Samedi 20 mai 2006

18 Mai, 21h48, dernier soir a Luang Nam Tha, derniere soiree laotienne

Ca y est, c'est ma derniere soiree au Laos. Demain matin, je prends un bus qui va m'emmener a Mengla, de l'autre cote de la frontiere. Que le temps passe vite...Demain, je mets un premier pied en Chine. Je viens juste de trouver un guide. Juste a temps, et comme je m'en doutais un peu, il s'est presente a moi au moment ou j'avais arrete de le chercher desesperemment.. Apres avoir sillonne 2 heures ce matin, en vain. Alors ca y est, je peux enfin commencer a avoir une idee de ce que je vais bien pouvoir faire en Chine. J'ai potasse le bouquin toute la soiree. J'ai fait mon choix. Je vais commencer par enchainer les heures et les jours de transport dans des conditions comparables a l'Inde, sans la facilite de la langue. Direction la province du Sishuan. Initialement, j'avais envisage le Yunnan, c'etait plus pratique. Mais du coup, comme c'est plus pratique, c'est aussi beaucoup plus frequente par les touristes de l'Asie du sud est. Alors non.  Je traverse le Yunnan, et file vers les monsateres tibetains des montagnes du Sishuan.

Bon ok, je parle pas un traitre mot de chinois, et je n'ai qu'une photocopie d'un lonely planet dont la couverture date de l'edition de 2004, mais je doute que le contenu soit si recent... Ok, je n'ai pas un Yuan en poche, et je ne sais pas ce que ca vaut. Il y a 15 jours, j'etais dans la meme situation. J'ai trouve le guide du Laos apres avoir passe la frontiere, alors...

Il y a 15 jours, j'entrais au Laos, sur un terre inconnue. Je m'apprete a la quitter maintenant. Elle m'est devenue un peu plus familiere, mais est restee encore si mysterieuse et inexploree a mes yeux... A l'unanimite avec moi meme, le Laos, j'aime beaucoup. J'aime aussi et surtout le potemtiel de decouverte qu'il y a encore dans ce pays... Bon ok, faut aimer la nature et les grands espaces... vides... Parce qu'alors, il y a vraiment pas foule, ici! Dire que je vais me retrouver dans la surdensite en Chine comme en Inde... J'avais pris gout a cet espace, au rythme on ne peut plus cool des laotiens... Y'a pas a dire, le Laos, c'est calme... Alors un peu de bruit, d'agitation ca me fera le plus grand bien, parce que je commence a m'endormir sur mes lauriers! C'est ca le probleme, en fait... 15 jours c'est vraimnt limite pour aller vers des villages recules, souvent isoles par des routes en piteux etat qui les rendent difficiles d'acces. Il faut avoir du temps, et encore une fois, je ne l'ai pas. Juste assez pour tater le terrain et me donner envie d'y revenir.

Mais demain demarre une nouvelle etape. J'ai comme a chaque fois un sentiment mele d'apprehension et d'excitation. La difference entre ' Mais qu'est-ce qui m'attends la bas.....' et ' Tout ce qui m'attends la bas!!! '

J'ai 20 jours top chrono pour me faire mon experience de la Chine. D'un minuscule morceau de la Chine. Avant de retrouver Anne Cecile a Pekin ou on va passer quelques jours avant de se separer. Elle vers d'autres contrees chinoises, moi vers la Mongolie. Voila donc mon programme chinois. Province du Sishuan : 20 jours. Pekin : 5 jours.

Mon choix est fait. Mon sac est pret et le reveil est mis a 6h30 pour demain matin. En route vers la Chine.

Par amelie - Publié dans : Mai 2006 - Laos
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Jeudi 18 mai 2006

Cette fin de sejour au , dans la province de Luang Nam Tha aura decidemment ete sous le signe de l’effort physique et des activites de plein air. Sitot arrivee a Luang Nam Tha dimanche soir, on s’est retrouves avec mes nouveaux compagnons de route pour diner. On prevoit tous de profiter de la nature extravagante de cette province. Les acivites se programment rapidement.

 

1er jour: on va decouvrir les environs en VTT

 

2 et 3eme jour: trek dans la jungle et nuit dans un village au milieu.

 

 

J’etais quand meme loin d’imaginer que je suerai autant en velo… Je m’attendais a une promenade tranquille dans la campagne, moi. Pas au raid gauloise…. Et la, je peux le dire, les VTT ne sont pas TT. Ils sont juste V. En tout cas, la notion de TT a trouve ses limites sur les chemins recouverts d’une epaisse couche de boue collante. A chaque coup de pedale, un enorme paquet de boue rouge s’aggutine et coince les roues… et nous oblige a patauger la dedans en portant le velo…. Et on doit encore le porter pour traverser une riviere ou l’eau nous arrive au dessus du genou… Moi qui pensait que ca allait etre tranquille. Comme Mary Poppins, l’allemande-boulet qu’on a surnomme ainsi parce qu’elle a prefere opter pour un velo de ville avec le panier devant. Elle nous a lache au bout de 30 minutes…

 

Faut dire que partir avec trois jeunes canadiens du genre boy’s band batis comme des athletes ( avec les beaux yeux et le bronzage qui va bien), et un allemand bati, lui, comme un fut de Witt Bier, j’aurais du m’en douter. Du genre debutant s’abstenir.

 

Il pleut ou pleuvine ou crachouille tous les jours quasiment depuis plus d’une semaine. J’avais neglige le fait qu’a part la rue principale de Luang Nam Tha, construite par les chinois, rien n’etait goudronne… Que des chemins de terre ravines. Les chinois s’interessent au commerce, mais pas le moins du monde de l’etat des autres routes. ALors tout est boueux. Un peu boueux, ou completement innonde. C’est affreux. Tout ca pour aller voir une cascade qui nous a fait rire tellement elle etait ridicule, pour traverser des villages certes tres jolis, mais…. Deserts, vu qu’il pleut. Ben oui, quand il pleut ici les gens restent chez eux, ils font pas du velo dans la boue. Ils sont comme nous, la dessus, les laotiens. Tout ca pour faire un detour, apres 6 heures de ride, pour apercevoir un temple ou on ne s’arretera meme pas. Tout ca pour finir a patauger dans 20 cm de gadoue en portant sa monture sur l’epaule… Ah non, franchement, c’est pas tous les jours les vacances ici. Faut pas croire. Moi qui avait prevu une journee pepere pour me remettre de mes emotions ( et du manque de sommeil) des jours precedents. Le soir, on est sur les genoux… Mais la soiree continue. Une biere  fraiche qu’on a bien merite. Puis une deuxieme parce qu’on a soif. Et apres avoir mange ensemble, on en boit une troisieme parce qu’on rigole bien. Et on se donne rendez vous apres une courte nuit.

 

Le lendemain matin. 7h30. Chaussures de marche et sac de couchage. On est prets. Enfin, on se dit qu’on est prets a partir pour ce fameux trek de 2 jours dans la jungle. Encore une bien drole d’idee, j’en conviens. Mais le programme est assez simple, finalement. On marche, on s’arrete pour un pic nique, on marche , on s’arrete dans un village pour la nuit. Et on recommence le lendemain. Pas plus complique que ca. Les difficultes s’annoncent quand Boket, notre guide avec ses tongs, sa machette et ses 1,60m, nous explique les conditions qui nous attendent. Ben oui, il pleut donc c’est humide, evidemment. Et dans la jungle, c’est meme plus de l’humidite.. C’est comme un sauna, mais en froid. Et qui dit sauna, meme froid, dit boue et dit sangsues…

 

La boue c’est galere. On en a tres vite partout,mais surtout en couche epaisse sur les semelles vibram de mes pompes. Je comprends pourquoi Boket il mets des tongs. Plus facile a nettoyer. Alors souvent, en tout cas dans les descentes, notre cortege de randonneurs prends des allures de groupe qui fait de la reeducation pour reapprendre a marcher. Courbes, posant prudemment un pied apres l’autre, en s’appuyant sur notre bequille en bambou.

 

Il y a ensuite les sangsues…. Et la, les sangsues, c’est un veritable cauchemar. La psychose. Je me dis que finalement, les pompes de marche fermees, c’est pas mal. Et tres franchement, je prefere etre inconfortable et ridicule avec mes grosses pompes et le pantalon rentre dans les chaussettes qu’avoir les pieds recouverts de sangsues. Beuark. Jamais vu autant.  Je voulais voir, comme nous tous, un peu de Wildlife in the jungle, comme le disait le prospectus… Tu parles d’une wildlife.. On a eu deux passages vraiment galeres. En fait, le premier etait galere et le deuxieme presque insurmontable…

 

Alors ca se presente commet, cette ( ces milliers de) petite(s) bestiole(s) ?? Ca ressemble a des sortes de  chenilles, mais en pas belles, sans poils et en plus fin. Avec la couleur d’un ver de terre. Et des petites dents pour s’accrocher a sa proie et boire son sang…….. Des petits vampires rampants. On marche dans des forets de petits vampires qui gigotent stupidement et avidement sur leur queue ( on dit queue pour une sangsue?). C’est comme quand on regarde le cuir chevelu au microscope, et qu’une legere brise fait danser les cheveux de maniere desordonnee. Comme dans la pub pour le shampooing anti pelliculaire. Avec des cheveux plus epais et un crane tapisse  de feuilles de bambou boueuses. On ne peut pas y echapper. Et la seule solution pour ne pas etre recouverts de ces immondes parasites, c’est de marcher le plus vite possible. Dans la boue. Dans les montees dans la boue. Facile.

 

Le deuxieme jour, apres le petit dejeuner frugal au village, on attaque 300m de montee au milieu d’une foret de bambou. Elles adorent les bambous, les sangsues. Boket nous avait prevenu. 10 minutes, qu’il nous avait dit le malin. 10 minutes qui se sont transformees en cauchemar de pres de 45 minutes…45 minutes de full speed, peut etre meme plus que ca, avec l’angoisse de devoir s’arreter de temps en temps pour enlever celles qui, malgres la marche acceleree ont reussi a s’agripper aux chaussures. S’arreter = risque d’invasion massive. Ne pas s’arreter = y’en a une qui va finir par reussi a rentrer dans ma chaussure par un des oeillets… ET l’angoisse de glisser et de se retrouverventre a terre au milieu de ces griffes molles mais tenaces… Je suis encore degoutee rien qu’a y repenser…45 minutes. On arrive a bout de souffle, rouge d’avoir fourni un effort intense, et le petit dejeuner qui est remonte bien plus haut qu’il ne devrait l’etre. On arrive en zone franche, a 900m d’altitude. Plus de sangsues. Treve. Moment de verite ou on remonte son pantalon ou son short, ou on enleve ses chaussures. Moment ou certains ( comme moi fort heureusement ), poussent un soupir de soulagement. I’m free. C’est comme ca qu’on disait. Et puis il y a ceux qui ont des sangsues confortablement et solidement attachees en train de grossir a vue d’oeil ( enfin pas tout a fait quand meme). Le remede miracle de Boket, a base d’alcool, de tabac et de savon, permettra de les en liberer, mais n’empechant pas le sang de continuer a couler… On ressemble a des bizuts a l’armee. Du sang, de la boue partout, et les cheveux colles par la sueur. Deux jours. Pas le choix. Bravo les petites photos sympas de l’agence Wildlaos…. Une marche forcee, oui. Mais bon, apres coup, ca reste un super souvenir encore une fois. Les sangsues, j’en rigole maintenant meme si je faisais framchement pas le fiere en ayant les deux pieds dedans… Et puis quand il n’y avait pas de boue ni de sangsues, de temps en temps, on pouvait meme lever un peu la tete et regarder comment c’etait joli. Enfin, pas la vue bouchee par le brouillard.

 

Si si super souvenir. Et puis comme ca, je peux le dire, le trek dans la jungle, c’est fait…..

 

Par amelie - Publié dans : Mai 2006 - Laos
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Samedi 13 mai 2006

P….N de pluie… Hier, l’orage s’est annonce violemment vers 18h, aujourd,hui il a attaque plus tot en debut d’apres midi, et de maniere plus vicieuse… Petite pluie qui s’eternise et me contraint a rester sur ma terrasse en bambou. Il faut decidemment que j’investisse dans une cape en plastique, pour l’instant j’ai toujours trouve un abri a temps, mais un de ces jours je vais finir par me faire saucer. Apres tout, la saison des pluies approche…. A force d’ailleurs de dire qu’elle approche, elle est peut etre bien deja la…. Pourquoi est-ce que je m’obstine a ne pas vouloir voir le temps passer…. Il faut bien me l’avouer, dans un mois, je serai en Mongolie a savourer mes derniers instants de liberte et d’espace avant le train du retour… Enfin pour le moment, je suis la, a Nong Khiaw, a regarder tomber la pluie et a ecouter  les voix qui deraillent sur cette pop de karaoke lao. J’entends ces memes basses depuis ce matin, ce sont elles qui m’ont sorti brusquement de mon sommeil a 7h. C’est un mariage qui est celebre a quelques centaines de metres de ma hutte. A voir des specimens ayant largement abuse du lao-lao de rigueur, ca ne me donne pas envie d’y aller.

 

En tout cas, je suis bien contente d’avoir bien occupe ma matinee, sinon la journee m’aurait paru interminable.

 

Deux gamins m’ont emmenee dans une grotte qu’on a atteint apres avoir traverse une riviere a pied et s’etre enfonce dans la jungle pendant 15 longues minutes.. Le lonely planet parlait bien d’une grotte, mais censee etre visible depuis la route. Plus on avance, plus je doute que celle ou ils m’emmenent soit la meme. Ou sinon, c’est que la vegetation a considerablement pousse depuis la derniere edition du lonely, ou que la route ait change de place.. Options tout aussi improbables les unes que les autres. Je me mets a penser a un traquenard… Ils me conduisent peut etre a un groupe de jeunes qui va me depouiller de ce que j’ai sur moi, me poignarder et laisser mon corps sur place, pour etre ensuite devore par les animaux sauvages qui effaceront definitivement toute trace de mon passage…. Puis quand je me mets des idees pareilles en tete, aussi absurdes qu’elles puissent etre, elles ne veulent plus en sortir… Rien a faire. On a quand meme l’air bien con dans ce genre de situation.

 

Premier soupir de soulagement ( interne) quand moi, mes sandales boueuses et les deux gamins ont arrive a la grotte. Deja, ils m’ont conduit a une grotte, c’est pas mal. Et rien ne se passe. Personne en vue, sauf nous trois devant le trou sombre et etroit de la grotte, avec cette vegetation dense et abondante qui le masque a moitie. Comme dans un album de Tintin, mais je sais plus lequel.  On rentre, et malgres l’obscurite se dessine un décor dantesque de formations calcaires, de tunnels, de cheminees immenses ou on appercoit un bout de ciel. L’appreciation du spectacle sera de courte duree, parce que rapidement, je me dis que si un endroit semble parfaitement approprie pour un guet apens, c’est bien celui la.. Je m’en veux d’avoir des idees aussi stupides en tete… surtout qu’avec mes 30 bracelets de protection aux poignets, il ne peu rien m’arriver. Mais bon, cela ne m’empeche pas de tourner la tete vers l’entrée au moindre bruit sourd, mais que je decide suspect, qui vient de la jungle exterieure. Et evidemment, quand les gamins decident de faire du feu, j’y vois la un moyen de communiquer a la bande de voyou toujours presente dans mon esprit, la presence d’une proie a deposseder. Parano, quand tu nous tiens…… Et quand je decouvre ces enormes toiles d’araignees dont l’obscurite m’empeche de voir les betes certainement tres grosses et tres (tres) feroces qui s’y cachent, je me dis qu’il est gand temps que mon episode de Tintin, qui est en train de prendre des allures d Indiana Jones, se termine par une happy end.

 

Deuxieme soupir de soulagement quand, en ressortant de la grotte, on reprend le meme chemin et qu’au bout de quelques minutes, mes deux gamins me demandent de l’argent pour leur prestation…. Forcement… J’aurais pu y penser, quand meme… La je ne peux m’empecher d’esquisser un sourire… Si ils me l’avaient dit plus tot, j’aurais gagne de l’energie et beaucoup de plaisir! Mais c’est vrai qu’eux auraient probablement perdu 5000 kips… Je n’aurais pas paye pour une grotte censee etre visible de la route….. Donc finalement, aucun regret encore une fois. Un peu de piment dans ma journee qui sera beaucoup plus calme apres… Une baignade tres agreable dans la riviere, en guettant sans cesse l’arrivee possible de villageois que ma tenue quelque peu denudee pourrait choquer. Un repas excellent en tete a tete avec moi meme, un rendez vous avec une neo zelandais au resto indien ce soir, et la pluie…. Qui m’aura bloquee une bonne partie de l’apres midi. Je me remets de mes emotions…

 

 

Par amelie - Publié dans : Mai 2006 - Laos
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Vendredi 12 mai 2006

Je suis maintenant installee a Ban Sop Houn ; pres de Nong Khiaw ; dans le nord. Couchee sur mon lit recouvert d’un drap Garfield mite, au bord de la fenetre de mon petit bungalow en bamboo, je regarde l’impressionante montagne en face de moi. La falaise immense penchee en avant, qui donne l’impression d’une machoire prete a devorer tout sur son passage. Le pont, la riviere qui passé en dessous du pont, les bungalows le long de la riviere. Et moi dans mon bungalow. Il fait une chaleur a crever dehors. La traverse du pont tout a l’heure en plein soleil aura eu raison de moi. Jen e suis pas encore ressortie. Trop chaud, trop fatiguee , et la tete pleine de souvenirs que je ne veux pas encore remplacer. Souvenirs du village de Phasith, le jeune moine novice que j’ai rencontre a Luang Prabang. Souvenirs d’un village et d’une famille qui sont devenus les miens.

J’y ai ete recue avec une hospitalite si simple, mais tellement genereuse. En retrouvant Phasith mercredi matin a son temple, je ne savais pas exactement ce qui allait m’arriver. Je connaissais le nom du village, Phon Xiang, sans pour autant etre capable de le localiser sur une carte. Je savais que la bas, il y avait ses parents, sa petite soeur et d’autres members de sa famille qui l’attendaient pour une ceremonie traditionelle appelee Baci. C’est tout. Mais j’avais un bon feeling et c’etait suffisant. Cette petite voix que j’ai si longtemps ignore, et que j’ecoute maintenant avec attention quand elle me dit: “Vas-y, ce que tu cherches est la bas.” Ce que je cherche, c’est partager la vie des gens. Sans temple, sans cascade vertigineuse, et sans biere meme. Juste la vie dans un village ou personne ne s’arrete jamais. Phon Xiang est un endroit parfait. Seule une vingtaine de maisons en bambou reparties le long de la route, avec une riviere et des montagnes autour. Les parents de Phasith nous attendent. Car je n’ai pas encore compris comment, mais ils savaient que je l’accompagnais. Pas de telephone, pas de bureau de poste et bien evidemment, pas d’acces internet. Il me reste l’option du pigeon voyageur ( bien qu’il n’y ait pas de pigeons dans ce bas monde), le coursier ou la telepathie.

 

Toujours est-il que 4 verers sont prets par terre, a cote d’une carafe en plastique remplie d’une eau jaune bouillie. La couleur, et le gout du terroir. Nous n’avions pas encore mange, avec Phasith, en arrivant. Pour lui, c’est normal, il ne prend qu’un petit dejeuner par jour. Donc apres de tres courtes presentations ( vu que, comme me l’avait dit Phasith, ils ne parlent pas un traitre mot d’anglais), nous nous installons autour de quelques plats que la maman de Phasith, dont je n’ai pas reussi a me souvenir du prenom, a concocte en vitesse. JE decouvre la base qui sera la meme a chaque repas. Le riz collant et le bouillon aux feuilles de courge. Jamais je ne me suis autant regalee avec une soupe aux feuilles. Apres tout, nous, on mange les legumes, voire les fleurs, mais je ne sais pour quelle raison on passe a cote du meilleur: les feuilles et les tiges encore croquantes. Je me delecte d’autant plus que la suite est moins appetissante. Une sorte de mixture a base d’oeufs probablement pourris. Ou alors je ne sais pas d’ou proviennent ce gout et cette odeur infecte, et la couleur gris-verdatre que je ne connaissais pas aux oeufs. Ca aura ete ma seule reelle deception culinaire. J’irai en tout cas de surprises en surprises, satisfaite de pouvoir dans tous les cas me contenter de bouillon et de riz collant si le reste ne m’emballe pas lus que ca. Et puis comme on se sert tous directement dans les memes plats, la question de finir son assiette par convenance ne se pose pas. Le plus immonde, donc, ca reste la mixture aux oeufs. Vient en deuxieme position la soupe aux tetes et queues de poisson. J’avoue etre un peu ecoeuree en voyant les gens sucer l’interieur des tetes, en oter les principales aretes, avant d’enfourner la gueule encore ouverte des pauvres betes. Avec les yeux. Et ils se lechent les doigts pour ne pas en perdre une ecaille. Tres etonnants, ces gens. Le plus etonnant, c’est que je n’ai jamais vu une trace du reste des poissons, comme si la chair ne constituait pas un morceau de choix.

 

Pendant les repas, la maison ne cesse de se remplir. Les gens du village viennent voir la “falang”, comment elle mange, comment elle parle et comment elle se gratte les oreilles. Petits et grads defilent, se succedent ou s’entassent, pas trop pres de moi ( on sait jamais), mais sans jamais me quitter des yeux. Leurs yeux qui sont tour a tour etonnes, amuses, moqueurs, intimides, mais toujours bienveillants. Est-ce que cela me derange? Pas du tout. Ils n’ont jamais vu de falang, je n’ai jamais vu de villageois laotiens chez eux. Etre observe dans un pays que l’on vient observer. Juste un echange de bons procedes. Phasith et ses parents sont au petit soin pour moi, et meme si la communication est tres difficile, ils comprennent que je suis heureuse d’etre parmis eux, et je comprends que c’est plus que reciproque.

 

La maison est tres sommaire, mais il y a tout ce qu’il faut. Le pere de Phasith l’a construite il y a trois ans, entierement en bambou. Il y a une chambre separee, celle des parents, et une piece commune avec le lit de Naa, la petite soeur, deux matelas plies dans un coin, et des nattes en bambou pour s’assoir. Les mur sont recouverts de vieux calendriers et de publicites Breitling et Honda arrachees dans des magazines. Pour proteger du vent. Des fils sont attaches ca et la, au plafond, pour faire prendre le linge qui servira d’ailleurs de rideaux a la fenetre sans carreaux. Une cuisine attenante a la piece principale, au niveau du sol ( le reste de la maison est surelevee), et dehors un abri pour faire le feu. Les toilettes, quant a elles, sont des plus spacieuses et des plus aerees qu’il soit. Les toilettes, c’est la foret de bambou ou de tecks, c’est la bananeraie derriere la maison ou la jungle un peu plus loin.Mon choix se portera sur la foret de tecks, pas tres dense, certes, mais au moins on peut voir arriver je-ne-sais-quelle bete feroce et ne pas se laisser suprendre a un moment inaproprie. ET puis les feuilles de tecks sont douces et soyeuses, bien plus agreables et efficaces que les feuilles de bananier. La sale de bain, elle aussi, est des plus agreables, bien qu’elle ne soit pas tres pratique pour remplir sa fonction premiere: permettre de se laver. Quand Phasith me propose d’aller to have bath, c’est la delivrance. Je me sens sale et j’imagine deja l’eau fraiche ruisseler sur moi avec plaisir. En plus de cela, cela fait deja quelques heures que je suis assise sur ces foutues nattes, a etre devisagee, alors me degourdir les jambes et avoir un peu d’intimite me feront le plus grand bien. J’emmene ma serviette de toilette, des vetements de rechange et mon savon. Et nous voila partis. Je ne sais ou. Et quand le sentier que nous empruntons s’enfonce dans les rizieres, je commence a douter serieusement de la possibilite d’une douche, ni meme d’un seau d’eau entre 4 murs. Et pour cause, c’est a la riviere que nous allons. C’est la, le bain, la douche, la machine a laver, l’evier pour la vaisselle et la piscine pour les gamins. J’essaie de m’isoler mais mon fidele novice gardien me suit partout…. Et d’autres gamins qui jouaient pourtant bien tranquillement au Kataw ( foot-filet) et qui auraient pu au moins finir leur partie.. J’arrive tant bien que mal a me savonner le visage et le haut du corps, avant d’enfiler un tee shirt dont je saisis la signification de l’imprime … Same Same …. But different. Ben oui, decidemment, je suis pas pareille que les autres, meme dans les memes conditions…

 

Phasith a l’air aussi desoriente que moi car dans son temple comme dans les guest houses, il a une salle de bain. Et meme si elle est commune, on peut en fermer la porte .

 

Le reste de la soiree se passera dans la maison, assis sur le sol, avec une assemblee avide de ommunication, mais bloquee par la barriere de la langue. Faut dire qu’en plus de ne pas comprendre l’anglais, ils ne comprennent pas non plus le lao.. pour une fois que j’ai l’occasion de me servir du petit lexique lao pratique du lonely planet, faut que je tombe sur un bled avec un dialecte completement different… Le repas s’eternise, et peu a peu les femmes s’ecartent pour laisser la place aux hommes autour du cendrier crachoir commun place au centre de la piece. Les hommes fument le tabac local roule dans du papier quadrille de cahier d’ecolier. Les femmes machent des racines de betel et crachent de temps a autre un jet de salive rouge sang qui vient s’ecraser au milieu des megots et crachats masculins. Ces femmes tellement belles predent toute grace quand elles se mettent a chiquer et qu’elles donnent l’impression de macher de la chair crue...

 

Le lendemain est un jour important. C’est le jour du Baci, cette ceremonie qui consiste a invoquer les 32 esprits protecteurs pour renforcer l’ame du participant et lui assurer protection et sante. Symboliquement, on noue autour de ses poignets des fils de coton blanc qu’on est cense garde 3 jours au minimum, et au mieux jusqu’a ce qu’ils cedent d’usure. Initialement, c’est a Phasith qu’etait dedie ce baci, a l’occasion de sa visite au village. Mais comme je suis la, et que tout le monde semble vouloir me proteger pour mon voyage qui leur parait incense ( nana seule de 27 ans, qui voyage et qui est meme pas encore mariee…), nous serons deux au centre des festivites. Des le matin de bonne heure, les preparatifs commencent. La mere de Phasith est aux fourneaux, pendant que sa grand mere prepare des cornets en feuilles de bananier dans lesquels elle viendra deposer plus tard des fleurs fraichement cueillies. Puis on prepare des cigarettes, des feuilles de betel, du savon, un peigne et un petit miroir  disposes sur le grand plateau que le pere de Phasith est en trin de dresser. Plus le temps passe, plus le plateau s’encombre: du riz collant, un poisson cuit au sel, un coq ebouillante et ses abats sur une assiette, un bouquet de fleurs en plastique avec une bougie scotchee a un batonnet de bambou plantee au milieu. Tout ce petit monde s’affaire autour de nous, qui sommes, bien evidemment, dispenses de toute participation. Alors on se contente de rester assis par terre, a boire notre eau tiede et jaune, et a attraper des mechantes crampes ( en tout cas en ce qui me concerne).

 

Puis le baci commence enfin. Il y a bien 25 personnes dans la piece et les parents de Phasith ont meme emprunte un appareil photo pour l’occasion. Les gens s’empressent autour de la petite table improvisee, et chacun prend un peu de chaque offrande et nous le depose dans les mains tout en marmonant des paroles que bien evidemment, je ne comprends pas. Phasith me dit qu’ils prient pour notre protection. On doit ensuite faire une boulette avec tout ca, le renifler 3 fois avant de le reposer sur le plateau. Il fait une chaleur a crever dans la piece, et on a eteint le ventilateur car il est important que la bougie, elle, reste allumee. On presente ensuite les poignets et la encore une fois, les gens se succedent dans une bousculade sans nom pour nous nouer les bracelets de coton blanc. Je sue a grosses goutets, a cause de la chaleur et de la forte energie qui se degage de ce moment. Et je lutte pour rester dans la position que, je ne sais pour quelle raison, je dois conserver. Assise sur mes talons, sur un plancher a peine attendri par une natte en bambou.

 

Enfin, il nous faut manger l’oeuf dur avec une poignee de riz collant, un morceau de coq ebouillante, et un bout d’abat..Et voila. Le tour est joue. Me voila en nage avec une 15aine de bracelets autour de chaque poignet, devant tous ces homems et femmes satisfaits d’avoir contribue a ma protection pour le reste de mon  voyage.

 

Je suis tres emue quand le pere de Phasith me dit que desormais, je suis devenue sa fille car Phasith et moi sommes lies a tout jamais par cette ceremonie. Que cette maison est desormais la mienne, que ce village est desormais le mien. Que les portes seront toujours ouvertes pour moi comme elles le sont pour les autres membres de la famille. La mere de Phasith, pourtant peu demonstrative, demande a ce que nous soyons prises en photo toutes les deux. Et quand elle s’assied a cote de moi, qu’elle passe son bras autour de moi et me serre l’epaule avec force, je comprends qu’il n’existe pas de mots pour cela, ni en anglais ni en lao thoeng. Et qu’un simple sourire ne suffirait pas non plus a donner tout l’amour qu’il y a dans ce geste. Le Baci termine, les festivites se poursuivent de la meme facon que chez nous, tout le monde partage un repas copieux et une bouteille d’alcool local que l’on sort de sa planque pour l’occasion. Ici, ils appellent ca le lao-lao, alcool de riz qui casse la tete et qui accompagne merveilleusement bien la sieste..

 

Maintenant, depuis que je suis arrivee a Nong Khiaw, je ne cesse de revivre ces moments dans ma tete et realise encore plus la chance que j’ai eu de pouvoir vivre une experience aussi extraordinaire qu’inattendue. Je deambule dans les rues ici, et croise des gens qui me regardent avec indifference, passe devant des maisons aux portes closes. Je noircis le tableau qui, apres une journee passee ici, ne me paraitra plus aussi sombre. Mais a mon arrivee ici, le contraste etait saisissant. Comme souvent, mon premier contact avec un nouveau village se fait a travers les guest houses. Maison des invites, litteralement. Dans le cas present, tout invitee que je puisse etre, je dois d’abord commencer par tirer les proprietaires de leur sommeil avant de pouvoir esperer avoir une notion de prix et voir une chambre. Voila comment sont recus les invites ici… Avec un regard vaseux et somnolent, et meme pas l’esquisse d’un demi sourire. Voila cet etonnant contraste que je trouve en arrivant. La difference entre des gens qui n’ont jamais attendu d’etranger, et quand il se presente a eux, ils leur offrent tout ce qu’ils ont. Et des gens qui, a la fin de la saison touristique, ne l’attendent plus… et tout ce qu’ils lui offrent quand il se present malgres eux, c’est une chambre miteuse en ronchonnant.

 

Ce;a me renforce encore davantage dans l’idee que j’ai eu une chance incroyable de vivre cette experience a Phon Xiang. D’avoir vecu avec des gens encore bien bien loin des degats lies a la presence touristique. D’avoir trouve en 3 petites journees, la raison de mon voyage au . D’avoir recu beaucoup, et donne tout autant.

 

 

Par amelie - Publié dans : Mai 2006 - Laos
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Mardi 9 mai 2006

Je pensais pas que l'aventure demarrerait si tot... j'avais prevu de passer 2 ou 3 jours a Luang Prabang qui se veut charmante comme le dit le lonely, malgres les nombreux touristes qui trainent dans le coin. Enfin dans les rues principales. Les temples de la ville sont superbes, et les ruelles fort sympathiques.

Bref, j'ai rencontre un jeune novice qui vit dans un des monasteres de LP, et il m'a invite a rendre visite a ses parents et sa cousine dans un petit village paume a 2h d'ici. ALors je pars demain matin, je sais pas encore ni ou ni pour combien de temps... Et je pense qu'il n'y aura pas internet la bas.... Alors a je sais pas quand, pour le recit de mes nouvelles rencontres...........

Par amelie - Publié dans : Mai 2006 - Laos
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