais à cotoyer des photographes comme Jean, Ceera d’Italie, ou encore Maité et Isabelle d’Espagne, je réalise que j’ai, moi aussi, des images qui suscitent une réaction... J’ai beaucoup de travail à donner, pour affiner mon style, pour découvrir de nouveaux angles, mais il ne tient qu’à moi de le faire...
C’est rassurant de discuter des difficultés que j’ai pu rencontrer dans mon voyage, et de comprendre que ces vrais photographes là, eux aussi, y font face un jour ou l’autre. C’est encourageant de voir que je ne suis pas la seule à chercher parmi les centaines d’images que j’ai sur mon écran si il y en ne serait-ce qu’une qui sort du lot....
Si si, je suis photographe. Moi aussi. C’est comme ça que je me vois, comme ça que les gens me voient et donc ne me voient pas...  je suis celle qui se cache derrière son objectif, et qui se faufile, tini tinou....



* tini tinou = ici et ailleurs, en khmer
Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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Mardi 10 avril 2007 2 10 /04 /2007 15:26

Le 10 avril 07, Battambang

 

 

Un nouvel endroit à quitter. Je refais mon sac ce soir avec le sentiment de ne rien connaître de la ville qui m’a hébergée pendant presque une semaine... je peux vous parler de flips ou de saltos avant, de bascule, de longe ou de diabolos, mais ne me demandez pas ce qui est intéressant à voir à Battambang. Je ne suis plus vraiment au Cambodge, mais bien qu’y ayant remis un pied, je ne suis pas non plus vraiment en France. J’ai finalement troqué la soupe de nouilles contre un pot de Nutella que j’ai acheté chez le chinois du coin; j’ai oublié le salut khmer au profit de la bisouille faussement amicale, et mon objectif a délaissé les écoliers en uniforme pour des étudiants en costume.

A Phare Ponleu Selpak, l’école de cirque, on pénètre dans une sorte d’oasis hexagonale, un foyer de réminescence coloniale déguisée en chapiteau, une petite île de douceur dans un océan plus doux encore. Et en plus d’être entourée de français, c’est au milieu d’artistes que je me suis retrouvée. Ces gens qui amusent et coupent le souffle, qui surprennent par des prouesses défiant Newton et sa pomme, ces gens qui parfois risquent leur vie pour le regard emerveillé d’un enfant... ah, les artistes de cirque.... les troubadours et leur clique de techniciens... Viens voir les comédiens, qu’y disait.

Y’en a un autre qui disait qu’il aurait voulu être un artiste... qu’il passe trois jours comme photographe dans un festival de cirque avec un pantalon ali-baba indien qui pue les égouts*, et on en reparle.

Je pensais trouver en ce lieu un peu de french-ouillarde camaraderie, mais manifestement, je n’avais pas le genre de la maison. Pourtant, quelque part sur mon passeport, il est écrit en gros qu’on vient de la même (maison).

Il paraît...

C’est évident, j’ai quitté le monde du voyage. Elle me semble bien loin, cette solidarité parfois discutable mais toujours omniprésente entre voyageurs. Cette simplicité de contact, ce rapprochement naturel, cette envie de partager nos expériences et ce monde, qui est devenu notre.

Ici, c’est un autre monde. Il n’y a de place que pour les artistes et les expatriés suants de bonne conscience et de superiorité. Il n’y a pas de méchanceté, mais juste de la froideur. Pas d’exclusion, mais de l’indifférence. J’ai déjà ressenti cela, avec, je suis au regret de le dire, d’autres expatriés français. En Inde, en Chine ou en Mongolie, j’ai déjà remarqué ces regards absents, ces haussements de sourcils imperceptibles à la vue d’un simple visa de ... touriste...

C’est comme ça, on critique le système de castes affiché en Inde, mais ça marche comme ça partout même si on l’appelle différemment. Alors quand j’entends que notre ami sarko, dont le nom indigeste m’était complètement sorti de la tête, veut mettre en place un ministère de l’identité française, ça me fait rire doucement.

On m’a fait remarqué récemment qu’il ne fallait pas que j’oublie d’où je viens, et la chance que j’avais d’être née sous ce drapeau tricolore là. Je n’ai pas oublié. Et plus je m’en éloigne, plus je mesure cette chance; mais plus je m’écarte du chauvinisme à l’extrême...

Que deux parisiens s’ignorent en se croisant dans le métro, c’est une chose. Mais deux compatriotes qui se croisent au Cambodge...  j’ai le sentiment d’être une bac pro du voyage, face à des diplômés d’HEC....

Mais peu importe. Je suis restée pour la photo. Non pas pour rencontrer des français, je serais suffisamment vite de retour au pays pour cela. Je suis arrivée avec mon appareil, et je repars avec plein de nouveaux projets en tête.*

Et puis évidemment, j’exagère le tableau.

J’aime exagérer. Vivre, c’est exagérer.

 

Tini Tinou, ça a d’abord été la rencontre de Been (Benoit-le-jongleur), qui m’a offert la possibilité de découvrir ce lieu, et qui m’a donné des exercices pour jongler à 5 balles. Been, ça a été la première porte que j’ai trouvé ouverte sur cet autre monde que je ne connaissais pas. Puis Jean est arrivé, mais pour le coup, on passait ensemble beaucoup de temps dans notre monde à nous... celui des prises de lumières et des basses vitesses, des cadrages et des marie-louise, celui dont le passeport est pendu lourdement à l’épaule prêt à être déclenché. Une passion, un monde?

Puis bien sûr, je pense à Mahmoud, de la compagnie XY. Prof d’acro à l’école de cirque de Lomme... faut le faire, quand même... dire que j’ai passé des heures à galérer pour mon permis moto sur le parking à côté... **

Mahmoud, c’est pas le genre de gars qui a pris la grosse tête. Faut dire, en voyant sa carure de crevette, on est pas réellement impressionné... ce qui n’est pas le cas de Mikis, autre XY, qui est lui taillé comme une armoire à glace, mais qui a peur des cafards...

Enfin bref, Mahmoud, respect. Respect pour ce que tu donnes sur scène, et surtout sur ce que tu sais donner en dehors du spectacle.

Et puis il reste Patrice. Le dernier à qui j’ai dit au-revoir ce soir. Le cuistot. Enfin, celui qui gère le resto du “campus” qui a ouvert de justesse la veille du démarrage du festival avec deux mois de retard... Patrice qui essaie de faire comprendre aux cuisinières que la cuisine traditionnelle khmer ne perdra pas sa saveur si elle est préparée sur les plans de travail tout neuf, plutôt que sur la dalle carrelée du sol. Je ne le connais que très peu, à vrai dire on ne s’est croisé qu’épisodiquement au resto, mais c’est une rencontre formidable. J’aimerais être à l’anniversaire-festival qu’il prépare avec ses potes pour le 24 juin à Marseille, mais j’aurais alors un autre anniversaire à fêter.

 

Mon festival se termine. Les rideaux se tirent doucement et on rallume les lumières. Je m’étais promis de voir le Cambodge, il est grand temps de partir à sa recherche. Je quitte Battambang demain matin, je n’en connais que quelques rues chinoises et un chapiteau français; mais je suis heureuse de m’être arrêtée là. Parce que je me fous pas mal d’être au milieu de 100 cons, si cela me permet de faire juste une poignée de rencontres riches et signifiantes. Si cela me permet d’avancer encore d’un petit pas vers moi même.

Demain soir, je serai à Phnom Penh, la capitale. Il y aura probablement d’autres rencontres, et d’autres désillusions...

Un nouveau festival, peut être?

 

 

 

 

 

* c’est vrai, j’aurais pu le laver après m’être plongée dans la rivière pour aider à pousser le bateau qui était embourbé. A ce moment là, j’avais pas senti l’odeur.

 

* projets??? Je sais, vous aimeriez bien savoir, mais si je dis tout d’un coup, plus personne ne viendra lire les nouveaux articles... et puis c’est comme quand on apprends qu’on est enceinte, il est sage de ne pas ébruiter pas la nouvelle trop tôt...

 

** école de cirque juste derrière le kinépolis, pour ceux que ça intéressent. Demandez Mahmoud ou Abdel, ils rentrent en France d’ici qqs jours. J’en profite pour saluer l’incroyable spectacle de la compagnie... je recommande!

Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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Vendredi 13 avril 2007 5 13 /04 /2007 12:44

le 13 avril, vendredi 13 avril, Phnom Penh

 

Je n’etais pas encore nee. Mon frere, quand a lui, regardait grossir le ventre de maman un peu plus tous les jours, attendant avec impatience l’arrivee de ma soeur, qui avait alors decide de naitre sous le signe du lion. En aout 1975. En France, dans la tour d’une cite de Lille sud. Nico allait a l’ecole, avec les autres gamins du quartier, en longeant les murs tagues qui luttaient contre la grisaille environnante. J’imagine maman, dans le petit deux pieces encombre de polycopies de cours de medecine, allongee sereinement dans le canape de recup, un main tenant un bouquin, l’autre caressant avec tendresse son ventre bien rond. Une journee bien ordinaire et bien heureuse, ou mon pere est rentre comme tous les soirs du travail, embrassant maman, son ventre et Nico avant de prendre, peut-etre, une biere dans le frigo.

Ce soir-la, a Phnom Penh, une ecole perdait son ame a tout jamais. Le sang s’est mis a couler sur les dalles jaunes et noires des salles de classe, les bancs de bois ont ete remplaces par des lits de torture en metal, les fenetres se sont ornees de barreaux. Le siege meme de l’education a ete renverse au profit de la sauvagerie, le theatre d’atrocites inhumaines qui durant quatre annees, ont profondement ancre les murs et les couloirs de gemissements et de cris de douleur.

Les khmers rouges en ont fait le plus important lieu de detention et de torture du pays. La S-21.

La souffrance est encore fraiche, palpable. Les troncs des cocotiers sont tordus, comme si ils avaient du mal a porter le poids des horreurs dont ils ont ete les temoins. Les murs sont encore rehausses de fil barbele menacant et disuasif, mais l’enceinte est calme et verdoyante. Il y a quelques bancs, a l’ombre des arbres en fleurs, des bacs a sable silencieux et deserts, et ces grands batiments de style colonial, aux volets peints en bleu clair. Des classes de gamins en culotte courte. Mortes.

On ne visite pas, on erre. On erre comme les fantomes qui hantent deja les lieux. Les gens se croisent en silence, baissant leurs yeux embues sur le carrelage tache de sang. On ne parle pas, on ecoute. Les murs parlent, les lits grincent et les tableaux noirs pleurent.

Je rentre dans chaque piece, le dos toujours un peu plus courbe, les jambes toujours un peu plus lourdes. Elles se ressemblent toutes; les volets de bois e la peinture ecaillee, une vaste surface

recouverte de damiers jaunes et blancs, une lumiere douce et doree penetre a travers les barreaux rouilles et se diffuse dans la peinture ocre des murs, la rendant plus chaude encore. Mais rien ne peut rechauffer l’atmosphere glaciale qui regne, qui pese au dessus du lit de metal place au centre de la piece. Une photo noir et blanc agrandie sur un mur. C’est ici meme, au pied de ce lit, qu’on a brutalement joue avec la vie de cet homme que l’on voit giser dans propre sang.

Pas besoin de mots.

Dans le second batiment, les portraits se succedent. Les fantomes prennent un visage, et un numero... les regards sont tantot effrayes, tantot sereins, parfois certains visages affichent un sourire. Sourire de naivete, ou sourire resigne face a la pire des miseres humaines? Les enfants ne pleurent pas, ils ne pleurent deja plus. Ils ont les traits endurcis, trop durs pour leur age.

        

Melange de haine, de compassion, d’appel, et toujours, de l’incomprehension.... les yeux qui interrogent, pas trop fort... pourquoi?

Chaque visage revele sa sombre histoire, et renvoie a l’inhumanite et l’horreur de l’instant. Ils appellent a temoigner, a ne pas oublier.

 

C’est difficile. D’evoluer au milieu de ces milliers de regards braques sur leur bourreau. Braques sur moi. La detresse resonne et les emotions sont trop vives. Je suis rentree dans une des cellules en bois, celles reservees aux femmes. J’ai referme la porte sur moi, me suis tapie contre le mur du fond, et j’ai pleure.

Putain de guerre.

Pendant que ma soeur vivait ses premieres annees avec insouciance, des nouveaux-nes mouraient sans avoir appris a vivre; pendant que Nico jouait au foot avec ses copains du quartier, d’autres gamins etaient formates pour devenir les plus cruels tortionnaires; pendant que ma mere revisait ses cours de medecine avec assiduite, des femmes se coupaient les ongles et s’abimaient les mains pour avoir l’air de paysannes incultes.

Un monde, un meme instant, mais des destins differents.

Je sors du musee amorphe. Comme la plupart des visiteurs, j’y ai laisse un peu de ma vie. Je m’attends a voir des ruines autour de moi, des cendres, des corps etendus, en noir et blanc. Les couleurs des decorations du nouvel an khmer qui se prepare sont presque agressives, les musiques trop festives; mais comment voir les cambodgiens d’aujourd’hui avec le meme regard? Si le passe est autant ancre dans de simples murs de briques, il ne peut l’etre que davantage dans les esprits de ces hommes et femmes pourtant si souriants qui envahissent les arteres de la ville.

Il a des musees que l’on parcourt comme on parcourt le coeur des hommes.

Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /2007 13:22

Kampot,

Le 17 avril 07

 

Elle est de plus en plus proche. Partout, omniprésente. Dans ma chambre, autour de mon sac éventré sur le lino, dans le drap sale et usé déplié sur le lit. Elle s’efface parfois entre les pages à peine cornées de mon lonely planet, pour réapparaître brutalement quand j’en rabat la couverture. Elle revient dans les conversations, elle s’impose même si on ne parle pas d’elle, elle s’impose encore plus quand on ne parle pas du tout.

C’est comme si elle m’avait pris la main, pour m’entraîner doucement vers l’aéroport, pour m’accompagner sur ce trajet que je rendais plus long en empruntant des chemins de traverse. Elle est venue me trouver, et a commencé à hanter mes jours et mes nuits. Me pointant avec sarcasme la destination finale que je m’apprêtais à atteindre bientôt, irrémédiablement. Bon grè, mal grè.

Elle me donne envie de ne rien faire, mais me culpabilise aussitôt. Et réciproquement...

Quand je veux reprendre mon voyage, quand je persiste à croire qu’il n’est pas encore trop tard pour que le Cambodge ne me surprenne vraiment, elle se moque de ma stupide obstination à essayer de la fuir.. car trop tard, elle est déjà là. À quoi bon lutter, à quoi bon s’épuiser....

C’est la fin. On croise des gens qui arrivent, d’autres qui partent. Je suis de ceux qui partent... les vieux usés qui radotent leurs souvenirs passés, les yeux brillant encore, mais les jambes tellement lourdes... contre les jeunes frais et propres, pleins d’énergie, et pleins de temps...

C’est la fin... c’est elle. On avait rendez-vous le premier mai, mais elle a décidé de venir plus tôt que prévu. Peut-être pour que je n’essaie pas encore une fois de l’esquiver? Elle serait venue, tôt ou tard, de toute façon.

 

Je me sens changer, petit à petit, rechercher des repères qu’il n’y a pas forcément ici, mais que je me réinvente, me réhabituer aux goûts si longtemps oubliés avec un naturel galopant, ne plus vraiment apprécier que les choses soient si simples, mais commencer à trouver cela normal..

 

Je compte les jours. Je les écris, les uns à la suite des autres, sur une page blanche, avec leur nom et leur numéro à côté. Il me reste deux mercredis....

Je remplis la colonne vide par le bas. D’abord le jour du départ marqué d’une croix noire, puis Bangkok, les quelques jours de repos sur les plages de Ko Chang*, le passage de la frontière thailandaise, le break d’une nuit à Sihanoukville, et aujourd’hui, le 17 avril, ma dernière journée à Kampot. Tout rentre désormais sur une seule page de cahier d’école.

J’ai perdu l’envie de découvrir davantage, tout me paraît beaucoup plus vain maintenant que mes jours sont comptés. Peut-être que je cherche à rendre le temps plus long, à donner à chaque instant une valeur d’éternité? Parfois je voudrais qu’il s’arrête; mais parfois je prie en silence pour qu’il s’accélère.

Puisque la fin est bel et bien là, qu’elle m’emmène maintenant, qu’elle me prenne entièrement le temps qu’il me reste et qu’elle a déjà commencé à me voler.

Qu’elle abroge la mélancolie qui s’empare de moi quand je sens mon voyage s’effilocher peu à peu, s’effiler entre mes doigts.. Il ne m’en restera bientôt plus que quelques milliers d’images, et de nouvelles marques sur le corps et le coeur.

C’est une aventure qui se termine et laisse place à une autre; un voyage qui s’achève pour en voir naître un nouveau;

Il n’y a pas de fin qui ne soit le début d’autre chose..

 

 

 

* Ko Chang: île thailandaise, à côté de la frontière cambodgienne

Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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Vendredi 20 avril 2007 5 20 /04 /2007 15:46

Ko Chang,

le 20 avril

Je suis desolee, mais je vais encore devoir m'absenter quelques jours....

C'est pas de ma faute si sur cette ile hyper touristique, il reste des endroits perdus et difficiles d'acces...'ai trouve aujourd'hui au detour d'une route defoncee par la pluie des moussons, une petite guest perdue au bord d'une eau superbe... un retour aux andaman, avec le confort et le luxe thailandais...

je migre demain matin de ma lonely beach actuelle, qui est bien occupee comme il se doit, et je vais a l'autre bout de l'ile....  pas d'internet. pas de moyen de communication.... le silence........

 

A bientot..

Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /2007 09:35
    Toujours rien a l’horizon. Toujours pas de changement, tout est strictement a l’identique autour de moi. La mer est belle, calme, claire; le ciel reste imperturbablement bleu et la plage deserte.
    Je retrouve les memes personnes, dispersees sur les coussins aux quatres coins de la hutte restaurant. Aux memes places que la veille.
    Je ne sais pas quel jour on est, on est peut-etre encore hier; j’espere qu’on est pas deja demain. J’ai l’impression d’etre tellement dans le present que je n’ai plus ni passe ni avenir. Plus de pensees, ni de peurs, plus d’autres preoccupations que celles de parfaire mon halage et de choisir parmi les nombreux delices proposes sur le menu.
    Les jours se suivent et se ressemblent, ils s’enchainent lentement mais aussi doux et paisibles qu’ils puissent etre, ils me precipitent dans la gueule beante de Bangkok.
    Je ne sais pas depuis combien de temps je suis la, mais c’est le moment de penser a partir. Car a en croire 80 % des personnes interrogees ce soir, nous sommes le 25 et je m’etais fixe le 27 comme date de depart. Je suis d’ailleurs en train de me demander si je peux vraiment pas grapiller un ou deux jours de plus....
    J’ai trouve un lieu inespere et ideal pour finir mon parcours; l’idee de repartir vers Bangkok quelques jours avant le grand depart pour faire du shopping ne m’enchante guere.
    Sans avoir la moindre idee de ce qui m’attendait, j’ai mis les pieds sur le seconde ile la plus touristique de Thailande... je l’ai vite realise, en longeant en pick-up les kilometres de cotes defigurees qui menent a Lonely Beach, nom que j’ai pointe sur la carte sommaire d’un depliant de club de plongee en debarquant du ferry. ca sonnait pourtant bien, Lonely Beach, mais cette plage aussi regorge de resorts plus ou moins luxueux, de bikinis Billabong et de barbecue parties. Je n’esperais pas reellement trouver autre chose, a vrai dire, c’est bel et bien cette image la que j’avais des iles thailandaises.
    Puis j’ai rencontrÈ les Igniro (l’oncle et le neveu), Aniera (espagnole aussi) et Sharon (Israel); on a loue des motos pour aller tout au bout de l’ile, sur la cote oubliee des tours operators, la ou le beton s’arrete pour laisser place aux larges crevasses de terres rouges ravinees par les pluies.
    Le genre d’endroit que l’on espere trouver enfin derriere chaque epingle a cheveux, au sommet de chaque cote abrupte, mais qui se laisse desirer longtemps encore.... le trajet nous a semble durer une eternite. Mais nous avons decouvert ce qu’aucun d’entre nous n’avait imagine pouvoir trouver a Ko Chang. Long Beach, coincee entre deux nez de roches, s’etend, deserte, bordee de cocotiers et de jungle dense.
    La Tree House GH la domine, a son extremite ouest, et l’eau claire et calme vient en lecher les pilottis le soir quand la maree est haute.
    Cette guest house porte bien son nom, ma hutte est perchee a deux metres de hauteur au milieu des arbres et quand je suis dans le hamac, entre les feuillages epais et delicieusement ombrageux qui m’entourent, je peux entrevoir la mer, et les huttes voisines.
    Il n’y a de bruit que celui des clapottis des vagues, et les chants resonnants des oiseaux.
    Il n’y a pas de musique, pas de magasins, pas de distraction. Si ce n’est celle de plonger le regard dans les reflets luisants de la mer, s’y plonger tout entier.
    Je ne fais rien. Je prends soin de moi, soin de ce qui m’entoure et qui est encore si vierge et pur. Le temps passe, d’heures de solitude et de contemplation en heures de partage et de discussions legeres. Les jours passent divinement, dans un monde qui me parait bien loin de celui qui m’attend tres bientot. Au prochain virage....
    La realite de cet autre monde n’est pas faite de yoga dans des eaux limpides et chaudes, et je crains un peu de retomber dans l’ocean houleux dans lequel je tentais en vain de me debattre il n’y a pas si longtemps que cela.
    Il n’est pas encore temps d’y penser. Je veux vivre pleinement les derniers moments et ne pas les ternir de sombres pensÈes, j’ai juste envie de vivre maintenant.
Par amelie - Publié dans : Avril 2007 - Cambodge
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