Good morning Cambodia
Siem Reap, le 1er Avril
il me restait un mois avant le départ de l’avion pour Paris. J’avais le choix, à vrai dire, de Bangkok, j’avais une multitude de choix qui se présentaient à moi. Mais j’ai opté pour le Cambodge dont on m’a plusieurs fois vanté les mérites.
Les temples d’Angkor, les gens adorables et souriants, et les villages accrochés à des routes poussiéreuses et cahotiques.... tout ça à quelques heures de bus de la Thailande, qui comme à son habitude, aime à rendre les choses simples là où l’Inde les auraient rendues insurmontables....
M’y voilà arrivée. Le temps d’acheter un ticket de bus et un lonely planet d’occasion, et le décor s’est rapidement transformé autour de moi. Au passage de la frontière, le gourdon s’est changé en terre rouge, le bus a perdu sa climatisation et ses sièges amortis, et enfin j’ai pu faire coulisser les vitres pour passer la tête à travers et respirer l’air chaud et poussiéreux du Cambodge. Wouahou. On dit souvent que la première impression est la bonne, et si c’est bien le cas, alors j’ai vraiment fait le bon choix. À peine trente minutes après la frontière, un pneu a crevé, nous déchargeant au milieu de quelques huttes sommaires, dont l’une répare les pneus crevés et une autre vend des boissons fraîches. Premier contact avec la population, premiers échanges de mots, surtout de gestes et de sourires, car ces gens ne parlent pas un mot d’anglais. Je revis... les japonnais restent près du bus, à l’ombre. Le couple d’américains qui se sont plaints à la frontière de ne pas continuer la route en VIP bus jusqu’à Siem Reap sirotent un coca la machoire serrée. L’anglais fume. Il n’arrête pas de fumer. Et moi, j’erre... entre les deux gamins qui s’acharnent à démonter une énorme chambre à air (serait-ce la nôtre?), entre trois jeunes hommes qui réparent un tuk-tuk mis à nu, puis je finis par m’assoir près d’un femme, dont la beauté de la petite fille m’avait touché depuis l’autre côté de la route. Elle s’appelle Na. Elle a un regard triste quand je la prend en photo, et un sourire éclatant quand elle se découvre sur le petit écran numérique...
C’est là que mon voyage au Cambodge a commencé, dans la profondeur des yeux de Na, et dans le sourire fier et amusé de sa mère. J’aime déjà ce pays.
Le trajet en bus est long, très long, mais je retrouve ici le plaisir de regarder par la fenêtre, de renvoyer des sourires à ces visages qui se figent pour nous laisser passer, d’observer cette vie paisible de villages isolés, de m’attendrir devant toute cette douceur...
C’est en toute sérennité que quand la nuit tombe, je m’allonge sur le siège et tente de m’endormir. Persuadée que le Cambodge ne me réservera que des belles surpises...
Quand Bok rallume la lumière pour nous annoncer l’arrivée imminente à Siem Reap, berceau des temples d’Angkor, c’est un tout autre visage que je découvre... le grande rue que l’on descend est bordée d’hôtels somptueux, rivalisants de finesse et de scintillements délicats, devant lesquels sont garés de beaux bus blancs au design élégant.
Notre minibus à nous, cabossé et sans design, nous dépose à son tour dans la cour d’un établissement, plus sobre, mais au caractère froid et impersonnel. Il est passé 23 heures, on est crevés et ça, Bok le savait avant même que l’on ne quitte Poipet, à la frontière. J’admets que c’est très bien joué de sa part, car il gagnera une grosse commission en livrant à “domicile” une bonne dizaine de touristes aux dollars tout frais. A se demander si ils n’ont pas monté le coup de la panne pour nous retarder... en Inde, je ne me serais même pas posé la question, cela aurait sonné comme une évidence. Je n’aime pas cela, mais me laisse prendre en toute conscience dans leur jeu. En négociant, Eva et moi on se retrouve à partager une chambre spacieuse avec salle de bain pour 5 dollars. C’est raisonnable pour une nuit, car je compte dès le lendemain me choisir moi-même mon propre lieu de résidence..
Les gars de l’hôtel sont assoiffés de cash, et tentent de nous forcer à consommer des boissons aux tarifs exorbitants, ou de nous vendre pour le lendemain des circuits de visite des temples. Je n’aime pas cette ambiance, et l’image si belle que j’avais du Cambodge se couvre déjà d’un gros trait de crayon noir...
Il faut que j’arrête de rêver, que je devienne un peu plus réaliste... je suis à Angkor, dont le temple principal fait partie des merveilles de ce monde, à une journée de bus de Bangkok ou à moins d’une heure en avion, j’aurais du m’attendre à cette défiguration que seul le tourisme peut affliger...
Très bien. J’accepte de jouer ce jeu là aussi, d’être pendant quelques jours une touriste parmi des milliers d’autres avec un appareil photo à l’épaule et un pass qui pendouille du sac.
C’est maintenant que je vais voir si j’ai développé davantage d’individualité... si le fait de me retrouver noyée dans la masse va altérer mon sentiment de fierté d’être moi-même.
C’est devant ces ruines sans âge et sans pudeur, au milieu d’êtres humains sans gêne et sans scrupules, dans des rues sans coeur et sans histoire, que mon chemin me conduit. Avec le même pantalon ali-baba troué, j’étais devenu quelqu’un dans une île perdue, et je redeviens aujourd’hui une quelconque figurante dans un mauvais film...
Le Cambodge prendait-il des allures d’examen final? Là où je m’apprête à expérimenter ce que l’Inde m’a appris, là où je vais enfin voir si j’arrive à m’affirmer telle que je suis, avec ce pantalon troué dans lequel je me sens si bien et ma mauvaise coupe de cheveux...*
Affaire à suivre..
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profondement ancre les murs et les couloirs de gemissements et de cris de douleur.
