Lundi 17 avril 2006

Suite de l'article d'hier, que je n'ai pas eu le courage de finir dans le cyber..... alors merci beaucoup a tous ceux qui m'ont transmis des commentaires pleins de soutien et plein d'amour! Aujourd'hui, je suis a Bangkok, et pour vous rassurer.............. J'AI LA PATATE!!!!

mais retour sur la soiree difficile, car cela fait partie aussi de mon voyage, et ca m'a pris plus longtemps que quelques lignes..... Alors je reprends ou j'en etais, derniers etats d'ames de Calcutta, Dimanche 16 avril, dans la chambre d'hotel.

Donc je decide de sortir de ce cyber cafe, et me dis qu'il faut que je me nourrisse. C'est le terme quand on a pas de plaisir a manger mais qu'on le fait par necessite. Je dois me nourrir. Je passe devant le resto ou nous avons mange avec Christophe hier soir. Je n'ai pas le coeur a manger la, et de toute facon il y a un monde fou qui fait la queue sur le trottoir. La fameuse file indienne qui n'est autre qu'un amas desorganise de personnes qui rient, rotent et parlent fort. Plein de familles qui attendent patiemment avec leur ticket pour pouvoir partager un bon repas d'Inde du sud. Tellement de monde que des vendeurs de jouets et des maneges ambulants se sont installes devant le resto. Non, decidemment, l'ambiance est bien trop joyeuse et je ne pourrais de toute facon pas la supporter. Je continue mon chemin, et ma gorge est de plus en plus serree. Nous ne sommes reste que quelques jours a Calcutta, mais ces rues, nous les connaissions deja bien. Trop bien pour qu'elle ne me rappelle pas son absence a chaque instant.

Je file directement vers une cantine en face de l'hotel, pas de chaises, on mange debout, ca sera donc rapide et efficace. Comme partout, il y a du monde et du bruit. Et comme partout, je suis differente et les gens me devisagent en riant. Ils me laissent de l'espace, par timidite et pour pouvoir mieux m'observer. Cet espace dont tout le monde reve ici, pour moi, se remplit de vide et me renvoie a ma solitude. J'avale mon dosa, dernier dosa, bois une goutte d'eau trop froide et traverse la rue pour regagner l'hotel.  J'evite de croiser le regard des gens, je ne veux pas parler, pas sourire, je n'ai pas envie de craquer devant eux. Juste trois petits mots au "garcon d'etage" : Cold Kingfisher  please. Trois p[etits mots pour accompagner mon cafard avec une biere fraiche. En rentrant dans la chambre, je prends plus que jamais mesure du fameux proverbe: Un seul etre vous manque, et........... et l'Inde entiere est depeuplee, me laissant moi, ma Kingfisher et cette immense chambre d'hotel comme flotter dans un espace.....vide.  Le coeur vide, la tete vide; les yeux, bien que maintenant a l'abri de tout autre regard, sont desesperement vides eux aussi et n'arrivent pas a pleurer. Seul mon estomac est plein et il me le fait savoir, comme si le dosa voulait se venger de ne pas avoir ete apprecie a sa juste valeur....

Et si je ne suis plus capable de m'emerveiller devant l'Inde, que ce soit ses dosa ou tout le reste, alors il est temps. Demain, des l'aube, a l'heure ou blanchit la campagne ( enfin la rue jonchee de corps endormis et de tas de dechets fumants), je partirai. Nouveau depart dans un nouveau pays ou, comble du sort, on vient de feter la nouvelle annee.

Je revois la scene de mon depart en Janvier. Aux revoirs emus dans un hall d'aeroport, un sac a dos ficele, un saut vers l'inconnu, pleine de confiance mais aussi pleine de doutes, et surtout ... seule. Je me rejouis pourtant au souvenir de ce sentiment de liberte que j'avais alors ressenti apres le decollage. Demain, il en sera de meme, et je repartirai vers de nouvelles decouvertes, avec une confiance en moi plus accrue qu'elle ne l'etait alors. Attention Bangkok, me voila..........

Dimanche 16 avril 2006

Calcutta, dimanche 16 avril, 19h24

je suis de retour dans le quartier ou je deambulais avec mon homme il y a encore quelques heures. Le retour en taxi a ete dur, et pour la premiere fois depuis bien longtemps je me suis fait arnaquee comme une debutante.... ca devait se voir sur ma tete que j' etais une proie facile, alors ils n' ont pas lesine, les mechants. Comme si les indiens se souciaient de l'etat d'esprit des porte monnaies ambulants que representent les touristes.....

Pour la premiere fois depuis bien longtemps, je trouve que ce chauffeur de taxi roule comme un cingle, et pour la premiere fois depuis longtemps.... j'ai peur de ne pas arriver entiere a destination....  les rues me paraissent sales et encombrees, bruyantes, criantes, assommantes... je suis fatiguee, et franchement pas d'humeur a prendre avec le sourire tout ce que l'Inde me bombarde encore en pleine tete.... cette fois, elle aura eu raison de moi, et je n'ai plus qu'un seule desir, c'est celui de me coucher et de me reveiller ailleurs. Loin d'ici.

Pour la premiere fois depuis longtemps, j'ai eu envie de me faire toute petite et de me glisser dans les bagages de Christophe et de rentrer, envie de retrouver quelque chose de familier, un decor accueillant, des amis, une bonne bouffe, un bon lit..... un peu de chez moi. Mais non, au lieu de cela, c'est un nouveau saut dans l'inconnu qui m'attend demain. Nouveau depart, nouveau pays, nouveaux gens, nouvelles pieces, nouvelle langue, nouveaux rickshaws, nouvelles arnaques..... Je vais passer de l'arnaqueur qui dodeline de la tete a l'arnaqueur qui sourit tout le temps. Enfin on verra, apres tout il ne sourira peut etre pas du tout.

 La Thailande. Qu'est ce qui peut bien m'attendre la bas..... je n'ai pas encore saisi toutes les lecons que l'Inde m'a donne, et je dois deja changer d'ecole..... La venue d'Anne Christine, puis celle de Christophe m'ont cependant aide a realiser a quel point j'avais change. Je me suis endurcie, je me sens plus forte et n'ai plus besoin de personne pour l'etre. Il me faut un peu de temps pour digerer les choses, afin de les ecrire noir sur blanc et de pouvoir les partager avec vous. En tout cas, la Thailande n'a qu'a bien se tenir, parce que j'arrive. Meme si ce soir je n'ai pas une roupie de courage, que je me sens desesperement seule, que je suis fatiguee a l'idee de devoir refaire encore une fois mon sac a dos et de me lever tot. J'ai hate de partir d'ici maintenant, de quitter cette chambre d'hotel beaucoup trop grande pour moi toute seule. Il me faut changer de decor, partir vers de nouvelles aventures, avoir de nouveau cette envie de decouvrir qui me faisait tant avancer jusqu' a aujourd'hui. Je suis prete a partir, et presquqe prete a arriver........

Bye bye India. Je n'aime pas les adieux, alors disons .... a une prochaine.....

Jeudi 13 avril 2006

Jeudi 13 avril

nous voila arrives a Calcutta... bon d accord, on donne pas beaucoup de nouvelles, mais je suis sure que vous comprendrez qu'on essaie de profiter a fond de nos quelques jours ensemble.. et puis on a pas chaume, car apres 3 jours a Benares, la ville sainte pour les hindous, nous avons pris la direction de Bodhgaya, ville sainte pour les boudhistes.... ben oui, comme ca Christophe a un deja un bon apercu....

la, les choses s accelerent nettement, puisqu il ne nous reste que 2 jours a passer ensemble, et en Inde. Des dimanche, Christophe repart vers Paris et je prends un avion pour Bangkok. Fin de l'aventure indienne.... et plein d'articles a la bourre, oui, je sais. mais ca viendra, probablement de Bangkok.

voila, en tout cas on a ete agreablement surpris par l arrivee a Calcutta qui nous faisait un peu peur, surtout apres le voyage encore bien crevant en train.... genre depart a 2h du mat, alors que le train etait prevu a 21h30...... mais bon, en arrivant, on se croirait a la gare du nord, c est clean, et y a meme une sorte de cafet-self-patisserie-snack propre au point que les cuistots ont une charlotte sur la tete... du jamais vu. Meme le metro de Calcutta vaut largement le parisien. Impressionnant. Enfin voila, accueil plutot positif pour le moment.

A bientot pour d autres nouvelles, et pour d autres photos.....

Samedi 8 avril 2006

Varanasi, le 7 avril

Le titre de l'article semblait evident..... pour parler de toutes ces toutes petites choses qui peuvent, en certaines circonstances, devenir de veritables moments de bonheur.... Un lit, un ventilateur, une douche et des boissons fraiches.... Nous voila enfin arrives a Varanasi, ou Benares, je prefere. C'est ce nom qui m'attire depuis bien longtemps, la premiere fois que mon ami Raymond Fau m'en a parle. Ville sainte, ou l'on nait, on vit, on se libere de ses peches, on meurt dans l'eau sacree du Gange. Enfin bref, on est arrive a la gare de Benares a 13h30 ce vendredi, apres un voyage interminable qui a commence a Oorch hier a 19h.

Nous devons rejoindre Jhansi pour prendre le train a 21h35. Prevoyants, pour se laisser suffisamment de marge en cas d'evenement tout autant attendu qu'imprevisible, on arrive donc a la gare vers 20h. Largement le temps d'aller manger un thali dans la cantine, de reperer le bon quai et de verifier ( on est jamais trop prudents) nos numeros de reservations. On aura meme le temps de mouler l'empreinte de nos fesses sur le sol crasseux du quai, car le train, annonce avec une heure de retard, arrivera finalement a 23h..... C'est pas grave. On devait atteindre Benares vers 6h, on y arrivera vers 8h30 ce qui n'est pas plus mal. Sauf qu'apres une nuit dans un train indien ( pas besoin d'en dire plus pour comprendre qu'elle a ete courte et agitee), on atteint Allahabad a 9h du mat, et qu'il nous reste par consequent 4h a parcourir..... 4h, dans une chaleur etouffante, sur ces fameux sieges en sky bleu, a deseperer de pouvoir boire de l'eau fraiche, car la notre n'est pas loin des 40deg... Pourquoi il y a 5 vendeurs a la minute qui defilent quand on a besoin de rien, et quand on a soif y'a plus personne...  On arrive donc extenues a Benares, contents mais extenues. Surtout, on s'attend a etre assaillis par l'habituelle horde de rickshaw a la sortie de la gare.. Trop fatigues pour se battre, on se laisse emmener dans un hotel ou on se dit que merde, si le coin nous plait et que c'est dans notre budget, on s'en fout pas mal si le chauffeur a une commission..... Et on a eu raison..

La guest house est un petit coin de paradis. Au calme, des chambres spacieuses et disposees autour d'un beau petit jardin carre, une terrasse ombragee, un hamac entre deux cocotiers... et de la Kingfischer !! ( ndlr : biere) .

Et c'est la, precisemment a cet instant, quand on a signe le registre et qu'on pose jourdement son sac sur le sol de la chambre, c'est la que l'on goute a ces petits plaisirs si simples qui deviennent juste.... enormes.... Enlever ses vetements crasseux et trempes de sueur, s'affaler sur le lit avec l'air presque frais du ventilateur.... en posant son sac, c'est d'un lourd fardeau dont on se libere. Ca y est, on y est. On sent ses muscles se detendre les uns apres les autres, on a le sentiment que ce tas de chair chaud et humide retrouve une forme de corps... L'air brasse par le ventilateur caresse la peau et on a l'impression de sortir du sauna qu'est devenue j'atmosphere exterieure... Le chauffeur de rickshaw nous a averti, mi amse, mi desole, qu'il avait fait 43 degres hier... Et dire qu'on est dans une ville ou des milliers de personnes viennent se baigner tous les jours, et qu'on ne pourra pas en faire autant.... On se dit qu'il vaut mieux avoir chaud plutot que de se tremper dans une eau dont le niveau de pollution bacteriologique est 3000 fois superieur a la normal.....

Alors nous nous contenterons de l'eau de la douche pour se rafraichir. Et la, deuxieme moment de bonhur intense.... Avant meme toute idee de lavage ( devrais-je dire, de recurage), on laisse simplement couler l'eau sur le corps. Sensation de bien etre indescriptible... Un moment ou on ne pense a rien, ou l'on sent chacune de ses cellules se rehydrater et retrouver une temperature raisonnable. Chaque centimetre carre de peau se remet a respirer au fur et a mesure que l'eau ruisselle, et ruisselle encore. Apres la douche, on retrouve les sensations... Du tas amorphe et abattu que l'on etait devenus, la douche nous fait redevenir des etres humains, avec des sensations distinctes de fatigue, de faim et de soif. On retrouve progressivement nos esprits.

Enfin juste assez d'esprit pour aller se nourrir et surtout boire un soda glace au citron ( enfin frais, quoi)..... troisieme moment de bonheur.... La premiere gorgee... les yeux petillent autant que le soda.... Apres 19h de voyage ou l'on s'est contente d'eau au mieux tiede... La premiere gorgee de lemon soda  apporte tellement de plaisir qu'on a du mal a croire qu'il ne s'agisse que d'un simple soda. Une eau fraiche, legere et parfumee, qui fait piquer le nez et pleurer les yeux.... Quel contraste avec ce liquide lourd en indigeste que l'on trimbale a longueur de journee dans une bouteille en plastique...

Personne ne pourra remplacer ces petites choses au gout si intense de bonheur. Toutes ces petites choses si insignifiantes a priori qui prennent des proportions enormes et dont on mesure alors le pouvoir... Voila comment une guest house peut nous rendre simplement heureux, avec un matelas, une douche et un soda frais... Heureux comme des papes, avec une comprehension que la vie est finalement composee d'une multitude de petits bonheurs, quand on sait les apprecier a leur juste valeur...

Samedi 8 avril 2006

Oorcha, le 6 avril 

Apres l'agitation de Delhi et un passage rapide a Agra pour voir le fabuleux Taj Mahal, nous avons mis les voiles vers le petit village d'Oorcha, dan le nord de l'etat du Madhya Pradesh, a 20km de Jhansi. Nous avions besoin de calme apres la fureur de Delhi, et ce petit village de 9000 ames le long d'une riviere ( enfin, d'une eau stagnante verdatre couverte de detritus) nous paraissait etre l'endroit ideal.

Apres 4 jours en Inde, Christophe a deja l'impression de n'avoir jamais vraiment eu chaud dans sa vie... Il comprend a present l'inutilite des 3 paires de chaussettes et des T shirts en coton a manches longues... C'est de pire en pire, et ce matin a 11h, le thermometre affichait deja 39 deg a l'ombre. Pas d'air. Le genre de chaleur qui abat toute vie dans ce village, sauf celle des touristes qui arrivent dans leur bus cliatise, armes de leurs bobs et de leurs bermudas multipoches, pour visiter le fort en un eclair et repartir tout aussi rapidement dans leur frigo sur roues. Mais ici, dans le village, la moindre parcelle d'ombre est exploitee, envahie par les hommes, les vaches, les chiens. Meme les singes disparaissent pour reapparaitre en fin de journee, quand l'air refroidit et que la temperature "chute" a 30 degres. 39 degres dehors, 35 dans la chambre qui n'est meme plus rafraichie par le ventilateur a cause des trop nombreuses coupures de courant. Etouffant. Le moindre geste demande un effort considerable, et se transforme instantanement en suee... Meme ecrire devient eprouvant...... On se sent lourds, abattus, sans autre courage que celui de rester immobile, le nez en l'air, guettant la moindre brise qui, bien que chaude, nous donne l'impression soudaine de pouvoir respirer. Comment imaginer, a cet instant, parcourir les rues trop ensoleillees du village pour visiter les nombreux temples... Non, decidemment, a cette heure de la journee, ca nous parait impossible... On reste immobiles.

Immobiles, a regarder d'un oeil admiratif ces hommes qui sous leur petit toit de toles ondulees continuent invariablement a faire cuire du riz, rotir des chapattis ou encore frire des beignets dans l'huile bouillante... Parce que oui, malgres la chaleur etouffante, les indiens continuent de manger leurs beignets de pomme de terre au piment ou autre fritures degouliants d'huile... Nous qui revons secretement d'une salade de tomates, de concombres, ou de tout autre legume frais gorge d'eau... C'est peine perdue!! Et il vaut mieux eviter de trop penser a ce qui nous est inaccessible... C'est comme cela que l'on devient fou! Alors on se contente de boire un coca frais, en prenant mesure de notre chance... Car si les rues d'Oorcha semblent desertes et endormies, on entend au loin le raclement des pelles qui melangent le ciment. Les travaux de renovation du fort du 16eme siecle sont considerables, et hommes et femmes ne connaissent pas de repit sur le chantier. En fermant les yeux, du haut de notre terrasse ombragee, on revoit les travailleurs dont on avait observe le boulot dans la matinee. Les gestes nous semblaient deja penibles a ce moment la.

Comment arrivent-ils a les reproduire inlassablement par cette chaleur? Alors que les femmes portent l'eau et le sable dans des bassines sur leur tete, les hommes font le ciment, charrient ou cassent des pierres, ne s'accordant que de courtes pauses a l'ombre pour fumer un bidi... Ces gens sont d'un courage exemplaire, a faire palir tous les Chigri de la planete ( private joke pour les SCAiens, pas de CGT sur les chantiers indiens...).

 

Loin, tres loin de leur arriver a la cheville ( le voulait on seulement?), on se repose tranquillement en prevision du long voyage qui nous attend dans la soiree et la nuit, et qui nous conduira a Benares.


ps: desolee pour l absence de photos, mais c est trop trop long, et apres 20 minutes pour charger une seule et unique photo, je decline.... on verra cela plus tard...... j ai des choses a faire, moi. !!!

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