Bon ben voila, je suis a Bangkok... Qui lucru.
Incroyable......... Si je dois retenir une premiere impression dominante, je dirai........... La vache, comment c'est propre! Ah non, la franchement, chapeau bas. On dirait presque qu'il y a des gens qui sont payes pour nettoyer, alors qu'en Inde, je dirais qu'il doit y avoir des gens payes pour foutre des dechets pas terre, c'est pas possible autrement. Il y a des poubelles, et meme des cendriers a l'exterieur de l'aeroport. Hallucinant. Pas un papier par terre, j'en reviens pas. En plus, les choses m'ont l'air relativement bien organisees, vu que je ne mets que 10 petites minutes pour trouver l'arret de bus, grace a des gens souriants et aimables partout . Je suis sure qu'ils sont payes aussi pour sourire, eux, c'est pas possible autrement.
Alors j'attends patiemment mon bus, j'ai pris l'habitude d'etre patiente et de prendre le temps de regarder ce qui se passe autour de moi. Sauf que ben la, il se passe rien.... Pas de coups de klaxon, pas de gens qui dorment par terre dans des positions incroyables, pas de rickhaws qui hurlent pour m'emmener je-sais-pas-ou. Et la, je suis assise sur une chaise en plastique orange, toute propre, et personne n'a jamais crache dessus. Vierge de tout crachat. Mon bus arrive. Il est marque A3 en gros dessus, mais comme si ca n'etait pas assez clair, la femme du guichet d'information se leve et annonce le numero du bus........ Trop facile, ce pays. En plus de cela, cette meme dame qui sourit va prevenir le chauffeur des arrets des passagers, comme ca il nous previent a temps pour qu'on sorte. C'est pas beau?? manquerait plus qu'on me dise que le bus me depose devant l'hotel et que le gars me porte mon sac, et la, je me pince pour verifier que je suis pas en train de rever quelque part sur un quai de gare en inde..... Mais non, je rentre dans un bus CLIMATISE!!! ce qui ne m est jamais arrive, qui plus est avec des sieges confortables et de la place pour les jambes..... C'est trop!
Je suis a Bangkok, dans un bus, il fait 33 degres et je souris betement. Le bus se mets en route et je constate une premiere chose : je suis capable d'ecrire dans un bus. Pas de sursauts incontroles, pas de freinages d'urgence ( ou trop tardifs), pas de sac a devoir se taper sur les genoux..... Et en plus, il roule, le gaillard. Super vite, d'ailleurs! Mais bon, c'est une question d'impression apres la moyenne de 30 a l'heure des bus indiens. Deuxieme constat, il y a comme une organisation sur la route, qu'on doit appeler si mes souvenirs sont bons " code de la route". Et applique, en plus de ca, ce qui rend la circulation fluide et pas anarchique, avec des voies separees de lignes blanches. Vous voyez quoi? La route est bordee d'espaces verts incroyablement bien entretenus et toujours pas de detritus partout. La proprete n'est donc pas limitee a la zone aeroportuaire. Dingue.
J'appercois de la biere Heineken a la pression......... des belles voitures non cabossees qui brillent, des vraies motos avec des gens qui ont des casques dessus, une 205!!!!! des grues, ca parait con mais ca fait plus de 3 mois que je n'ai pas vu de grues....J'ai l'impression de rouler sur le perif a paris, sauf qu'il fait pas gris.
JE vais de surprises en surprises, et quand je suis a la recherche de l'hotel Suk11, un chauffeur de tuk-tuk ( rickshaw thailandais, donc propre,non cabosse avec de la place pour les jambes et une banquette confortable) me propose son aide et m'indique l'hotel, comme ca, sans me demander de roupies et avec un grand sourire.... C'est pas normal, c'est bien trop facile. Et l'hotel............. Ben propre. Nickel, clean, propre, quoi. Comme si j'etais la premiere a rentrer dedans, avec du lino par terre, la clim !!! et un plafond tellement blanc que ca en fait mal aux yeux. Je crois que j'avais oublie ce que c'etait que le blanc, en fait. La salle de bain........ Avec une douche ou on peut regler la temperature et la pression de l'eau, et on peut meme choisir le type de jet qu'on veut, qui sort d'un vrai pommeau de douche avec un flexible. Je n'en reviens pas, et meme si j'ai du mal a trouver mes reperes ( et il est ou le seau pour que je lave mes culottes, alors, hein?), je crois que ca viendra vite........
Et la, je suis dans un cyber deluxe, a ecouter du Clapton et a taper sur un clavier ou les touches sont........ je vous le donne dans le mille....... PROPRES!!!
ca sera le mot du jour, c'est beaucoup trop propre et je me demande si je ne suis pas tombee dans un de cinema... a voir!! en tout cas, va falloir que je recure mes frigues autrement qu'a l'indienne, parce qu'ici, ca risque de faire "tache"!!
Bon alors, c'est bien beau tout ca mais vous devez probablement vous demander ou on est.....
D'abord, c'est qui ON. On, c'est moi et Dany. Dany c'est la tatie d'Anne Chris qui a eu envie de me rejoindre pour le stage de massage, et pour d'ailleurs la Thailande en general. Un petit mail de France, une petite envie d'exotisme, et tatie Danielle a pris son billet direction Bangkok ou on s'est retrouvees lundi soir. Voila, c'est pas plus complique que ca. Avis aux amateurs....
Alors apres une journee a Bangkok, a se promener dans la foret de buildings flambants neufs, a se faire des centres commerciaux ou soit disant on trouve des pc pas chers, a reluquer des fringues de conterfacon qui poussent sur les trottoirs comme des champignons de luxe, a manger des brochettes que heureusement, on comprend pas avec quoi c'est fait, a se promener dans le quartier chinois ( d'ailleurs, on a croise des africaines en boubou dans le bazaar chinois de bangkok... ca fait drole), a prendre le taxi boat sur la Chao Praya..... enfin, a faire les touristes, quoi, on a decide de pas s'eterniser trop dans la civilisation ultra luxuriante de Bangkok.
Bangkok, ca va un moment, mais honnetement, c'est un peu trop depaysant pour moi..... les mac do, les magasins leader price ou carrefour, les parfums coco channel... les saris sont remplaces par les mini jupes moulantes et les decolletes plongeants ( meme si globalement, les thailandaises n'oont pas une poitrine naturelle tres developpee)... j'ai vu plus de chair humaine en 2 jours ici, qu'en 3 mois en Inde... elle est belle, la jeunesse. j ai l'impression d'etre revenue a Paris plus tot que prevu. Mais y sont ou les thailandais???
Mercredi matin, on prend un bus direction Sukothai pour finalement arriver a Phitsanulok tard dans la soiree. Les transports, c'est facile. Que ce soit le sky train ( ou le train du ciel, que nous on aurait plus simplement et moins poetiquement appele metro aerien), les tuk tuk ou c'est presque trop facile de negocier ( moins coriaces que les indiens qd meme!), les bus urbains qui, meme si on comprend pas bien comment ca fonctionne, nous ont toujours ammene a destination sans difficulte.
Les touristes sont au petit soin, et on dirait parfois que les infrastrucures sont etudiees pour nous.
Notre objectif est maintenant d'atteindre Chiang Mai demain dans la journee, pour notre stage de massage thai qui nous prendra, si tout va bien, deux semaines de formation. Alors demain, on prend le train a 4h du mat en troisieme classe. C'est parti. Ca va le faire. Voila pour les nouvelles, voila ou on en est. A bientot pour la suite des evenements.....
Apres 1h30 d'attente patiente dans la gare routiere de Sukothai, un bus arrive enfin a destination de Phitsanulok, notre point de chute pour la nuit. Un bus prevu manifestement pour les voyages de nuit, et a peine montee dedans, je regrette deja de ne faire qu'une heure de trajet...
Premiere surprise, ce bus est pourvu de soutes. Ces grands coffres qui s'ouvrent sur le cote, et qui accueillent confortablement mon gros sac a dos poussiereux. Une soute deluxe, aussi bien pour lui que pour moi. Je n'aurai pas a le caser a mes pieds, sur mes genoux, ou encore au milieu de l'allee. Mon sac aura une chambre perso, ce qui lui paraitrait probablement incroyable, si ce n'etait pas qu'un sac a dos.
Deuxieme surprise en montant : c'est plein de vide.... Je dirai a premiere vue 3 fois moins de siege dans 2 fois plus d'espace que dans un bus indien. Bien sur, le bus est climatise, et de belles couvertures en ecossais rouge sont impeccablement pliees sur chaque siege. Ou fauteuil, d'ailleurs, qui serait sans aucun doute un terme plus approprie. Des fauteuils doux au toucher, ultra confortables et en plus, parfaitement adaptes a la morphologie humaine. Je ne suis pas en train de dire que les indiens ne sont pas humains, non, mais ce qui est sur, c'est que mon posterieur a peine a croire qu'il est dans un bus. Luxueusement installee ( a ce niveau, ca n'est plus un simple confort), je decouvre une grande vitre vierge de toute trace de vomi, de traces de doigts graisseux, ou autres traces de crasse fossilisee depuis bien trop longtemps. Des fenetres qu'on a pas besoin d'ouvrir pour voir a travers.
Je detends un peu mes jambes, et rien ne se passe. Je les detends un peu plus, toujours rien. Je les allonge finalement completement avant de toucher le repose pieds pivotable fixe sur le siege de devant.... De deux choses l'une. Soit mes jambes ont raccourci, soit ils ont oublie de visser une rangee de sieges, c'est pas possible autrement. Je vais de surprises en surprises, et apres avoir decouvert que je pouvais regler l'air et allumer une petite loupiotte juste au dessus de moi, mes yeux se posent sur un ecran plat 51 cm sur lequel vient de demarrer un film thai. Avec le son dolby stereo, le porte gobelet et la place pour allonger les jambes, j'ai l'impression d'etre au kinepolis..... Un film ou les acteurs s'embrassent pour de vrai avec la langue sans que cela ne soit censure par une comedie musicale grotesque, mais beaucoup plus drole finalement.
Je file a l'arriere du bus ( NDLR: sans enjamber personne qui dort dans l'allee pourtant incroyablement propre), car ma loupiotte perso ne marche pas ( c'est quoi ce bordel) et il reste un plafonnier allume a l'arriere. Et pour cause......... c 'est pour eclairer les toilettes!!! pas possible. Des toilettes dans un bus. Evidemment, nickel. Dois-je le preciser..... Derriere les toilettes et le mini bar ou on peut acheter des sodas et du PQ (!!!), il y a le "salon prive" du deuxieme chauffeur, avec une couchette cahee derriere un rideau, pour qu'il soit tout frais tout neuf pour la releve.
Tout ca dans un bus. Tout ca dans un bus a 40 bahts de l'heure, soit 46 roupies, soit 80 centimes d'euros. Ce bus est plus confortable, plus propre et mieux equipe que la meilleure des guest houses dans laquelle j'ai dormi en Inde.... Voila, c'est ca, la Thailande pour le moment. On a l'impression que tout est neuf, qu'ils ont enleve les plastiques des sieges juste avant qu'on monte dans le bus, que les rues sont balayees juste avant qu'on les traverse, que les toilettes sont astiquees juste avant qu'on s'accroupisse dessus, et meme que les draps sont laves avant d'etre poses sur les lits......... Bienvenue dans un pays asceptise ou on se salit meme pas les doigts en mangeant, parce qu'ils fournissent des prolongateurs de phalanges appeles baguettes...
Chiang Mai, c'est notre nouvelle maison. C'est la qu'on va vivre pendant 2 semaines pour suivre une formation au massage thailandais. Quelle idee, me direz-vous? je sais, je me demande aussi un peu ce que je fais la...
On est arrivees ici apres 11h de train qui nous ont paru interminables... On avait prevu de prendre un train express, avec clim et tout et tout, mais il partait a 4h du mat et on a pas entendu les reveils. J'avais quand meme mis ma montre a sonner 3 fois pourtant... Mais finalement, c'etait pas plus mal! On s'est retrouvees dans le train local sans reservations, sans clim, et sans mousse sur les sieges... mais quand meme avec du PQ dans les toilettes!! Le train est arrive avec 2 heures de retard, et on a bien cru un moment qu'on arriverait jamais... Ca monte, entre Phitsanulok et Chiang Mai. PAs beaucoup, mais suffisamment pour que notre petit train s'essouffle et finisse par s'arreter toutes les 10 metres malgres le moteur a fond de cale... 11h pour 250kms, des vendeurs de bouffe dans des paniers en osier, des traces de doigts sales sur les parois... je me serai presque crue en Inde! Et on est arrivees a Chiang Mai.
Chiang Mai et ses bars, pizzerias, boulangeries avec des croissants, ses innombrables visages pales ( ou peaux rouges suivant les cas). Chiang Mai et ses fast food, ses pubs a la mode avec la musique a donf, ses boutiques de souvenirs, ses call girl, ses massages et ses cours de cuisine...
Nous voila installees dans la Royal Guest house. Une GH de 7 etages sans ascenseur ou plus on monte, moins c'est cher. Ca commence au premier avec les chambres climatisees, le balcon, le PQ et les serviettes de toilette fournies. Ca finit au 7eme avec une pauvre chambre sans salle de bain, mais juste avec des lits. On a choisit le 6eme. Mais dans notre nouvelle maison, y'a une piscine! Un bassin de 3m sur 3, mais quand meme. Comme ca on pourra se rafraichir avant de resuer en montant les marches...
Alors on a parcouru notre nouvelle ville, a la recherche d'un quartier thailandais et, pour notre plus grand
bonheur, a Chiang Mai, ca existe aussi. On est tombe par hasard sur un marche avec des vrais thailandais dedans. De ceux qui vendent des brochettes de toutes sortes, des fruits a la pelle, des poulpes seches epais comme des feuilles de cigarettes, des soupes vendues dans des sacs plastique, et meme des gros crapauds d'abord vivants, puis morts, assomes a coups de machette sur la tronche. Nous et nos petites grenouilles maigrichonnes, franchement, on fait pas le poids.
Alors comme nous on aime les marches avec de vrais thailandais dedans, on a choisi de manger la. On a commence par acheter des sortes de tartelettes ( qui n'en sont pas), avec une sorte de creme patissiere ( qui n'en est pas) et de la noix de coco (ca, c'en est). Tres bon. Ensuite, comme on parle pas thai et que ces thais la ne parlent pas anglais, ben on a improvise. Un truc qui ressemble vaguement a un pate au porc cuit dans une feuille de bananier, qui aurait pu etre bon si il n'etait pas essentiellement constitue de cartillages et de chili. Ensuite, une soupe thai, du riz, une sauce avec 2 grosses crevettes et plein d'autres choses non identifiables. Et enfin, une barquette de mangues servies sur un lit de riz bleu..... Et la, on se retrouve avec une quantite impressionnante de sachets en plastique ( ils vendent tout dans des sacs ici) et surtout l'air bien bete parce qu'on sait pas comment on va bien pouvoir manger tout ca... Alors apres s'etre questionnees beaucoup, et avoir marche un peu, on s'arrete dans une gargotte avec deux tables sur le trottoir, et on y va au culot en demandant si on peut s'y installer pour manger... Trop sympa, le gars nous dit que oui, et en plus il nous fourni des bols..... Ce qui s'avere tres pratique et on se met du coup a deballer nos victuailles.Donc le pate de porc, pas terrible. Voire horrible en fait. J'ai pas pu avaler, c'est peu dire.... La soupe est ok, bien qu'un peu fade a notre grande surprise. Vient alors la sauce aux crevettes et la, entre les morceaux de coriandre, de gingembre et de chili ( et oui, encore), on decouvre... de magnifiques moules bleu-vert........ petit moment de nostalgie, ou je repense aux bonnes moules marinieres au vin blanc, servies avec une bonne leffe pression et des frites
taillees a la hache.... Mais je retrouve vite mes esprits, car les moules vertes sont accompagnees d'une eau tout aussi ozonisee et traitee aux UV qu'en Inde... Enfin tout ca pour dire que le repas fut innovateur, mais moyennement frugal... Et on a pas ose goute le riz bleu cache sous les mangues.
Et pour bien digerer tout ca, me voila a boire une chiang beer sur la terrasse d'un bar ( enfin sur le trottoir), a ecouter malgres moi du R'N'B et a sympathiser avec une call girl nommee Oil, au decollete plongeant bien que sa poitrine ne le justifie pas. Je regarde passer les tuk-tuk et les sortes de side cars de vendeurs de poissons seches. Y sont fous ces thailandais. Je vois aussi passer quantite d'occidentaux, jeunes et vieux, grassouillets et top modeles, avec de pimpantes jeunes thailandaises au visage angelique, mais au regard un peu alcoolise.
Bienvenue a Chiang Mai, lieu de debauche et de luxure, ou ma call girl ne me laisse boire ma biere tranquillement que quand des occidentaux non accompagnes passent sur le trottoir.
Marchés de Chiang Mai
Chiang Mai, le 26 avril
Jera massage school. Troisieme jour. Troisieme reveil matinal ou Dany va faire quelques longueurs dans la piscine desertee pendant que je grapille de precieuses minutes de sommeil supplementaires... Petit dejeuner au rez de chaussee de la guest house, sur une grosse table en bois, au milieu des plantes vertes, des loupiottes qui pendent du plafond et des moustiques visiblement bien plus affames que moi a cette heure matinale. Je me force a avaler mes oeufs parce que je dois tenir le coup jusqu'a 12h30, et surtout parce que mon estomac a bel et bien besoin d'etre recale apres les exces de ma nouvelle soiree de debauche thailandaise... A 9h, notre tuk-tuk vient nous chercher. Un luxe, pour aller a l'ecole qui se trouve a 10 minutes a pied seulement. Mais un luxe inclus dans le prix de la formation dont mes jambes sont bien satisfaites de jouir.
Le tuk-tuk nous depose devant le centre de massage, ou Jane, notre prof, nous attend avec son sourire et une bonne tasse de nescafe. Jane a 25 ans, et contrairement a la majorite des thailandaises, elle fait plus que son age. Elle ne donne des cours de massage que depuis 3 mois, depuis qu'elle et ses copines masseuses ont ouvert la boutique.
9h30, notre groupe est au complet. Il y a Dave l'israelien que sa copine a accompagne au stage aujourd' hui parce qu'elle en avait marre de glander toute la journee dans sa chambre d'hotel. Alors elle est venue glander dans la salle de formation, ce qui, vu sa tete, n'a pas l'air de la brancher non plus. Dave, il fait du massage chinois, et bien que ca n'ait pas grand chose a voir avec le thailandais, il n'arrete pas d'interrompre le cours avec des recommandations sur les postures, ce qui a le don d'exasperer Jane.... Le prmier jour, il y avait aussi Elias, un autre israelien, tres sympathique. Mais il a quitte le groupe a la fin de la journee parce qu'il trouvait que pour draguer les minettes, le massage traditionnel thai, c'etait pas ca... Enfin, il y a deux finlandaises dont je ne connais toujours pas le prenom apres 3 jours de cohabitation dans une salle de 15 metres carres.. Blondes, le teint hale par le soleil des plages du sud, la mini jupe en jean, et les mots qui sortent au compte goutte de leurs levres pincees. Un apprenti masseur chinois et sa plante verte, deux allumettes finlandaises, et nous.
Le groupe est au complet. On monte au deuxieme etage avec nos crayons, nos livrets de formation pleins de shemas bizarres, mais sans nos tongs qu'on laisse a la porte en bas. Le programme s'annonce encore charge. On a deja appris 80 postures les 2 premiers jours. Ca rigole pas, pas de temps a perdre, on vise notre certificat en fin de semaine. Jane commence. Positions 81 a 93. Elle nous montre les gestes sur une des masseuses qui a bien de la chance, car la grande partie de son boulot consiste a etre allongee sur un matelas et se laisser tordre et presser dans tous les sens. Nous, tous aussi studieux les uns que les autres, on prend des notes en essayant de comprendre a quel endroit positionner ses mains, ses genoux, ses coudes, comment effectuer les mouvements de torsion, pression, extension, flexion... Mais elle est ou deja la ligne energetique numero 2 qui part du bassin? et le point d'accupressure numero 4 sur la plante de pied?? Jane nous montre, nous remontre, nous explique, nous re-remontre, rit de nous voir rire tellement on est paumes..... Et puis c'est a nous de jouer. On essaie de repeter les memes gestes sur notre partenaire, avec certes beaucoup moins de grace, de fluidite et de precision qu'elle, mais avec l'assiduite des eleves modeles que nous sommes.
Le massage thai, ca ressemble parfois a un combat de lutte, mais y'en a un des deux qui se bat pas. Et c'est normalement celui la qui, point de vue therapeutique, y gagne... Ce qui est pas evident a gerer, c'est que ca doit faire un peu mal pour faire beaucoup de bien. Mais pas trop quand meme. Genre, la, ca te fait mal-mal, ou mal-bien?? vous voyez un peu la difficulte... C'est sur que s'assoir sur les pieds de l'autre en lui tirant les bras, ou lui marcher sur le ventre, parfois, on se demande ou ca peut mener... Mais bon, avis aux amateurs, je vais avoir besoin de volontaires pour pratiquer!
Apres une vingtaine de postures, d'explications, de demonstrations et de pratique, on a une pause de 1h pour dejeuner. Les allumettes finlandaises s'eclipsent avec tellemnt de discretion qu'on les voit pas partir. Alors ce midi encore, on a mange avec Dave, et sa copine, dans une petite guest house sympa pas tres loin du centre, qui propose a mademoiselle ( qui semble bien difficile) , des spaghettis bolognaises qu'elle commande sans oignons, sans viande et sans epices, et qu'elle ne mangera quand meme pas. Elle se prend du coup un sandwich au poulet sans beurre, sans oignons ( tjs pas) , et dont elle enlevera finalement le poulet.... Un sandwich salade, quoi... Les israeliens ont parfois l'air un peu perdus sans leur pizzas et leur humos...
Une heure, ca file vite et deja il nous faut retourner se mettre au chaud dans la salle de formation, comme si il ne faisait pas suffisamment chaud dehors. Encore quelques postures, et ca fera 111 en 3 jours. On a couvert tous les gestes du massage traditionnel thai. Il nous restea pratiquer, apprendre les enchainements de base, pratiquer, savoir quel type de positions effectuer pour le mal de dos oul a mal de crane, pratiquer, et pratiquer encore....... Et dans 2 jours, on sera devenues des pros du massage, en tout cas avec la theorie qu'il faut et le certif qui va bien ( avec la photo dessus) au cas ou le masse doute des capacites du masseur.... 5 jours pour apprendre l'art ancestral du massage traditionnel thailandais... c'est possible. Tres tres tres optimiste, mais possible... On aura toutes les cles en main, faudra plus que pratiquer environ 500 heures avant de pouvoir se considerer comme capable de faire du bien, en appuyant la ou ca fait mal........
Vendredi 28 avril, 19h. Je quitte precipitemment l'hotel, en enfournant dans mon sac une robe que
Dany m'a pretee. Je dois encore acheter des bieres, avant de monter dans la chambre 318 de l'hotel ou j'ai rendez vous avec Oil et Kate, que j'ai rencontre dans le fameux bar. Mon depart de Chiang Mai approchant, elles ont decide de ne pas aller travailler pour que l'on puisse aller faire la fete ensemble au Burble, une des boites branchees de la ville. C'est la premiere soiree depuis 3 semaines ou elles ne vont pas bosser, et je suis a la fois tres touchee et tres heureuse de la partager avec elles.
Oil et Kate sont ce que les gens appellent des call girl, des prostituees, des hotesses, sans vouloir enoncer des termes plus crus ou plus grossiers qui circulent ici. Pour moi, ce sont deux femmes genereuses et admirables, que j'ai appris a connaitre et que je vais avoir du mal a quitter sans un pincement au coeur. En arrivant a Chiang Mai, apres les avoir rencontre pour la premiere fois, j'ai eu envie d'en savoir plus. En tant que femme, j'etais intriguee par la facon dont elles vivaient leur metier. Je voulais en savoir plus sur ce qui est present partout ici, et dont personne ne parle. Alors je suis retournee dans ce meme bar, le lendemain, puis le surlendemain, a partager des bieres et des parties de billard... Ce sont deux amies que j'y ai decouvert, derriere leur masque poudre et souriant. C'est de ces amies dont j'ai envie de parler.
Kate et Oil viennent du nord, de Thoeng, a 60kms de Chiang Khong, a la frontiere du Laos. Elles se connaissent depuis l'enfance, et ont toujours ete des amies inseparables. Et pourtant, elles sont toutes les deux differentes, avec leur propre personnalite et leur propre histoire.
Oil a 33 ans. Elle a vecu 15 ans mariee avec un italien qui alternait 3 mois avec elle, et trois mois en Italie. De leur union est ne Nino, qui a aujourd'hui 14 ans, qui est sa grande fierte, "My heart", comme elle dit en me montrant les innombrables photos de lui. Elle l'appelle tous les jours chez sa tante qui s'occupe de lui pendant qu'elle est ici. L'an dernier, sa vie a bascule. Quand elle a appris que son mari etait decede d'un accident, loin d'elle, en Italie. Quand elle a appris au meme moment qu'il etait deja marie, la bas, en Europe. Quand elle a du vendre sa petite librairie pour pouvoir finir de payer la voiture que son mari avait achete, et dont elle n'avait pas le coeur de se separer. En quelques instants, elle a tout perdu. Il lui reste un fils magnifique, au regard sombre et profond, dont elle ne cesse de parler avec les yeux petillants de fierte. Et il lui reste son rire, qu'elle affiche le soir au boulot grace aux nombreuses bieres qu'elle boit, et qu'elle garde la journee grace a une incroyable force de vivre, venat de je ne sais quelles ressources qu'elle va puiser au fond d'elle meme, et au fond du regard de Nino.
Kate, ma tres chere Kate........ Kate est restee 10 ans avec son mari, dans le village de Thoeng, a s'occuper de Nook et Tone, ses enfants aujourd'hui ages de 8 et 5 ans. Elle travaillait dur a vendre a
manger dans la rue, a prendre soin de ses enfants, pendant que son mari etait absent a passer quelques semaines par an avec elle et le reste du temps a Bangkok. Kate a appris que son mari la trompait, et lors de son dernier passage dans le nord il y a 4 mois, elle avais pris sa decision. Elle ne voulait plus de cette vie, meme si elle ne savait pas encore ce qui l'attendait.
A deux, on est plus fort. Et elles etaient deux, a avoir besoin d'argent pour elever leurs enfants. C'est comme ca qu'elles sont arrivees a Chiang Mai il y a un peu plus de 2 mois, et se sont installees dans une chambre d'hotel a 100 bahts (2 euros), dans une rue ou sont concentres la plupart des bars ou les touristes viennent depenser leur argent.
Des mon deuxieme soit de presence au bar, une relation de confiance s'est installee entre nous. Peut etre qu'elles ont envie de changer leur quotidien, autant que moi j'ai envie de partager le leur. On a commence par se donner rendez-vous au parc, ou elles vont jouer de temps en temps au badmington. Premiere rencontre en dehors du bar, premier vrai moment que je passe avc elles, ou on va pouvoir discuter et rire sans etre derangees par des clients en quete de chair fraiche. La partie de badmington s'annonce mal, car un violent orage s'abat sur nous. Apres une heure de pluie diluvienne a attendre sous un abri du parc, elles decident d'aller se mettre au chaud dans leur chambre. On retrousse nos pantalons, et on se met a courir sous la pluie encore battante, dans une rue innondee a la recherche d'un taxi. Un arret au marche pour acheter de quoi manger, un autre arret pour acheter de quoi boire, et nous voila assises par terre, a sortir les provisions de leurs sacs plastiques et a les deployer sur un papier journal pour ne pas salir la moquette.
C'est a ce moment la que j'ai rencontre Oil et Kate. Autour du riz collant, des soupes aux nouilles, des brochettes de porc, du chili a l'huile de crabe, des larves d'abeilles, des poissons grilles...
C'est la, assise en sous vetements dans une chambre desordonnee d'adolescentes, que je cesse de penser a mon futur article. C'est la que je commence a m'interesser vraiment a leur coeur, et non plus simplement a leur passe et leur present. Elles me parlent de leur vie, me montrent les photos de leurs familles, de leur village, de l'endroit ou elles vont manger des crevettes grillees... Elles rient en me racontant des souvenirs d'enfance, et je rie a mon tour meme si je ne comprends pas tout. Je rie de les voir rire. Puis leurs regards s'assombrissent parfois et elles continuent a m'ouvrir leur coeur, la partie brisee de leur coeur. Les souffrances et les trahisons qu'elles ont vecu l'une et l'autre, qui les ont brutalement fermees a tout espoir d'aimer et de se laisser aimer un jour. Alors les verres se remplissent de nouveau, on rit de nouveau, jusqu'a ce qu'un autre souvenir obscur reapparaisse. Et on boit encore. C'est comme cela tous les soirs, avec ou sans moi. Puis vient le temps de se preparer pour le soir. Pour aller a l'usine. Certains enfilent un bleu de travail et des chaussures de securite; elles mettent du mascara et un tee shirt decollete. Mais c'est pareil, elles vont au boulot avec autant de plomb dans les chaussures, meme si les leur ont des talons.
Elles resteront au bar, quoi qu'il arrive, de 21h a 2h du matin. Rester la, avec ou sans clients, a sourire et faire de la figuration. Leur boulot, ici, consiste a faire entrer des clients, a les faire consommer, mais elles ne touchent de l'argent que si les clients leur offrent des verres. Donc leur boulot consiste a boire. Sourire pour boire, et boire pour sourire. Tous les soirs. Dans un bar glauque qu'en cette fin de saison touristique, seuls quelques habitues frequentent encore. Et cette semaine, j'en ai fait partie.
Mais vendredi soir, elles s'accordent un break. En disant a leur patronne qu'elles sont fatiguees et qu'elles ont besoin de se reposer. En realite, elles ont besoin de se defouler. Ce soir, le but du jeu est de trouver ce qu'elles appellent en riant un sponsor. Un sponsor, c'est un de ces memes gars qui trainent dans les bars, et qui sera bien assez gentil ( naif ?) pour payer les consommations trop cheres. Et si le jeu se termine au petit matin dans une chambre d'hotel, alors il en vaut la chandelle. Car elles ont besoin d'argent.
J'ai eu l'occasion, tout au long de cette semaine, de constater que Kate et Oil etaient vraiment differentes. Cette soiree en boite me l'a confirme. J'ai compris que l'une avait choisi de venir, et que l'autre l'avait suivie car elle etait perdue et ne savait pas comment s'en sortir. L'une savait ce qui l'attendait ici, l'autre savait simplement ce qu'elle perdait la-bas. L'une s'etait forgee une armure qui lui donnait la force de ne pas etre atteinte. Mais pas l'autre. J'ai vu Kate pleurer, ce soir. J'ai essuye les larmes d'une femme qui se dit forte et blasee mais dont le regard trahie la tristesse profonde qui est ancree en elle. Je l'ai prise dans mes bras, et j'ai ressenti a travers elle toute cette souffrance de ne pas reussir a ne plus y croire. Kate, qui aime ecouter des chansons d'amour, qui aime s'isoler pour ecrire, qui aime lire au parc ou encore marcher sous la pluie.... " Lorsque la froideur et la provoc ne sont que la carapace qui cache une sensibilite a fleur de peau.... " ( Gainsbourg).
Je me sens impuissante, je ne peux que l'encourager arejoindre sa soeur en Australie, a emmener ses enfants loin de cette vie qui, elle le sait bien mieux que moi, ne leur apportera rien de bon. Je ne peux que lui donner l'amour que j'ai moi meme recu quand j'en avais besoin, cet amour qui m'a permis de quitter une situation dans laquelle je n'etais pas bien, qui m'a donne un jour envie de croirede nouveau que tout etait possible. J'en profite pour remercier Dominique, Christine(s), Marie, Dona, Listie, Pierre........ et tous mes amis du groupe de meditation sans qui je n'aurai peut etre pas ete capable, ce soir, de redonner le sourire a une femme qui le porte si bien.
Je travaille sur cet article depuis plusieurs jours. Les mots ne sont pas faciles a trouver, car je cherche ceux qui sauront traduire au mieux toute l'amitie, tout le respect et toute l'admiration que j'ai pour Kate et Oil. Si ces mots vous touchent, ca ne pourra pas etre au point ou elles m'ont touchees.
Je pars du principe qu'on ne fait pas de rencontres par hasard. Qu'a chaque fois que l'on croise quelqu'un, on a quelquechose a recevoir, et quelque chose a lui donner. Je vous remercie toutes les deux du fond du coeur, de m'avoir permis de regarder ma vie avec plus d'humilite, et celle des autres avec plus de compassion. De comprendre la chance que j'ai de pouvoir vivre mes choix, meme si ca n'est pas tous les jours facile. Et j'espere secretement avoir seme quelque chose dans leur coeur qui leur fasse un jour realiser qu'elles meritent le bonheur auquel nous avons tous le droit.
A mes deux amies,
avec tout mon amour.
reussi, il faut du pittoresque et de l'extraordinaire. Alors on vend du pittoresque et de l'extraordinaire . Sous toutes les formes possibles et (in)imagniables... On peut faire un tour en elephant et se baigner dans la riviere sur son dos, on peut passer deux jours dans la jungle a manger des larves et dormir a la dure ( pour 10 fois le rpis d'une chambre avec eau chaude), on peut aller en 4*4 voir les fameuses tribus des femmes au long coup pour prendre des photos, au cas ou les milliers de cliches que nous connaissons tout ne suffiraient pas.... On peut faire un tas de trucs tres impressionnants qui pourront epater les copains en rentrant, et qu'on ne manquera pas d'appeler : des experiences "pittoresques".. Le plus prise, a Pai et dans la region de Mae Hong Son, ce sont les villages ethniques. Ces villageois de montagne qui vivent entre eux, en conservant ( comme c'est vendu dans les brochures) les coutumes traditionelles ancestrales....
aux autres villages avec ses antennes paraboliques et ses 4*4, mais avec quand meme des lampions rouges devant les portes. Notre coup de coeur, une cascade argileuse au bout d'une piste caillouteuse ou nous avons ete tentees de faire demi tour. Il n'y a personne, nous nous enfoncons quelques dizaines de metres dans la jungle pour decouvrir cette belle chute d'eau, cachee derriere de hautes parois de roche lisse. Juste pour nous. Il ne nous faudra pas plus de 5 minutes pour se retrouver la tete sous la pression des jets, profitant d'une eau juste assez froide pour nous etre rafraichissante. Mais pas plus. Le temps de notre break, seuls quatre gamins nous rejoindront, ajoutant a la beaute des lieux celle de les voir s'amuser et de les entendre rire.
avait passe depuis bien longtemps.... On tourne a gauche, et quelques centaines de metres apres s'etre engagees sur une route deux fois plus etroite et cabossee que la precedente, une femme nous confirme qu'on est bien en direction de Wat Chan. C'est beaucoup trop facile, c'est pas normal... Et pour cause, apres 2kms, la route s'arrete brutalement et laisse place a un chemin de terre ravine et crevasse par les fortes pluies de la semaine derniere.. Bon, qu'a cela ne tienne, on s'y engage. Je fais descendre Dany tous les 10 metres... Pour un passage boueux, pour une montee ou une descente raide dans les crevasses... Si je dois me casser la figure, j'aime autant etre seule sur la moto. Et je vois le niveau d'essence qui baisse a vue d'oeil, parce que vue la puissance de la becane, je suis coincee en premiere..... Alors on decide qu'il est plus sage de faire demi tour, parce qu'on ne sait pas quelle distance nous separe de Wat Chan, on a plus d'eau, et la derniere pompe a essence qu'on a vu etait a Pai.....
aisse tomber l'idee de maitriser la situation qu'on recoit les plus beaux cadeaux. Et evidemment, tout nous tombe sous la main apres quelques minutes.... Un petit village, une epicerie tenue par une famille adorable qui nous apporte tout ce dont nous avons besoin. Meme de l'essence, que Dany avait d'abord pris pour du jus de fruit. Et en plus de cela, que demande le peuple, on sait maintenant ou on est, meme si on se demande encore comment on a bien pu arriver la....Un petit mot de Dany avant notre separation:
Ici et maintenant, nos chemins se separent, au bord de la frontiere du Laos. Amelie poursuit sa route vers le nord, tandis que je vais redescendre tout doucement vers le sud , me laissant couler encore une semaine au rythme de la Thailande.
Merci a Pierre de m'avoir parle de ce blog, sans toi ce reve que j'avais de partir ne serait pas devenu si vite une realite.
Merci au Loup solitaire qui m'a laisse toute la liberte de realiser ce projet.
Merci a Amelie de m'avoir premis de l'accompagner pour un petit bout de brousse.
Je reviendrai ravie de connaitre les techniques du massage thai, ce qui a repondu a un simple plaisir que j'avais depuis longtemps. Ravie d'avoir vecu ces moments en Thailande, pays dont on m'a tant vante les charmes, et que j'ai enfin pu experimenter par moi meme. Et je le confirme, le Thailande merite a mes yeux les eloges qu'on a pu m'en faire. Ravie enfin d'avoir fait la rencontre d'une jeune fille atypique et profondement humaine qui malgre son court passe a deja un parcours tres riche.
Dany
" Where do we go, nobody knows ? I've got to say, I'm on my way; God give me style and give me grace, God put a smile upon my face..."
J'allume mon lecteur mp3, et voila les premieres paroles qui me sont destinees.. Au moment ou, assise sur une rive du mythique fleuve Mekong, je regarde son courant emmener des branches en me demandant ou le mien me conduira.
Petit moment de solitude nostalgique comme je les apprecie tant. On definit souvent la nostalgie par rapport a quelqu'un, quelque chose , ou une situation que l'on a perdu. Moi je me sens nostalgique de quelque chose que que j'ai trouve recemment, dans lequel j'ai peut etre simplement peur de me lancer. Je crois que je n'ai plus de doutes sur ce que je veux, j'ai trouve ici tout ce que j'ai toujours reve d'avoir. La liberte, les espaces infinis, la vie humainement simple, et simplement humaine. Une inspiration de tous les jours, une introspection de plus en plus constructive, une solitude acceptee et meme voulue. Le bonheur de rencontrer les autres, et de me rencontrer toujours un peu plus dans leur regard.
Pourtant, plus le temps passe, plus mon retour se rapproche et plus je doute. Et plus les peurs reviennent... Toutes ces peurs que je connais si bien et qui tentent une fois de plus de me mettre a l'esprit que je ne suis pas capable. Toutes ces peurs qui m'attendent a mon retour, avec mon appartement tout confort et ma 306, ma baignoire et ma garde robe, ma tele et mon telephone portable.... Je les entends deja d'ici avec leur voix si douce et reconfortante, me souhaiter la bienvenue..... chez moi..
Peur de l'inconnu, peur du defi, peur de perdre meme si c'est pour gagner davantage. Ces peurs m'ont freinees toute ma vie, elles m'ont emmenees sur des chemins tout traces tellement confortables et conventionnels, mais loin, bien loin de mon chemin a moi. C'est pour cela que j'ai trop souvent donne l'impression de ne pas savoir ce que je voulais reellement. Parce que j'etais sans cesse tiraillee entre mes propres desirs, et ce vers quoi tout me poussait a aller. Mais un certain matin de janvier 2006, j'ai enfin decide de laisser ces peurs au placard.
Si je dois retenir une chose importante de ce voyage, c'est que pour une fois j'ai decide de suivre egoistement mes propres desirs. Partir seule, sans autre projet que celui de revenir, sans comptes a rendre a personne. Simplement en m'ecoutant. Depuis que je suis partie, je decouvre ma raison de vivre, car je ne me suis jamais sentie aussi vivante. J'ai ouvert mon chemin, et personne d'autre que moi ne pourra m'empecher de le parcourir. Je realise que je laisse s'exprimer aujourd'hui des choses qui sont en moi depuis bien longtemps et auxquelles je n'avais jamais vraiment accorde l'importance qu'elles meritaient peut etre. Et si vivre, c'est se realiser, alors elles le meritent certainement.
Je me vois ici, assise sur des marches a observer une vie inconnue qui se deroule devant mes yeux. Et je me revois gamine, assise sur les marches de la cour d'ecole, face a un fleuve plus large encore qui me separait des autres. Je me revois sur les bancs de l'Icam, a suivre un mouvement de foule en gardant toujours un pied en arriere, a ne pas vouloir prendre de cours de rock, a ne pas rever d'etre a la tete d'une entreprise multinationale. Je me revois en reunion a l'usine, a ne pas comprendre qu'on puisse parler autant des chiffres, et aussi peu des hommes. Toujours en decalage, toujours ailleurs, toujours differente. Une difference qui m'a fait longtemps souffrir, et qui me construit aujourd'hui. Est-ce d'avoir choisi, et non subi, l'isolement par rapport aux autres? Est-ce d'avoir rencontre des gens differents eux aussi, epanouis d'etre ce qu'ils souhaitaient pour eux-memes? Est-ce d'avoir experimente moi meme le bonheur de se fondre dans un moule qui est enfin le sien, et non celui des autres?
On m'a pose la question recemment de savoir si mon voyage etait reellement pour moi, ou pour impressionner les autres. Et plus je me pose la question, plus la reponse est claire dans mon esprit. Comment pourrais-je, apres 4 mois, descendre d'un bus avec le meme sourire si c'etait pour le plaisir des autres et non le mien? Qui pourrais-je impressionner en me sentant profondement vivre, a ecrire au bord d’une riviere, si ce n’est moi meme? Non, decidemment, si je vis ce voyage avec tant d’enthousiasme chaque jour qui passe, c'est que j'ai enfin trouve ma place.
Ma vie est ici et maintenant. Dans ce cahier, a la lumiere du soir qui tombe doucement, dans la penitude d'une journee riche qui s'acheve, dans les flots du Mekong qui me conduiront au Laos dans quelques jours....
Elle arriva a la croisee de deux chemins et decida d'aller ou ils n'allaient pas.
Elle decida se suivre une route parsemee de doutes et d'incertitudes, mais sur laquelle chaque pas la rapprochera d'elle meme.